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WSOP 2024-Rubriques - Chroniques

Ceci n’est pas un article, c’est un hommage

Où, à l'occasion de son tournoi live annuel, un couvreur est poussé à redéfinir sa place

Joueur

À force de couvrir des tournois de poker, on oublie ce que c'est que d'en jouer un. Un vrai. Avec une structure décente qui s'étale sur toute une journée – ainsi qu'une bonne partie de la nuit. La formule n'est pas uniquement stylistique. Pour nous autres "couvreurs", un tournoi répond à une logique structurelle consistant en une succession de moments clés. Pour ce qui est des tournois estampillés Winamax (WiPT, SISMIX, WPO), les Day 1 nous servent avant toute chose à prendre le pouls de la salle, vous présenter le field dans toute sa disparité (professionnels, amateurs, qualifiés, réguliers, rookies...), à travers une succession de portraits. Une fois la bulle passée, on s'intéresse à ceux qui montent des jetons, jusqu'à une succession d'éliminations nous amenant à la table finale. Portraits, dernière ligne droite, gros sous, célébration du vainqueur, rideau. On finit le plus souvent sur les rotules, mais on sait plus ou moins à l'avance de quoi nos journées seront faites.

Ici, aux WSOP, avec parfois jusqu'à une dizaine de tournois en simultané, dont une poignée de finales et leur lot de noms ronflants, voire, de temps en temps, un Français ou deux, il n'est pas rare que les Day 1 passent à la trappe. "On s'y intéressera... quand ce sera intéressant." En clair, avant de prendre la voiture direction le Horseshoe, la première des tâches consiste à trier le bon grain de l'ivraie, tout en restant attentif à d'éventuelles surprises. Bref, le couvreur dispose de ce petit pouvoir du genre qui fait toute la différence, celui de faire ses propres choix.

Joueur

Le joueur, lui, n'a pas cette chance. En dehors d'un cercle restreint de ballas qui peuvent se permettre de se pointer à une heure de la fin des enregistrements tardifs, quand ce n'est pas carrément en début de Day 2 – lorsque la structure le permet – la majorité silencieuse, elle, attaque aux aurores. 10 heures, pour le Monster Stack qui bat actuellement son plein, ou 11 heures, dans le cas, au hasard, du Sunday Special 200 $ avec add-on du Orleans, c'est tôt pour un joueur de poker. Surtout quand il a débarqué dans le désert du Nevada 36 heures plus tôt et doit encore se battre contre un violent jetlag.

Mais le plus dur, ce n'est pas le début, c'est la suite. Quand le dinner break pointe le bout de son nez, mais que le bureau des inscriptions vient tout juste de fermer. Et lorsque, douze heures après le coup d'envoi, les places payées arrivent enfin, on sait que le chemin reste encore long. Les paupières, pendant ce temps, se font plus lourdes que jamais. La concentration vacille. La moindre faute d'inattention peut coûter cher. Et si je relançais cette merguez en bataille de blindes ? Quoi, un short stack avait fait tapis en début de parole ? Comment est-ce que j'ai fait pour rater ça... Alors tenir, avec les moyens du bord. Heureusement, les tables fullring favorisent la patience. Vous imaginez des journées aussi longues en 6-max sur un tournoi de 2 700 entrants ? Ah oui, on appelle ça un SISMIX.

2 heures du matin, c'est le moment du redraw à trois tables restantes. Malgré deux livraisons et le scalp de quelques short stacks, une grosse heure de card dead alors la moyenne tourne autour des vingt blindes, ça finit forcément par se payer. Le deuxième flip à tapis couvert de la journée sera le dernier. Tout aurait pu s'arrêter dès 14 heures. Dans pareil cas, d'aucuns seraient sans doute repartis au combat tête baissée, dans ce casino ou un autre. Pour moi, je le sais, cela aurait insurmontable. J'aurais eu besoin d'une séance ciné dans les sièges moelleux du Brenden Theatres du Palms ou une session d'achats compulsifs de vinyles chez Zia Records pour faire passer la pilule. À la place, c'est une 22ᵉ place sur 739 inscriptions, pour environ cinq buy-ins, soit un taux horaire loin d'être avantageux. Dommage, il y avait plus de 32 000 $ à la gagne. Mais cela semblait loin, tellement loin. Déjà, il avait fallu de la réussite pour en arriver là. Ce dernier lancer de pièce, c'était probablement celui des demis. Mais combien d'autres pour aller au bout ?

À tête reposée, la fatigue fut sans doute le meilleur des compagnons, agissant comme un inhibiteur d'émotions. C'est elle qui permet de ne pas s'enflammer lorsque l'on passe en deux coups de short stack à chipleader de sa table. Elle aussi qui limite l'impact de ce bad beat encaissé sur un call adverse franchement pas terrible – As-7 off après un open et un 3-bet en début de parole, vraiment ? Elle n'a pas suffi, toutefois, à calmer cette peur de faire partie de ceux ayant joué des heures pour disparaître aux portes de l'argent, sans rien. Sans doute à cause d'elle, et à ma plus grande surprise, l'élimination s'est même accompagnée d'une forme de... soulagement ? Quinze heures dans une même enceinte surclimatisée, de laquelle on ne s'échappe que quelques minutes, pour respirer à la place un air saturé de chaleur : je n'étais pas préparé à ça. Alors à l'idée de répéter l'opération samedi à l'occasion de mon prochain jour de repos, mon corps et ma tête tout entiers ont répondu : "non". Physiquement, mentalement, ce jeu a cette capacité unique et trop souvent insoupçonnée de vous user. Ce, alors que je n'ai pas eu plus de deux ou trois spots délicats à négocier de tout mon tournoi.

