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WSOP 2024-Rubriques - Interviews

Jonathan Pastore : “Aller chercher un deuxième bracelet”

Ces derniers temps, deux joueurs français ont fait montre d’une forme olympique sur le circuit live : notre Team Pro Winamax Romain Lewis, qui a compilé trois tables finales en un mois… et Jonathan Pastore. Après avoir pris la cinquième place du Main Event de l'EPT Monte-Carlo début mai, le Manceau a brillamment enchaîné en faisant encore mieux sur son tournoi suivant : il s'agissait du tout premier event de ces WSOP 2024, le Champions Reunion à 5 000 $, sur lequel il termine au pied du podium. À trois semaines d’intervalle, nous avons recueili les impressions du presque champion sur ces deux deepruns, qui nous a aussi parlé de sa carrière pro, de sa vie de joueur et de ses autres passions. Interview d’un gars qui sait où il va, et comment y arriver.

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On commence avec cette table finale à l'EPT Monte-Carlo. Comment analyses-tu cette performance ?

Ce furent six jours assez intenses. Enfin, huit jours, parce que j’avais un peu deeprun le tournoi à 2 000 € juste avant. Je suis content du résultat. C’est la meilleure TF que j’ai fait de ma vie en termes de niveau de jeu produit. Je pense avoir fait très très peu d'erreurs [propos recueillis avant sa première finale aux WSOP 2024], et je suis très reconnaissant d'être arrivé jusqu’à cette finale. J’ai vécu le moment très intensément, et c'est quelque chose que j’avais eu beaucoup plus de mal à faire lors de mon deeprun sur le Main Event des WSOP Europe à Rozvadov [runner-up en 2022 pour 852 949 €] et lors de mon titre sur le 5K 6-max. J’ai eu la chance de pouvoir extérioriser avec des amis autour de moi, en profiter avec eux. Je n’ai pas eu ce côté retombée d’adrénaline.

Tu semblais confiant avant d'aborder cette TF. Pourquoi ?

Ce sont des situations qui se présentent peu en live, et ce sont des spots que j'ai énormément joué sur Internet il y a quelques années. Au niveau de l'ICM préflop par exemple, ça m’a beaucoup aidé. J'étais très confiant. L’avantage que j'avais sur mes adversaires, c’est que je n’avais aucune pression : globalement j’ai toujours orienté mes décisions pour aller jouer la gagne. C’est ma grande force : être complètement détaché de l’événement. Je n’anticipe rien, je joue main par main, je profite de l’instant.

Au final, quel bilan tires-tu de cet EPT Monte-Carlo ?

Financièrement parlant, c’est un très bon résultat. Je voyais Monaco comme une préparation avant les WSOP, je l’ai abordé de cette manière en sachant que ce n’était que mon troisième EPT. J’ai eu de très bonnes sensations aussi à table, j’avais besoin de volume pour me remettre un peu en selle sur les tournois live, car mars-avril, c’est vraiment le début de ma saison à ce niveau. J’ai beaucoup progressé sur la gestion de la fatigue et de l’adrénaline ces dernières années. J’ai pris beaucoup d'expérience, j’ai appris de mes erreurs. Je me sens vraiment de mieux en mieux pour être très fort dans le moment présent. J’ai donné le meilleur de moi-même, j’ai eu les confrontations pour moi aussi durant les deux derniers jours, mais j’ai vraiment fait ce que j’ai pu avec les armes que j’ai eues. J’ai beaucoup axé mon travail sur les tells ces derniers mois, j’ai pris beaucoup de décisions par rapport à ça, notamment avant la shot clock.

