Interview de Sofyane Mehiaoui
Joueur de l’équipe de France de basket fauteuil, Sofyane Mehiaoui nous parle avec envie de cette passion qui est devenue son métier.

Paralysé aux jambes depuis tout jeune suite à une maladie infantile, Sofyane Mehiaoui a assouvi sa rage de vivre en se consacrant corps et âme au sport. Pilier de l’équipe de France de fauteuil basket, le meneur de jeu de 32 ans fait également les beaux jours de Santa Lucia, l’une des meilleurs équipes de la scène européenne dans sa discipline qu’il nous fait découvrir aujourd’hui.
Qu’est ce qui t’a poussé à te lancer dans le basket fauteuil ?
Quand j’étais petit, j’aimais beaucoup le sport, cela m’a permis de réussir à l’école car j’étais hyperactif. Le basket fauteuil m’a tout de suite plu car c’est un sport très complet : cela demande de la force physique, de l’adresse et du collectif. C’est d’ailleurs la discipline la plus développée et la mieux organisée dans l’univers du handisport.
À quel moment tu t’es dit que tu pouvais vivre de cette passion ?
Au départ j’adorais ce sport mais je ne savais pas qu’il y avait des clubs. J’allais juste prendre mon ballon et jouer sur le playground. Et puis un jour, lorsque j’avais 15 ans, un type m’a vu avec mon ballon et s’est arrêté, on a discuté et il m’a proposé de venir jouer dans son club pour faire un essai. Il s’agissait en fait de Ryadh Sallem, triple champion d’Europe de basket fauteuil. La rencontre quoi ! J’ai commencé comme ça, en faisant des entrainements avec eux et puis ça s’est bien passé !
Comment sont répartis les postes dans le basket fauteuil, les plus petits deviennent meneurs comme au basket ?
C’est exactement pareil : plus on est bas dans le fauteuil, plus on est rapide. Je mesure 1m72 et suis meneur, parfois ailier de temps à autre. Mon vrai poste est meneur, mais comme je suis relativement grand sur la fauteuil, je suis assez polyvalent finalement.
Y a t-il plus de respect dans les sports en fauteuil que dans le sport en général ?
Aucunement, car le rapport au handicap n’existe plus entre nous. On se traite comme n’importe qui et les réactions sont donc les mêmes que dans un sport lambda.
Est-ce que finalement, ton handicap ne t’a pas renforcé psychologiquement ?
Je ne sais pas vraiment. J’ai grandi comme ça et je pense que cela m’a certainement aidé. Depuis que je suis enfant, les gens me disent « tu ne peux pas faire ci, tu ne peux pas faire ça… » Cela a été une force m’a poussé à justement essayer de me surpasser. Je préfère me casser la gueule et me relever tout seul que quelqu’un vienne m’aider à accomplir une tâche. je veux prouver aux gens que je peux tout faire dans la vie !
Quel regard pose ta famille sur ta carrière ?
Ma famille est très fière ! Le basket m’a permis de voyager, de rencontrer énormément de gens, de parler plusieurs langues. C’était un peu difficile au début avec mon père, car il travaillait beaucoup pour subvenir aux besoin de ma famille et pour lui, faire un sport entre handicapés n’était pas un travail d’avenir, mais le reste de ma famille m’a soutenu. Mon caractère m’a poussé à réussir et aller jusqu’au bout.
Quel est ton meilleur souvenir sur un terrain ?
Ma première année à Rome, en 2010. Nous sommes au match 4 des playoffs contre l’autre club de la capitale italienne, la Virtus Roma. Nous menons 2 à 1 dans les rencontres et il reste cinq secondes à jouer dans cette quatrième match et nous perdons d’un point. Mon coéquipier a deux lancers francs à tirer, il rate le premier, tire le deuxième et il rate à nouveau. J’arrive alors à prendre le rebond, recule et shoote ! Je marque ce panier qui nous donne la victoire et nous fait gagner le championnat alors que c’était ma première année à l’étranger !
Notre nation ne s’est pas qualifiée pour les deux derniers jeux paralympiques et lors des derniers championnats du monde. Comment expliques-tu que la France ne soit pas au top niveau depuis plusieurs années ?
Le niveau des clubs français par rapport au niveau européen est très bas. En équipe de france, je suis le seul joueur français à évoluer à l’étranger. Et il est forcément difficile de rivaliser avec des nations dont les joueurs jouent tous dans des grands clubs plus expérimentés. On avait un groupe fort il y a dizaine d’années mais quand ce groupe est arrivé en fin de carrière, la fédération a eu du mal à intégrer les jeunes par la suite. On s’est retrouvé avec un groupe sans expérience dans le bain du haut niveau, c’était très compliqué. Mais c’est amené à changer, car on a désormais un coach d’expérience, un groupe plus expérimenté et les résultats devraient donc arriver dans les années à venir.
Jusqu’à quel âge peut-on jouer à un niveau professionnel ?
Cela dépend de la position. Un pivot va pouvoir jouer beaucoup plus longtemps par exemple, possiblement jusqu’à 42 ou 43 ans. J’ai 32 ans pour ma part et me sens très bien. J’ai un jeu très vif et rapide que j’espère garder le plus longtemps possible. Je crois que le plus important, c’est de ne jamais s’arrêter. Lorsqu’on s’entraine tout le temps, on reste toujours au top. Plus on vieillit, plus il faut rester constant et s’entrainer !
As-tu un modèle dans le basket ? En NBA par exemple ?
Je suis de la génération Jordan, donc Michael forcément ! C’était un mec qui en plus de ses capacités physiques avec envie comme personne, et c’est ça que je retiens. Il était partout sur le terrain, c’était un lion ! Quand il voulait attaquer le panier, il y allait. Je suis un peu comme ça moi aussi. Le coach m’engueule d’ailleurs régulièrement et me dit de me calmer (rires).
As-tu déjà pensé à une reconversion après le basket ? Ou à évoluer dans une autre discipline ?
Pas encore pour l’instant. Il faut dire que la question ne s’est pas vraiment posée. Le basket m’apporte énormement, que ce soit sportivement ou socialement. J’aimerais beaucoup transmettre tout ce que j’ai appris durant ces années aux jeunes qui ne sont pas forcément bien encadrés. Alors pourquoi ne pas devenir coach ou reprendre un club en France ? Je ne sais pas ce que je ferais aujourd’hui sans le basket et j’aimerais vraiment véhiculer ma passion pour ce sport.