Salle Horseshoe

Ce premier article de mon été vegassien ne consiste pas (que) en un long brag à peine déguisé. Il est là pour appuyer le fait que, contrairement à ce que me réserve habituellement mon statut d'observateur distant, le temps d'une journée, je n'ai pas eu le choix. En oubliant ce à quoi je me confrontais, je me suis lancé sans m'en rendre compte sur une autoroute dont la sortie ne s'est présentée que très tard. Une micro-décision après l'autre, j'ai franchi les étapes, faisant de mon mieux pour esquiver les guerres d'égos et tempérer cette condescendance toute européenne à l'égard de la passivité des joueurs locaux. Le plaisir et l'excitation furent au rendez-vous, mais ne me demandez pas de remettre une pièce dans la machine le lendemain.

Alors à tous ceux qui y parviennent, qui réussissent à encaisser, tomber, se relever, célébrer, s'effondrer, quel que soit le lieu, quelles que soient les conditions ; à ceux qui ne se posent même pas la question aussitôt descendus de l'avion ; à ceux qui prennent place dans la file des late regs après avoir collecté leur premier min cash en deux semaines ; top regs comme anonymes, je vous tire mon chapeau. Qui vaut ce qu'il vaut. Comme quoi, il faut parfois changer de place pour savoir apprécier la sienne et mieux comprendre celle des autres. Que cet hommage serve à marquer nos différences, pour mieux nous rapprocher.

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Comment je suis devenu (presque) millionnaire

Retour sur le deep run d'un couvreur sur le Millionnaire Maker Event #54 : Millionaire Maker 1 500 $

Couvreurs

En tant que couvreur, l'une des questions qui revient le plus quand on discute avec les joueurs du circuit après leurs deep runs, c'est "et toi, ça te démange pas de jouer quand tu couvres ?" Alors, si la question est légitime, la réponse n'est pas toujours affirmative. Disons que certains endroits sont plus propices à vous donner envie de jouer, et Las Vegas en fait partie, avec ces fields dantesques, ces bracelets mythiques, cette émulation du clan français réuni à Sin City. Tout vous appelle vers les tables, et il n'est pas rare de retrouver des couvreurs en manque de sensations fortes aller taper le carton du côté de l'Orleans ou du Resort World.

Alors, quand les planètes se sont alignées au niveau de mon planning et que j'ai eu la possibilité de prendre part au Millionnaire Maker, grâce à la générosité d'un stakeur dont je raconte les exploits depuis plusieurs années, je ne me suis pas fait prier pour tenter l'aventure. Faut dire que je vis une véritable d'amour avec cette ville, comme vous l'a déjà raconté Flegmatic dans un magnifique article pendant mon Day 1. C'est dans cette ville que j'ai vécu mes plus beaux moments cartes en main, que ce soit lors de mon deep run sur le Main Event en 2016, sur la table télévisée de ce même Main Event en 2017 ou lors de ma victoire sur un Side Event du Golden Nugget à près de 2000 joueurs avec ce même Flegmatic en table finale également. Des moments inoubliables comme vous pouvez l'imaginer pour quelqu'un qui ne joue que très rarement des tournois live.

Si vous lisez ces lignes, vous savez déjà sans doute que j'ai bust (sick spoil !), mais laissez-moi vous raconter quelques moments forts de cette aventure. Je vais pas vous pondre un compte-rendu à l'ancienne comme j'avais fait par exemple sur mon premier tournoi WSOP joué en 2011, mais plutôt vous raconter mon tournoi à travers quelques mains charnières.

Pour remettre en situation, on commence cet event #54 des WSOP avec 25 000 jetons de départs et des blindes à 100/100 (BB Ante 100). Comme je ne fais pas partie des top regs, je suis là dès la première minute de jeu. Il ne s'agirait pas de rater la première main sur mon premier tournoi WSOP depuis plus de 5 ans, un tournoi dantesque qui aura généré 10 939 entrées.

DAY 1

Level 2 : 100/200 (200) - Stack 34 000

Stack_départAprès avoir fait progresser mon stack à 34 000 sur une table "facile", en grindant pion après pion sur des petits coups, je me sens très à l'aise sur cette table full ricains. C'est sur le deuxième niveau de la journée que je vais commencer par avoir ma première grosse décision du tournoi. Je relance UTG+1 à 500 avec JJ. Un reg américain d'une trentaine d'années paye de SB avec un stack de 25k et la BB s'invite également dans ce petit plan à trois. J'envoie une mise de continuation à 700 sur le flop 556 et je me fais check/raise à 2 500 par la SB. Je ne suis pas vraiment ravi mais je paye avec mon overpaire. Turn 9, il poursuit son agression en envoyant 5 000. Intense réflexion, je n'ai pas beaucoup d'infos sur le joueur en question, si ce n'est qu'il a l'air compétent. Par manque d'expérience, j'ai déjà peur de la décision que je vais devoir prendre sur la river et décide sagement de faire un fold de nit. Un peu weak, je l'admets. Mais l'important, c'est la survie.