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Jonathan en fusion avec son rail à Monte-Carlo

Et cerise sur le gâteau, tu enchaînes avec une première finale sur ton premier tournoi aux WSOP 2024, le Champions Reunions à 5 000 $…

Cela fait quinze jours que je suis aux World Series [propos recueillis le 15 juin], et c’est assez fou d’enchaîner alors que je n’ai pas fait de tournoi entre-temps. C’est une bonne préparation pour la suite, et c’est sûr qu’au niveau de la confiance, je ne peux pas être mieux actuellement que ces dernières semaines. L’objectif reste d’aller chercher un deuxième bracelet, voire un troisième. J’en suis tout proche, c’est quand même ma quatrième table finale WSOP en deux ans. Je vais donner le meilleur de moi-même pour cela.

Peux-tu nous raconter ce nouveau deeprun ?

Cela a été vraiment fluide, encore une fois. C’était un tournoi sur trois jours, plus rapide que l’EPT par exemple, donc il y a moins de fatigue. Mais c’est assez particulier, car personne n’était arrivé à Vegas encore. Autour de nous, ça finissait de monter les tables, c'était plutôt une ambiance de fin de festival ! Et je n’étais pas installé dans ma villa : j’ai l’impression que Vegas s’est seulement lancé à partir du moment où j'y ai emménagé. C’est vraiment de bonnes sensations, j’ai vraiment bien joué. Cela me donne beaucoup de confiance pour la suite.

Pastore31Un gain de 132 545 $, d’entrée, cela change t-il quelque chose dans ton programme pour la suite des WSOP ?

Non, pas spécialement. Je vais juste prendre plus d’actions en tant qu’investisseur. Au final, je n’ai même pas joué les tournois à 25 000 $ depuis le départ, car j’ai commencé à faire des points sur le classement Player of The Year des WSOP. Donc j’ai joué davantage de petits tournois, car ils rapportent plus de points. Autant se focaliser sur ça cette année, j’aurai tout le temps de jouer ces gros tournois l’année prochaine. Au niveau du programme, l’objectif est de jouer uniquement des tournois WSOP, de focus jusqu’à la fin, tout jouer entre 600 à 10 000 $, et gagner un bracelet. Faire une table finale c’est bien, mais ce n’est pas un objectif en soi, même si c’est très bien en termes de sensations, car c’est toujours agréable pour les souvenirs de jouer en table télé. Cela me satisfait, mais au poker seule la victoire a une saveur particulière.

Le bracelet, les titres, c’est ce qui te motive le plus ?

Oui. Maintenant, je vais me concentrer sur les EPT, les gros Main Events, les WSOP, éventuellement le WPT Championship en décembre, mais cela fait quand même beaucoup de live. Il y a aussi un pré-Vegas, avec des tournois comme les WSOP-C ou le SISMIX, comme mise en route pour enchaîner avec des grosses périodes comme les WSOP.

Et quelles sont tes ambitions dans le classement WSOP POY, actuellement mené par Scott Seiver ?

Bien figurer. Le gagner, ça va être très compliqué, il faudrait vraiment faire une grosse TF et remporter un bracelet pour que cela devienne envisageable. Top 10 ou Top 20, ce serait bien. J’ai déjà pris pas mal de points, et l’idée est de bien figurer dès mon premier essai pour finir premier Français et premier Européen. Jouer la gagne, ce sera pour plus tard, car c’est dur de gagner si on ne joue pas les tournois de variantes à 10 000 $. Même si cette année, ils ont un peu changé la répartition des points, et que c’est devenu plus accessible pour des joueurs qui ne jouent pas forcément les variantes.

"Je pense qu’on peut créer de gros écarts en live avec les tells"

Tu avais annoncé avoir bossé sur l’aspect "physique" ces derniers temps. Peux-tu nous en dire plus ?

C’est lié à la synergologie, l’analyse des signaux corporels que nous envoie notre adversaire, ce qu’on appelle à la base des tells, une réaction émotionnelle à une interaction. Je tente d'orienter mon jeu vers cela, car je pense qu’on peut créer de gros écarts là-dessus en live : personne ne le travaille, et j'ai vu beaucoup de choses sur des très bons joueurs high-rollers, alors je me dis qu'il y a quelque chose à exploiter. Ils se concentrent sur l’aspect technique, et ils ont raison en soi, mais il y a beaucoup d’autres choses à voir. Il va me falloir des années pour travailler ça, mais l’idée c’est de devenir très bon là-dessus et ça passe par beaucoup d'analyses, de reviews. J’ai la chance de travailler avec le seul coach qui fait ça : il y a 500 synergologues dans le monde, et lui a fait tout son sujet d’études sur le poker, il a fait une thèse d’ailleurs. On est une petite équipe française à travailler sur le sujet.

