Interview d’Omar da Fonseca
Le commentateur argentin de beIN Sports lâche un instant le micro pour parler de lui, de l’Argentine et de son style inimitable.

Interviewer Omar da Fonseca, c’est prendre un plaisir aussi grand que de l’entendre commenter un match de Liga sur beIN Sports. L’homme transforme chaque question « en pierrrrrre prrrécieussse », notamment lorsqu’il revient sur son passé de joueur.
Pour les plus jeunes qui nous lisent, pouvez-vous nous décrire le joueur que vous étiez ?
Je viens de cette culture du terrain vague, les potreros, les quartiers humbles, où personne n’est formaté. Les centres de formation n’existaient pas à mon époque, on s’affrontait dans des cinq contre cinq, parfois dans des deux contre trois où il fallait dribbler pour berner ton voisin. J’ai développé mon jeu comme ça. Je dribblais tout le temps. Le dribble a toujours été l’essence de mon jeu. En tête, en frappe, j’avais 5 ou 6/10, mais je savais conserver la balle. Je la sortais avec les fesses.
Après Velez Sarsfield, ce fut Tours, Paris, Monaco, Toulouse… Pourquoi avoir joué en France ?
En Amérique du Sud, les conditions d’entraînement étaient sans commune mesure à celles que l’on trouvait en Europe. Un footballeur argentin se devait de rejoindre l’Europe pour s’exprimer. L’enjeu financier entrait aussi en compte, cela ne sert à rien de le cacher !
Vous n’avez que deux sélections en équipe d’Argentine. Etait-ce pour ne pas faire de l’ombre à Maradona ?
Bien sûr ! Laisse-moi te raconter une histoire : nous sommes de la même génération avec Maradona et nous nous sommes affrontés trois fois. Eh bien j’ai toujours été mieux noté que lui ! J’ai eu 8 et lui 7 ! J’ai gardé les coupures de presse, je te les envoie si tu veux ! (rires) Il y avait de très gros joueurs à mon poste en sélection, je suis content d’avoir évolué à ce niveau.
Vous avez aussi été agent. Comment avez-vous ramené le fantasque Chilavert à Strasbourg ?
J’ai eu ma licence en 94/95 et j’ai fait venir en Europe plusieurs joueurs sud-américains comme Camoranesi, Guarin, Pastore… et donc Chilavert. En fait, le président Proisy souhaitait recruter un nom à Strasbourg. « Je veux faire un coup », me disait-il. La Coupe du monde 98 était encore toute fraîche et le Paraguay s’était hissé jusqu’en huitièmes avec un bon Chilavert. Il a dit ok… mais le joueur a été décevant.
Aviez-vous pensé à cette reconversion de commentateur lorsque vous étiez joueur ?
Pas du tout. C’est venu de Charles Biétry qui s’occupait du foot sur Canal+ avec Denisot au début des années 90. Canal+ lançait le match à la carte et ils avaient besoin de commentateurs. J’ai dit : « Et mon accent alors ? » Cela ne le gênait pas ! Au contraire. J’ai pu m’exercer sur énormément de rencontres car il n’y avait pas toutes ces histoires d’exclusivité. Aujourd’hui, ce serait impossible… et c’est bien dommage.
Vous commentez principalement la Liga sur BeIN Sports. Seriez-vous capable de vous enflammer sur un autre championnat moins technique ? La Ligue 1 par exemple…
Je pense que oui. Même si… J’ai cette sensibilité d’un jeu fait par les joueurs techniques, modelés sur des critères purement techniques, sans a priori sur la morphologie. En France, les entraîneurs sont plus rigides, ils disent des formules comme « le nul est important », « on joue tous les trois jours, c’est difficile », qui sont improductives. J’ai été élevé autrement. En Argentine, un entraîneur dont la volonté serait seulement de ne pas prendre de but verrait sa voiture brûler par les supporters !
Avez-vous conscience que vos commentaires font souvent rire, au-delà de votre accent ?
Petit, quand j’écoutais la radio, j’étais fasciné par ces reporters qui mettaient de la vie lorsqu’ils commentaient un match. « Ce joueur a de grandes oreilles, il met la semelle sur son adversaire, il lui coupe les ongles… » C’était imaginatif. Le football doit être festif, ce n’est qu’un jeu, ce n’est pas grave. La guerre, la mort, la maladie sont des choses graves. Pas le football. À huit mois, j’étais déjà supporter de Velez. Les gens s’embrassaient en tribune après un but ! Alors oui, j’essaye de communiquer ce bonheur. Avec quatre matches commentés par semaine, je suis obligé de me renouveler : je lis beaucoup, je cherche des phrases philosophiques, intelligentes… Tout le temps dire « Il fait un plat du pied… bien joué… » ne m’intéresse pas. J’ai reçu des messages de fans qui me remerciaient : « monsieur, je n’aime pas le foot, mais quand vous commentez un match, j’adore ! »
Un footballeur argentin n’aimant pas le beau jeu, cela existe ?
Il y a de tout. En 1978, Menotti (une sorte de précurseur de Guardiola) est champion du monde avec un jeu porté vers l’avant. En 1986, par contre, Bilardo joue tout autrement et s’en remet à Maradona pour gagner.
Quelle serait votre équipe type de l’Argentine ?

Session one shot « Omar touch »
« Passe en profondeur parfaite de Renaud Cohade pour Nolan Roux qui frappe à côté » avec vos mots ?
Quelle délicieuse passe raffinée de Cohade ! De l’extérieur du pied, il efface trois gars et passe à Nolan Roux qui reprend le ballon mais loupe le but ! Ce n’est pas possible ! Le poteau a été ciré ce soir !
Le joueur qui fait le plus « l’amour sans préliminaires » ?
Le jour où j’ai dit ça, ma fille de 27 ans m’a téléphoné pour me faire promettre de ne plus jamais la répéter ! Je la comprends. Dans mon esprit, l’amour conditionne le reste de la phrase, l’amour c’est le plus beau sentiment de la Terre, que tu le fasses sans préliminaires ou dans une voiture. Mais promis, je ne la dirai plus !
Le joueur qui a le plus de « crise de technicité » ?
Pepe. Ce n’est pas non plus un chiffonnier, hein. Contre la Roma, il a tout de même tenté deux ou trois sorties balle au pied.
Votre expression préférée ?
Je dit très souvent que dans le sport comme dans la vie : « Il faut d’abord oser et après doser. »
Si vous étiez un duo d’attaquants avec Benjamin Da Silva, lequel seriez-vous ?
Il serait Lionel Messi, à cause de sa taille ! Son centre de gravité est bas, c’est comme ça… Moi, j’ai toujours voulu être Van Basten. Il me faisait transpirer des oreilles.
Ce que Lionel Messi a copié dans votre jeu ?
Rien du tout ! C’est un supersonique. J’aimerais juste qu’il crie davantage lors de ses buts. Il s’exprime un peu plus maintenant mais ça reste timide. Il a un caractère introverti très développé.
Si on vous propose de commenter les matches d’un jeu vidéo, vous dites ?
Ce serait une petite fierté. Tu sais, je suis un vieux monsieur de bientôt soixante ans, mon avenir est derrière moi, alors je le prendrais comme une reconnaissance. En même temps, il ne faudrait pas que ce soit répétitif, avec des phrases qui reviennent mille fois. Mais je dirais oui ! L’ego et l’orgueil l’imposent…