Level 5 : 300/500 (500) - Stack 25 000

C'est sur ce level que je vais connaître dix minutes de pure folie. Je trouve AA contre le même ricain qui a 22 000 de tapis. J'open à 1 200 et il me 3-bet chérot à 5 000. Je décide de le mettre à tapis et il snap avec JJ. Ça hold et me voici à 50 000. Quelques mains plus tard, je découvre à nouveau AA. Je vérifie plutôt deux fois qu'une, regarde autour de moi si c'est pas une caméra cachée et fais 1 200 au hijack. Le bouton paye. La petite blinde envoie son tapis de 18 000. Le joueur en grosse blinde, qui vient d'arriver à la table avec 45k, décide de simplement payer. Je reshove, le bouton passe (ce qu'il dira être As-Roi) et le grosse blinde engage ses jetons avec KK tandis que la BB possède 99. Comme un bon top reg, je sors la caméra pour filmer les moments. Un truc que j'ai jamais fait de ma vie, mais j'essayais de comprendre pourquoi depuis quelques années, on voit de plus en plus de joueurs le faire. Pour immortaliser le moment ? Pour prouver à leurs stakeurs qu'ils ont pas spew ? Pour ses followers sur Insta ? Les raisons sont sans doute multiples, mais en tout cas, ça aide à ne pas perdre d'énergie, je focus plus sur la manière de filmer que sur les cartes qui sortent. Du coup, j'ai pas tremblé et ce setup incroyable m'a propulsé à 120 000. Petit brag, je me retrouve alors en tête du chip-count du site des WSOP. Bon, faut dire la vérité, c'est surtout parce que je connais Gaëlle Jaudon et qu'elle s'est empressé d'updater mon stack.

Level 8 : 500/1000 (1000) - Stack 120 000

Bill KleinUn vieux moustachu relance à 2 200 avec un stack de 140k. Je 3-bet à 6 400 au bouton avec JJ. Il paye hors position. J'hésite à c-bet sur le flop KK8 mais je me contente de check-back. Sur la turn 7, il checke à nouveau. Il est temps de valoriser un peu. Je fais 6 000 et il me check/call. River T, il checke une troisième fois. Je suis partagé entre miser et checker, j'ai un mauvais feeling. Je décide de tapoter la table et découvre qu'il détenait 77 pour full trouvé turn. Bien content d'éviter les dégâts river, j'apprends qu'en fait, je venais de jouer contre Bill Klein, un businessman habitué des High-Roller avec 7,5 millions de $ de gains, qui avait notamment terminé runner-up du 100k$ High-Roller du One Drop derrière Jonathan Duhamel en 2015.

RoisAprès un dinner-break avec la couvreur's family au In & Out, la fin de journée s'avère difficile. Je ressens fort la fatigue lié au jet-lag (je suis arrivé deux jours plus tôt) et je lutte vraiment pour ne pas faire de bêtises. Je réussis tout de même à monter à 170 000 grâce à un petit carré de rois contre un short-stack qui a shove 15 blindes avec As-Valet, mais perd plusieurs petits coups sur la fin, un tirage couleur qui ne rentre pas, un pot 3-bet où j'abandonne avec As-Roi sur un flop T-5-5, pour finir ce Day 1 à la table de Nathalie Hof avec un stack confortable de 141 000 jetons, soit près de 60 blindes pour la reprise. Il reste 2 381 joueurs et selon mes calculs (et 15% de places payées), on n'est plus très loin de l'argent.

DAY 2

Level 12 : 1000/2500 (1000) - Stack 141 000

Premier bad beat du tournoi, j'arrive un peu à la bourre au départ de ce Day 2. Enfin, c'est surtout que j'arrive dans la mauvaise salle. On me dit que ma table se trouve dans la Provence Ballroom. Autant dire que même mes collègues couvreurs ne connaissaient alors pas l'existence de cette salle. Je me dépêche de rejoindre cette salle et j'arrive finalement à 11h05 alors que la première main est en train d'être jouée. Mon voisin de gauche montre deux beaux As et je me dis que j'ai peut-être bien fait de rater ma petite blinde. La main d'après, je retourne ma première main de la journée : AA. Je me dis que j'ai bien fait de courir pour ne rater ça. Je 3-barrel contre la BB sur un board Q9446 et monte ainsi à 170 000 après qu'il ait décidé de folder Dame-8 river.