Tu vois déjà les effets de ton travail sur ces WSOP ?

Oui. Davidi Kitai en parlait dans son documentaire. Au niveau du sourire, c'est quelque chose d’assez flagrant, aussi lié à la discussion. Par exemple à Monaco, la table était un peu crispée, alors j'essayais de détendre l’atmosphère pour voir des émotions plus naturelles. J’ai mis l’ambiance exprès pour observer des émotions plus authentiques, et non pas liées à la pression et à l’enjeu. Et pendant les WSOP c’est incroyable : il y a parfois trop d’informations. Des fois, je me trompe, mais c’est normal, c’est un apprentissage.

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Justement : Davidi est réputé pour être un expert dans le domaine. Est-il un modèle pour toi ?

C’est un peu la légende dans ce domaine. Je pense qu’il n’y a pas meilleur que lui en Europe à ce niveau, et ça m’inspire beaucoup. J’aime la façon dont il a amené ça, comment il a développé cette image, et bien sûr il reste un exemple. C’est marrant : dans Nosebleed on le voyait discuter avec Alexandre Luneau, et j’ai l’impression que le joueur parfait serait un mix des deux.

Les tournois High-Rollers, c'est dans un coin de ta tête ?

Mon objectif est de jouer les tournois Tritons, et j'ai prévu d'aller les faire à Jeju en Corée du Sud l’année prochaine. J’ai déjà joué trois ou quatre 25 000 $, sans succès, et l’idée est de commencer à tester la scène High-roller. Mais j'attends d’avoir plus d'expérience en synergologie, de devenir performant et compétent dans mon analyse, et surtout d'avoir étudié le field pour dégager un plus gros edge. Car au niveau technique, en me tuant à la tâche, je pourrais peut-être rattraper les meilleurs, mais je n’aurai jamais d'avantage sur eux. Cela passe par l’avènement de la synergologie. Quand je me sentirai prêt, j’irai !

"Dans les moments importants, j’ai toujours été du bon côté de la pièce"

Parlons de ton calendrier global. Pour toi, c’est six mois de live, six mois de online. Pourquoi t’organiser d’une telle façon ?

J’ai vu qu’au niveau social, ça me convenait mieux. J’habite au Mexique et quand je reviens en Europe, je joue principalement en live. J'ai du mal à jouer online sur le fuseau européen, je n’ai plus la force de me coucher à 4 ou 5 heures du matin. Alors j'ai trouvé ce bon équilibre, avec six mois en Europe où je profite de mes amis et de ma famille et du circuit européen. Mais en fait, c’est plutôt huit mois en Europe et quatre mois et demi au Mexique, ce qui me permet de jouer sur des fuseaux horaires américains. Cela permet d’avoir une vie sociale beaucoup plus épanouie, on se lève à des heures pas trop tardives et on se couche plus tôt. C’est toujours plus agréable, ça me permet de trouver un bon équilibre quand je joue online. Et je switche d'un format à l'autre plus rapidement : avant je faisais un mois de live, puis un mois et demi de online, et j’avais trop de mal à me remettre dedans à chaque fois. J’ai juste mieux organisé ma vie, elle est mieux structurée. J’ai eu un déclic l’année dernière, où je voyais que je me sentais moins à l’aise, que je prenais moins de plaisir à jouer. Je me suis posé, je me suis demandé ce qui n’allait pas, et j’ai fait des choix personnels.

Pastore 30Tu sembles estimer avoir été chanceux dans ta carrière. Peux-tu développer ?