Level 13 : 1500/3000 (3000) - Stack 170 000

Avant ce Day 2, j'avais analysé mon seat-draw avec les couvreurs. Un joueur faisait particulièrement peur, l'allemand Maximilian Silz, au profil typique du reg germanique qui fait flipper. C'est finalement contre lui que je vais passer mon premier bluff du tournoi. Profitant d'une belle image de joueur sérieux, je le 3-bet à 23 000 de SB avec A2 suite à son open à 6 500 au bouton. Il paye. Sur le flop 278, j'envoie 17 000 et je me fais payer assez rapidement. Turn K, je continue mon histoire en envoyant 35 000 au milieu. Il réfléchit toute sa vie et finit par passer sa main. J'ai bien transpiré quand il tankait, en me demandant si j'allais être capable d'envoyer le 3ème barrel. C'était le plan, mais c'est aussi un truc que j'ai du mal à appréhender sur des gros tournois comme ça : la possibilté de bust sur un gros bluff qu'on aurait peut-être pu s'épargner. On ne saura jamais mais en tout cas, me voici à 200 000 jetons, toujours très bien avec plus de 60 blindes devant moi alors que les places payées approchent. 1 641 joueurs auront la chance de rentrer dans l'argent sur ce Millionnaire Maker, et deux d'entre eux seront millionnaires dans 4 jours.

Level 14 : 2000/4000 (4000) - Stack 200 000

BulleDéplacé dans la grande salle du Horseshoe pour la période de la bulle, j'ai à peine tremblé, avec un stack conséquent pour aborder ce moment tant redouté, et surtout beaucoup de joueurs short-stack qui foldaient tout pour entrer dans les places payées. La bulle éclate alors que j'ai 180 000 jetons, une première étape déjà vraiment cool à passer et toujours un grand moment avec applaudissements, checks et sourires sur les visages de beaucoup de joueurs. C'est mon troisième ITM sur un event WSOP, après mon deep run sur le Main Event en 2016 et un petit ITM sur le Crazy Eights en 2017, et cela fait sacrément plaisir. On n'a pas souvent l'occasion de prendre part à ces beaux tournois et rentrer dans l'argent est le deuxième objectif (le premier, c'est le kiff).

Level 15 : 3000/5000 (5000) - Stack 180 000

Après avoir changé de table, je vais disputer mon premier all-in à tapis couvert du tournoi. Et je ne vais même pas avoir peur... Après une relance à 10 000 UTG+1 d'un joueur avec 200k, payé par la SB, je fais 40 000 avec AK, il shove avec T et j'appuie sur le bouton call. Je sors la caméra comme un top et je vois juste que j'ai trouvé directement un Roi sur le flop pour gagner ce premier gros flip crucial pour monter à 380 000. J'achève même le joueur la main d'après avec As-Roi contre Roi-4 pour passer à 420 000.

Malheureusement, quelques minutes plus tard, je vais être cette fois du mauvais côté de la pièce. Après un raise à 10 000 payé deux fois, je squeeze avec deux Valets. Le relanceur initial pousse ses 170 000 au milieu avec As-Roi et trouve un Roi sur la rivière. J'ai du mal à encaisser ce coup. Sur la turn, je m'imaginais déjà avec un stack de 600 000. Au lieu de ça, je chute à 250 000. Même si je suis encore large, je prends un gros coup au moral. Je me ressasse cette rivière et je n'arrête pas de regarder les jetons qui se trouvent désormais chez mon adversaire. "Ce sont mes jetons", je me dis plusieurs fois dans ma tête. Puis, je me force à me remobiliser. Après tout, ce coup est passé, je préfère avoir perdu ce deuxième flip que le premier que j'ai joué, et il faut maintenant regarder vers l'avant.

Et finalement, tout se passe pour le mieux après ce flip perdu, je touche deux brelans (dont un avec 66, enfin, une main que j'ai du setminer au moins 5 fois) et je prends un gros pot avec As-Dame contre une paire de Dix sur un board hauteur Dame, et j'atteins alors le dinner-break avec 400 000.

Level 18 : 5000/10000 (10000) - Stack 400 000

StackJe parviens à négocier un swap avec l'ami Jonathan Guez qui a alors le même stack que moi. Je m'estime chanceux quand je vois qu'il est monté très rapidement à 850k, dans le même temps où moi, je chutais à 250k, et pourtant, il finira par bust sur un énorme coup en fin de journée. De mon côté, c'est la soupe à la grimace, et comme sur le Day 1, je commence à ressentir la fatigue post-dinner break.

Arrive un coup à ne pas montrer dans toutes les écoles. Un joueur relance à 20 000 UTG+1, je me contente de flat avec JJ au cutoff, c'est payé par la SB et la BB. Sur le flop 874, le relanceur initial envoie 35 000 (avec 130 000 derrière). Vous vous dites sans doute que j'ai shove ou call, mais j'ai finalement décidé de fold directement, un play qui en a fait bondir plus d'un. Comme aurait dit un bon vieux livetard, "je le sentais pas". Au final, je me serai empalé contre une très grosse main, puisque la BB a payé et le relanceur initial a envoyé la boîte sur un T à la turn et montrer deux Rois. Ce genre de coup où le fait d'être un gros nit te sauve les fesses.

Je tente ensuite un bluff contre le joueur asiatique qui avait doublé contre moi AK/JJ, mais ça ne passe pas, plus un flush-draw qui se heurte aux deux paires d'un joueur qui me fait folder mon équité, et me voilà dans la zone orange, avec aussi une main où je dois lâcher un tirage quinte par les deux bouts après un c-bet et un raise. Je me retrouve finalement avec 260k au dernier break de la journée.