Quand je dis chanceux, c’est que dans les moments importants, que ce soit live ou online, j’ai toujours été du bon côté de la pièce. Cela fait un écart financier de 300 000 ou 400 000 €. À Monaco, j’ai gagné un coin flip en demi-finale, et à Vegas j'en ai encore gagné un : Roi-Dame contre paire de 8, exactement le même. Cela vaut beaucoup d’argent. Ce n’est pas pour paraître modeste, c’est c'est la réalité : j’ai toujours eu de la chance dans les moments importants, je suis au dessus de l’EV que j’aurais pu avoir. J’ai des amis à moi qui ont fait beaucoup de deepruns mais n’ont pas connu la même réussite. Cela se traduit par des demies, des neuvièmes ou dixièmes place comme Nico Vayssières sur le 1 500 $ : le coup où il est éliminé vaut 100 000 €. Mais plus on se crée de spots, plus on a d'opportunités, et plus on a de chances de gagner. C’est ma vision des choses.

Comment vois-tu la suite de ta carrière, après dix ans à jouer au poker ?

Cela ne fait vraiment que depuis 2019 que je ne fais que du poker. Entre 2016 et 2019, j’ai aussi alterné avec le tennis une partie de l’année, je donnais des cours à des jeunes. Mais aujourd’hui, je suis focus sur le poker. J'ai soif de titres. Tant que j’ai cette envie qui m’anime et que je me lève chaque jour en me disant que c’est cela que je veux faire, je continuerai. À un moment, je m’étais fixé une date limite, et je me suis rendu compte que ça n’avait pas de sens, car j’étais toujours enclin à faire les sacrifices pour le poker. Tant que j’aurai envie de le faire, je le ferai à 100%.

Le tennis peut-il constituer un projet pour l’avenir ?

J’aurais pu devenir prof de tennis. Quand j’étais plus jeune, mon objectif était d'entraîner les meilleurs jeunes, mais après je suis "tombé" dans le poker. J’accompagnais le directeur départemental qui s’occupait des meilleurs jeunes, et j’ai eu mon diplôme d’initiateur fédéral à 15 ans alors qu’il fallait en avoir 18. Puis j’ai eu mes deux diplômes suivants à ma majorité. Le troisième diplôme est le diplôme d’État que je n’ai jamais passé encore car je n’ai jamais eu le temps, ni le classement requis. Peut-être que ce sera un objectif à terme, ou alors reprendre un club de tennis, car ce sport reste l’une de mes plus grandes passions.

Pastore-YoshiDurant l’EPT puis sur ces WSOP, un caméraman te suit partout… Peux-tu nous en dire plus ?

Mon ami vidéaste Yoshi (photo ci-contre) m’a suivi pendant tout le festival EPT, et on a prévu de faire un film documentaire qui est prévu pour mi-septembre à peu près. Il n’y aura pas que moi dedans, mais aussi Virgile Turchi, filmé pendant son deeprun FPS notamment, et peut-être une partie à Vegas. On va voir comment on quantifie ça, car on a énormément de contenu ! Je rentre en France début août, et on va passer tout le mois à regarder ça. L’idée de base est vraiment de mettre le poker français en avant. Le problème c’est que je vois beaucoup de projets qui se concentrent sur une seule personne, et je me suis dit : "Pourquoi on ne se focaliserait pas sur la commu française sur ce festival, sur les joueurs amateurs aussi, qu’on voit le côté entraide du rail français ?" On est la nation la plus soudée, c’est bien de pouvoir le montrer aux yeux du monde.

Quand tu n'es pas en déplacement sur le circuit, tu joues aussi sur Winamax ? Des perfs récentes à signaler ?

J’ai gagné trois Wina Series, et le dernier, c’était le Heads-Up Championship en janvier. J’ai aussi un bracelet Mini-WSOP, j’ai dû gagner tous les tournois de la grille je pense. Quand je rentre en France, je joue beaucoup sur Wina, et les tournois les plus chers de la grille quand je suis à l’étranger.