Level 20 : 10000/15000 (15000) - Stack 260 000

Je serre les fesses, en attente d'un spot qui me permette de cette zone sous les vingt blindes où je suis pour la première fois. C'est la première fois en 20 niveaux où j'entrevois un avenir incertain, un reshove qui passerait pas, un shove borderline en BvB. Je trouve finalement un spot en envoyant mes 220 000 au milieu avec 99 au lojack. Je me fais snap par la BB qui a exactement le même stack que moi et AQ. A travers mon iPhone, encore une fois, j'entrevois un As sur le flop, mais un pique fait pousser des cris aux joueurs de la table. Je regarde de plus près, mon 9 de pique a trouvé une couleur sur le board et je double ainsi à 460 000.

La fin de journée sera assez pénible, avec peu de coups disputés, une défense de blindes inutile, un open light qui se fait 3-bet et je finis avec 315 000 jetons, soit 12 blindes à la reprise, mais déjà assuré de remporter 7 200 $ à 316 joueurs restants.

Day 3

Level 22 : 10000/25000 (25000) - Stack 260 000

JacobsonJ'entame le Day 3 avec Jason Wheeler et Martin Jacobson. Première bonne nouvelle de la journée, on dirait bien qu'on est la deuxième table à casser et je commence au cutoff. Autant dire qu'à la vitesse où ça bust sur un tournoi avec un field pareil, on pourrait bien casser avant que je ne sois de grosse blinde. Et avec 12 blindes, c'est un paramètre important à prendre en compte. En bon vieux renard, j'essaie de tanker un peu pour que les mains durent plus longtemps. On entend des "Payouts !" partout ailleurs et la première table casse rapidement. Mon voisin de droite tanke également très longuement, beaucoup plus que moi, à tel point que le champion du monde 2014 lui reproche et lui dit que ça ne cassera pas avant son tour. Le joueur insiste et tanke à chaque main, alors que moi, je me force à ne pas trop tanker pour pas me faire incendier. Finalement, la table casse juste après sa grosse blinde, ce qui veut dire j'évite la grosse blinde. Premier good beat de la journée. On se réjouit de ce qu'on peut avec 12 blindes devant soi.

Level 23 : 15000/30000 (30000) - Stack 250 000

A ma nouvelle table, je suis clairement en attente du moindre spot pour tenter de remonter mon maigre tapis. J'ai une première occasion avec As-Valet de SB, mais sur un open d'un joueur sérieux UTG. Je lâche l'affaire, persuadé que c'est un spew. La deuxième occase est celle que je regrette le plus. Open shove pour 300 000 d'un joueur asiatique au LJ, je suis au bouton avec encore As-Valet et 200 000 de stack. Je me persuade que je suis au mieux sur un flip et qu'il ne shoverait pas As-Dix ou Roi-Dame. Mais vu comme il a bust quelques minutes plus tard, j'ai un peu changé d'avis.

Victor bust

La dernière main de mon tournoi se déroulera quelques minutes plus tard. Je défends T9 7bb deep sur un open d'un nouvel arrivant à table qui a open au cutoff, avec comme plan d'envoyer sur beaucoup de flops si je touche un bout de quelque chose. Sur le flop 975, je me dis que c'est précisément ce que je voulais et je décide de donk-bet shove. Je me fais payer après dix secondes avec ... A9. Bien mal au point pour survivre, je reprends espoir sur la turn T qui me donne une deuxième paire, mais c'est un cruel A qui frappe la feutrine sur la rivière, signifiant mon élimination en 263ème place du tournoi.

Ticket
La suite, vous imaginez bien, ce n'est pas une partie de plaisir. On sera heureux du résultat, de ce deep run magnifique, mais c'est le moment de la grosse frustration, on repense à cette river assassine, au spot qu'on a pas pris avec As-Valet. On aura aimé aller plus loin, aller chercher un vrai bon gros One Time, mais rapidement, on relativise au contact des autres, les couvreurs qui vous ont soutenu pendant ces trois jours et récoltent vos impressions quand vous n'avez qu'une envie, disparaître. Ce qu'on a envie de retenir, c'est que bust, ça fait mal quoiqu'il arrive, même si on a vécu de grands moments à la table.

C'est clairement pas une perf XXL, mais un grand moment à vivre où l'on ressent beaucoup beaucoup de soutien et je ne remercierai jamais assez mon stakeur pour m'avoir donné cette belle opportunité de jouer ce tournoi. Vous comprendrez peut-être un peu mieux pourquoi dans quelques mois, mais je laisse le suspense.

On n'a peu d'occasions de vivre ce que vivent ces joueurs qu'on suit toute l'année, et ça apprend beaucoup aussi pour relater leurs deep runs. Parce que jouer 23 heures et faire 263e/10939 pour ... 5,5 buy-ins, il faut parvenir à retourner au combat le lendemain. Pour moi, il ne s'agit pas d'un combat, mais d'accepter de retourner à ma place, une place que j'aime depuis des années, à raconter VOS histoires.