Ta victoire sur le 6-handed des WSOP, ça vient de cet entraînement en ligne sur ce format ?

Je pense que ça nous aide beaucoup par rapport aux ranges, car les Américains s’adaptent beaucoup moins. Il y a aussi ce côté très agressif, ça joue en 3-bet. On a cet avantage, on sait qu’on doit jouer plus de mains, cela joue notamment sur les fins de tournois. Est-ce que cela justifie toutes les perfs françaises en 6-max aux WSOP ? C’est possible que ça ait un impact.

Crédits photos : Instagram Jonathan Pastore rav_yoshi

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Melvin Pasquini, le bras droit du Team W

C’est lui qui accompagne les joueurs du Team Winamax durant la première partie des WSOP : coach adjoint du Team Winamax depuis deux ans et demi, Melvin Pasquini est dans la place depuis dix jours. L’occasion de rencontrer ce spécialiste du coaching mental, qui nous explique son rôle auprès des pros à Sin City, et comment on exerce au quotidien le métier inventé par Stéphane Matheu il y a plus de quinze ans. Le Francilien de 28 ans nous raconte aussi son parcours hétéroclite avant d’intégrer la famille W. Interview d’un bras droit totalement épanoui auprès de la meilleure équipe de poker du monde.

Pasquini
Les WSOP, c’est plus d'un mois et demi de tournois. Comment planifiez-vous en amont cet événement incontournable dans la vie du Team Winamax ?

La plus grosse partie, c’est de la logistique. On se prépare trois mois avant pour gérer les budgets des joueurs, s’assurer que les inscriptions aux tournois vont être faciles. On demande toujours aux pros le montant de l'enveloppe qu'ils veulent envoyer sur les WSOP. On aime bien aussi savoir quand les joueurs arrivent, et en fonction de ça on décide de notre planning avec Stéphane Matheu. Dès qu’il y a six-sept joueurs minimum de l’équipe sur place, on se dit que l’un des coachs doit être là. Depuis un an, c’est moi qui viens avant Stéph, ensuite on passe une semaine ensemble, et je pars une semaine après. On reste un peu plus de trois semaines chacun, et Stéph reste jusqu’à la fin du Main Event.

Comment ça se passe quand aucun coach W n’est présent à Vegas pour le tout début des WSOP ?

Tous les joueurs sont capables de s’autogérer. Cette année, on était encore au SISMIX au début des WSOP, et Joao et Adrian sont arrivés très tôt à Vegas. Dans l’absolu, ils n’ont pas besoin de nous : tout est en place pour qu’ils n’aient pas besoin de nous. On a mis en place un processus pour qu’ils puissent s’inscrire aux tournois de manière fluide. Après ils se débrouillent.

Une fois arrivé à Sin City, quel est ton rôle auprès des joueurs sur place ?

Il y en a plusieurs. Le premier rôle est de m’assurer qu’ils puissent jouer et s'inscrire à tout ce qu’ils veulent, qu'ils disposent des fonds nécessaires. Ensuite il y a la partie représentation de Winamax : je m’assure qu’ils portent bien leurs logos, je fais un peu le lien quand ils sont sollicités pour des interviews. Même s’ils ont un programme chargé durant les World Series, il y a toujours ce rôle de joueur sponsorisé. Par exemple, on a distribué des vêtements Winamax aux joueurs qui viennent d'arriver, et la boutique Winamax voudrait que les joueurs les portent. C’est dans le rôle de représentation de la marque. La dernière partie, c’est support et coaching mental, la plupart du temps en table finale ou en cas de gros deeprun. Là, ce sont les joueurs qui viennent nous solliciter. On est au plus près d’eux, on reste avec eux toute la journée si c’est une table finale, comme ça ils peuvent venir nous voir facilement, ils savent qu’on est disponibles. Mon travail est qu’ils le sachent, mais moi je ne vais jamais vers eux pour leur dire de faire ceci ou cela.