Looking for Inaus

Et si Inaus venait de faire son entrée sur les WSOP 2024 ? Event #73 : High-Roller Pot-Limit Omaha 25 000 $ (Day 1)

Salle Purple

Dans la vie d'un couvreur WSOP, tout est une affaire de timings. Pendant les temps morts, vous guettez les informations délivrées par le site officiel à la recherche de français qui auraient échappé à votre radar. C'est ainsi que je tombe sur le chip-count du 25 000 $ High-Roller PLO, en me disant qu'il ne risque pas d'y avoir beaucoup de tricolores dans cette épreuve de ballas, même si on attend l'arrivée imminente d'un certain Élie Nakache dans le field, prévue pour demain. Quelle n'est pas ma surprise quand je tombe sur le nom de Thomas Santerne dans le chip-count avec un stack de 108 000 jetons. Ni une ni deux, je décide de mener mon enquête. Comment se fait-il qu'on ait raté l'arrivée du jeune prodige actuel du poker héxagonal, celui qui s'est illustré entre autres en finissant runner-up du 100 000 € 8-Handed des Triton pour 1,7 millions en mai dernier, celui qui détruisait les 10 000 $ de GG.Poker online ?

PokernewsPourtant, croisé à Monte-Carlo, Thomas m'avait avoué qu'il ne pouvait pas venir sur les WSOP. Une petite bêtise de jeunesse l'empêcherait de traverser l'Océan Pacifique et de pénétrer aux Etats-Unis, un truc tellement anodin que je me dis qu'il est possible que l'interdiction ait été levée (on sait jamais, Grégory Chochon a le bras long, il paraît). Donc, j'y crois à cette nouvelle, peut-être que Thomas est là sur ce tournoi réservé aux fines lames du PLO. Deuxième petit problème que je vois, je n'ai pas le souvenir qu'il ait déjà joué au poker à 4 cartes, mais bon, connaissant l'animal, il pourrait très bien avoir appris les règles avant de s'envoler pour Sin City et nous faire une ElkY qui avait remporté son bracelet en Stud en apprenant les règles la veille.

Je retrouve mon collègue Fausto pour un dinner-break bien gargantuesque au restaurant japonais Umiya et me remettre de mes émotions après la victoire d'Élie Nakache sur le 10 000 $ PLO Championship et lui fait part de la nouvelle. "Y a pas moyen, en plus s'il était là, il irait jouer le 10K$ du Wynn, il joue pas en PLO !", tranche-t-il. Entre deux sushis, les paris sont pris, je mets 10 balles sur la table (et oui, on n'est pas balla, même si on deep run des tournois !) avec l'envie de croire à cette bonne surprise.

Fitoussi_Hansen

De retour à mon bureau, je m'en vais découvrir la zone Purple du Paris, zone réservée pour les tournois high-roller, une zone où les sièges sont un peu plus confortables et les masseuses un peu plus présentes. Comme je suis le roi du timing, j'arrive bien sûr en plein pendant la pause. Difficile de retrouver la trace d'Inaus dans le field, je checke un peu les dernières tables qui jouent, découvre un Daniel Negreanu en train d'essayer de deviner la main de son adversaire, je vois Gus Hansen en train de parler de l'Aviation Club de France avec Bruno Fitoussi. Aucune trace de Thomas Santerne.

Chaise vide

Je cherche les couvreurs Pokernews pour tenter d'en savoir plus, mais sans succès. Après tout, ils ont relaté un coup entre Danny Tang et Thomas Santerne. A la reprise et après m'être renseigné sur l'apparence de Danny Tang sur Google, je trouve sa table. Une table où je ne vois personne qui ressemble à Inaus... mais une chaise est vide. Et s'il avait bust dans mon dos et que je n'allai jamais avoir de réponse à la question qui me taraude depuis quelques minutes ? Je ne m'en remettrais sûrement pas.

Sonny Franco

Et puis, alors que le jeu vient de reprendre, je parcours toute la salle en scannant chacune des tables, m'arrêtant pour prendre en photo Phil Ivey ou taper la discute avec Sonny Franco. "Et, tu sais s'il est là, Thomas Santerne ?", me demande Sonny. Je rigole intérieurement. Ça tombe bien, je le cherche. Sonny semble persuadé qu'il s'agit d'une erreur d'un couvreur de Pokernews. "S'il était là, il jouerait le 10K$ du Wynn, il joue pas PLO". Décidément, est-ce que Fausto aurait savamment organisé ce plan machiavélique pour me soutirer 10 balles qu"il splitterait avec un couvreur de Pokernews dans le coup ?

Inaus 2.0

Je continue mes investigations et tombe sur un grand mec de dos qui va s'asseoir sur une table dans le coin de la salle. Je l'observe minutieusement et m'approche, prêt à aller le saluer. "Salut Thomas - Euh, I'm Parker, sorry". Il ne s'agit pas de Inaus, mais il y a comme un petit air de ressemblance. On pourrait imaginer que quelqu'un ait pu le prendre pour lui. Je le prends en photo et me dis que si j'allais balancer ce sosie sur Facebook, on me mettrait peut-être bien des 6/10.

Pokernews

Finalement, je retrouve un des couvreurs Pokernews, et lui demande s'il peut m'éclairer sur la présence de Thomas Santerne dans le coverage. Visiblement un peu gêné, il me dit qu'il s'est trompé et que ce n'est pas lui, il a pris quelqu'un d'autre pour le grinder français et vient de réparer son erreur. Amusé, je lui montre la photo que je viens de faire. Il me dit que c'est effectivement ce mec-là qu'il a pris pour Thomas et me demande pourquoi j'ai été le prendre en photo. Je lui explique que je vais faire un article pour se foutre de sa gueule et il me met une droite (non, ça, c'est inventé !)

Enquête résolue, Détective_volant, une enquête qui m'aura coûté une bonne heure de temps et 10 balles. Merci Inaus et à bientôt sur Vegas, on l'espère !

WSOP 2024 : tous nos articles

Tout le monde s’en foot

La grande fête de l’Euro a commencé ! Mais comment vibrer pour cette compétition lorsqu’on est 9 000 km de là, avec 9 heures de décalage horaire, dans un pays qui n’a rien à carrer du “soccer” ? Peut-on multitabler poker, Euro et Copa America ? Reportage mi-ballon mi-jetons avec les supporters de Las Vegas.

Allegiant Stadium

Home-game, betting et jetlag

Jour de match chez Romain Lewis. Pour le départ de l’Euro 2024, le Team Pro Winamax a réuni quelques amis dans sa villa au nord de Las Vegas. Angleterre - Serbie en ouverture, une affiche que le Franco-Britannique du Team avait coché depuis longtemps.

Les amis supporters sont invités à pousser les “Three Lions” dans une coloc qui respire la blancheur : Arnaud Enselme, Corentin Ropert, Jérémy Saderne, Maxime Parys et Romain donc, un quinté gagnant qui comme chaque année, partage l’aventure des WSOP dans la même villa.

Direction Summerlin, l’un des quartiers les plus cossus et le parfait cliché de la zone résidentielle des séries américaines. Des ruelles calmes et larges, une enfilade de villas qui se ressemblent toutes, devant lesquels sont parqués d’énormes SUV et pick-ups, à côté du traditionnel panier de basket, qui s’érigent tels des bites d’amarrages devant les maisonnées.

Home Game

Malgré l’horaire matinale, les supporters respectent la Coupe d’Europe de football et arrivent bien évidemment chargés de bières. A quinze minutes du coup d’envoi, certains grinders dorment encore, tandis que d’autres amoureux du ballon rejoignent l’assemblée. Bruno Lopes par exemple, qui vient de débarquer à Vegas, et Maxime Chillaud s’étalent dans les canapés en s’informant des “bets” pris par les copains.

« On veut des coups-francs directs, informe Romain Lewis. - Il nous a tous engrainé à mettre un billet sur la côte à 20. Apparemment, l’Angleterre a des bons tireurs, explique Corentin, pas plus convaincu que ça. - Attends, on a Trent, Trippier, Kane, Saka, énumère un Romain absolument dithyrambique sur l’effectif britannique.

La coloc’ a également misé sur le doublé de John Stones (côté à 200), un défenseur auteur de 3 buts en 72 sélections et s’enflamme donc à chaque corner obtenu par l’équipe d’Angleterre, dans l’espoir de voir leur favori planter un coup de casque.

Corentin Ropert a servi les boissons au kop. Stella Artois, Capuccino, bouteille d’eau, le plan de jeu varie selon les supporters. C’est l’un des dilemmes de cet Euro. Le football invite à s’ouvrir une bonne blonde, mais dans ces conditions, le risque est que nous soyons à la bière dès 11h tous les matins pendant un mois de compétition.

Multi-tabler poker et football

Dans les bars de la ville, les fans de football ont choisi leur camp et descendent les pintes sans se soucier de l’horaire. « Tu peux commencer dès 9H et même 6H du matin avec les premiers matchs du jour » remarque Yoshi, le vidéaste qui suit Jonathan Pastore dans ces épopées pokeristiques. De nombreux supporters tricolores se sont retrouvés lundi au Tilted Kilt, un pub américain niché dans l’allée piétonne entre le Linq et le Flamengo, pour l’entrée en lice de l’équipe de France face à l’Autriche.

Tiltet Kilt

Une grande salle, la quasi totalité des tables vides : on sent que les Américains ne vont pas se lever pour regarder du “soccer”, surtout à cette heure là. Pour observer le match, un écran de trois mètres sur quatre, et si le spectacle n’est pas à votre gout, vous pouvez toujours dévier le regard sur les autres télés placardés un peu partout sur les murs, retransmettant matchs de baseball et les talk-shows sportifs de la finale NBA, sans le son.

Une quinzaine de Français sont présents, les maillots bleus sont de sortie : Vegas ou pas pas, la priorité est donnée à l’équipe de France de football. « On prend nos jours off sur les jours de match des Bleus, informe Mathieu Cardona en attaquant sa troisième pinte. Aujourd’hui, c’est foot, outlet (grand marché de produits démarqués où les joueurs aiment faire le plein de vêtements et cadeaux), restau brésilien… Et il y a peut être une table de Craps qui va passer par là ».