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Sur la table finale d’Adrian Mateos sur le High Roller à 50 000 $ par exemple, ça s’est passé comment ?

On s’est vu avant. Je lui demande toujours si ça va, s’il a besoin de quoi que ce soit, ce n’est pas une question anodine. Il n’est pas venu me solliciter après. Chaque joueur est différent, certains ont des demandes plus spécifiques que d’autres. Certains vont demander du temps à côté pour se voir, d’autres du coaching mental, d’autres n'ont besoin de rien. On s’adapte. 95% de notre job c’est vraiment de l’administratif, de la compta, et les 5% restants c’est pour le coaching mental. Stéph a contribué à créer la méthode ACCEDER de Pier Gautier, il la connait sur le bout des doigts, et j’ai été formé sur ça aussi, avant Winamax. Il a évidemment beaucoup plus d'expérience.

"Le maître mot, c’est fluidifier. Et jouer du mieux possible. S’il y a ça, on a gagné"

S'il y en a, quels sont les problèmes que vous pouvez avoir à gérer à Vegas ?

Des problèmes d’inscriptions qu’il faut résoudre rapidement. À l’époque des Top Sharks, il fallait aussi aider certains joueurs qui n’avaient pas d’ITIN. Ce ne sont jamais de graves problèmes, car justement on est là avec Stéph. Le maître mot, c’est fluidifier. Et jouer du mieux possible. S’il y a ça, on a gagné.

Les WSOP sont-elles aussi une occasion de renforcer l’esprit d’équipe du Team ?

Sur les EPT et les World Series, les joueurs sont dans une démarche d’athlètes de haut niveau. Ils se préparent, ils vont jouer, ils vont se coucher et le lendemain ils recommencent. Nous on essaie de les voir parce que ce sont des moments importants, on doit créer du lien, avec les dinner-breaks par exemple et les moments que l’on vient de passer [interview réalisée après un petit-déj avec le Team]. On essaie d’en faire trois ou quatre par été à Vegas. Mais le but n’est pas de faire du team building pendant les World Series ou les EPT, on garde ça pour le séminaire. Pendant les WSOP, c’est priorité à la performance. On crée du lien si on peut, si on a des opportunités, les joueurs aimenrt bien, c'est important. Mais la priorité c’est qu’ils jouent, et qu’ils jouent bien. C’est aussi là que tu vois que c’est un sport individuel et que c’est dur de fonctionner en équipe. Mais c’est normal : les joueurs font leur programme, ils y en qui jouent, d’autres qui viennent en famille, entre potes, entre grinders, d’autres tout seuls. S'il n'y a personne pour organiser des moments communs, c’est que tout le monde deeprun. Alors tant mieux, c’est le but.

]Est-ce que tu sens une émulation particulière au sein du Team Winamax pour les WSOP ?

Pendant les WSOP, ils sont en mission : gagner un bracelet minimum. Il n’y a pas d’autre objectif, tout le monde vient là pour ça. Je pense que certains membres de l’équipe, quand ils ont commencé à jouer au poker, ne s’imaginaient pas qu’ils feraient un jour les WSOP. C’est le rêve de tout joueur de poker live. Alors évidemment, il y a une émulation particulière.

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Et quand aucun membre du Team ne deeprun, tu fais quoi à Vegas ?

En fait, Vegas c’est plutôt calme, sauf les jours de table finale, où dans ce cas les journées peuvent être très longues. En dehors de ça, je fais du reporting : savoir qui a joué quoi, quels sont les résultats des joueurs… C’est une part importante du boulot. On se sert aussi de ce moment pour planifier le reste de l’année, car on a beaucoup de temps et les joueurs sont sur place.

Une fois que les WSOP seront terminées, en quoi consistera ton travail ?

Dès la fin des World Series, on va se tourner vers l’EPT Barcelone. Il y a aussi tous les events Wina qui arrivent, avec le lancement du WiPT [Melvin est régulièrement présent sur les différentes étapes], le WPO Bratislava, l’EPT Chypre… On passe directement à la planification de tout ça. En fait, les WSOP, ça ne change pas beaucoup des EPT : les pros sont beaucoup plus sollicités pendant un WPO par exemple, pour faire les commentaires du stream, les interviews, les vidéos, des activités avec les joueurs. Et du coup, nous aussi. Après les WSOP, cela peut aussi arriver que des joueurs viennent nous solliciter, pour en parler, si cela s’est mal passé pour eux par exemple. On a tous les chiffres, ils viennent aussi nous voir pour ça, c’est notre rôle d’avoir des données à disposition : qu’est-ce que j’ai joué, quel format, quel est mon ROI… Il y a des stats poussées, c’est très important pour nous et pour les joueurs. C’est ce que Stéphane a mis en place depuis quinze ans.

"C’est un monde où il y a plein d’entrepreneurs, les joueurs ne font pas que du poker. […] C’est hyper stimulant comme ambiance."

Parlons maintenant de ton parcours avant d’arriver chez Winamax. Dis-nous tout !

J’ai fait une licence staps management des organisations sportives, on est pas si loin. Puis je suis parti en voyage pendant un an en mode sac à dos, parce que je ne savais pas ce que je voulais faire. En rentrant, je n’en avait toujours pas la moindre idée, donc j’ai fait un service civique chez les pompiers de Paris, j’ai fait du secours en victime pendant huit mois. J’ai fait aussi pompier volontaire en même temps, un boulot assez prenant, et c’était génial.

Puis j’ai fait une formation de coach mental il y a eu le Covid quant j’ai terminé, et tout était à l’arrêt sauf le poker. J’ai donc essayé de rebondir là, de voir les domaines qui fonctionnaient encore. J’ai continué à me former, juste après le Covid occupais d’une équipe de poker pro qui jouait exclusivement online, que des Expresso. C’est comme ça que j’ai connu le poker, juste après le Covid. Car quand j’ai terminé ma formation de coach mental, le Covid est arrivé, et tout était à l’arrêt sauf le poker : j’ai donc essayé de rebondir là, de voir les domaines qui fonctionnaient encore. Il y aussi des joueurs de poker que j’ai coaché en indépendant. Et c’est lors de ma formation avec Pier Gautier à la méthode ACCEDER que j’ai postulé à l’offre de Stéphane Matheu, qui cherchait un coach adjoint. Cela fait deux ans et demi que je suis au sein du Team, c’est mon troisième Vegas.

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Le poker, ce n’est donc pas un domaine dans lequel tu pensais évoluer un jour à la base ?

Pas du tout. Je ne joue pas, je ne sais pas jouer, je n’ai pas envie de me former non plus. Ce qui m’intéresse vraiment, c’est à quel point le poker est exceptionnel parmi tous les sports et activités. Je trouve ça incroyable que tu puisses t’asseoir à une table, et que du moment que tu paies tu puisses jouer. Tu peux te retrouver avec le meilleur joueur du monde, et potentiellement gagner. Ça n’existe nulle part ailleurs. Pour un joueur professionnel, il faut apprendre à le gérer, j’aime cet aspect : se faire éliminer par un joueur blindé, c’est dur, mais il a tout à fait le droit de jouer. C’est particulier à ce sport. Si tu me mets sur une piste de 200 mètres contre un spécialiste je perds, pareil dans les sports cérébraux, ou les jeux vidéos. Au poker, ce n’est pas toujours celui qu’on attend qui gagne.

C’est un milieu dans lequel tu te sens donc à ton aise ?

C’est un monde dans lequel je me plais à 100%, alors que je n’y connaissais rien à la base. Ce que j’aime aussi dans ce milieu c’est que c’est un monde où il y a plein d’entrepreneurs. Une fois qu’ils sont bien installés, les joueurs ne font pas que jouer : ils ont des affaires, des business, des idées. C’est hyper stimulant comme ambiance.

À relire : la grosse interview de Stéphane Matheu

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