Toute la délégation se met au régime américain. Pour accompagner le match, une énorme assiette de nachos recouvert de cheddar fondu, cheese burger à toutes les sauces ou « steak salad » pour ceux qui tenteraient tant bien que mal de garder la ligne. Avec une grande pinte de Budweiser ou de Blue Moon bien sûr.

Nachos

“Le petit déjeuner est servi” (Tilted Kilt Pub)

Dans l’assemblée, seul Léandry résiste à l’appel de la bière. « Je reste au coca aujourd’hui. On doit aller jouer après, il faut rester sérieux », affirme l’ex-membre du Stream Gang.

Certains de ses homologues sont d’ailleurs déjà au charbon. Leur qualification au Day 2 du Monsterstack les oblige à regarder le premier match de bleu directement depuis la Ball Room du Horseshoe. Plutôt que d’indiquer les niveaux de blindes et le pay-out, les immenses écrans latéraux diffusent les dribbles chaloupés d’Ousmane Dembelé.

Paris Football

« J’étais un peu tiraillé entre le foot et le poker, confesse Samy Dubonnet, qui monte des colonnes sur le Day 2 du Monster Stack. Je regardais sur mon portable avec les écouteurs, puisque je ne conçois pas qu’on puisse regarder un match de foot sans le son. D’un côté tu as l’équipe de France, de l’autre tu as un tournoi qui avance, mais c’est du 9-handed, donc tu as un peu le temps. Disons que c’est pas le moment où tu es le plus focus sur le tournoi. S’il y a un tell à observer, tu ne le vois pas ».

Les Américains, eux, ne semblent absolument pas perturbé par les débordements de Kylian M’Bappe. Même en période de compétitions internationales, on sent que ce pays n’est pas celui du ballon rond. « Le soccer n’est clairement pas un sport majeur, affirme Eric, un américain que je croise dans le Sportsbook (zone des casinos quadrillé de diverses écrans pour regarder et parier en direct sur d’innombrables rencontres sportives) du Cosmopolitan. On n’est pas comme en Europe. Moi, je suis venu pour regarder la MLB (ligue de Baseball), pas l’Euro » explique ce Texan, les yeux rivés sur le match des “Dodgers”, de Los Angeles.

Sportsbook Cosmopolitan

Un match de football égaré entre deux affiches de MLB (Baseball) et une pub Coca-Cola (Cosmopolitan Sportsbook)

« En fait, la MLS (ligue de football des USA), c’est trop naze. Le niveau est trop faible. Faire venir des joueurs comme Messi (récemment transféré au FC Miami), ça aide. Ça monte doucement, mais la plupart des Américains n'en ont rien à faire. A la limite, ils regardent les équipes internationales pendant la Copa America. Les Etats-Unis jouent demain d’ailleurs ».

24 heures plus tard, retour dans ce même Sportsbook pour assister au match des “Yanks” contre l’Uruguay. Au coup d’envoi, la salle est quasi vide, encore plus que la veille. Et pour cause, le match est programmé un lundi, journée creuse de la ligue de baseball, qui ne retransmet que trois matchs, contre huit hier. Au coup d’envoi du match, personne ne chante, personne ne bronche. « Je ne sais même pas quel est ce match, je suis juste venu ici parce que ma fille joue un tournoi poker. Je me suis juste posé ici en attendant qu’elle finisse » me confie David, du Massachusetts.

Au milieu de cette assemblée somnolante, un homme se lève d’un bond pour s’agacer d’une faute non sifflée contre les Américains. Serait-ce le seul fan de football présent dans la salle ?

Sportsbook 2

« La plupart des Américains s'en foutent de la Copa America. Moi, je suis un grand fan de soccer. J’y ai joué pendant des années. Mais je suis un peu tout seul, concède Michael, habitant à Dallas. La Coupe du Monde 1996 avait donné un petit élan au “soccer”, mais on ne peut pas dire que ça ait continué. Il y a peu de jeunes athlètes qui se dédient à ce sport, qui est plutôt pratiqué par les femmes. Même si elle se joue aux USA, cette Copa America n’est pas un grand évènement pour les Américains ».

Comme les Européens égarés à Vegas, les fans de football locaux doivent lutter pour vivre leur passion du ballon rond dans des conditions correctes. Devant l’indifférence générale, il faut se démener pour rassembler d’autres passionnés devant l’écran d’une maison, d’un Pub ou d’un Sportsbook. A moins d’aller chercher le soccer directement à la source.

Enflammer les stades climatisées

Allegiant Stadium

Si la Coupe d’Europe se joue à 9 000 kilomètres de Las Vegas, la Copa America, elle, se joue aux Etats-Unis du 20 juin au 14 juillet, en parallèle de l’Euro, et en plein pendant les WSOP. Plusieurs matchs sont d’ailleurs programmés directement à Sin City. Un match de football à Vegas, sous 40 degrés ? Ne vous inquiétez pas, les Américains ont tout prévu.

« Le stade est totalement fermé et climatisé. Tu ne comprends vite qu’ils ont abandonné le projet écologie, parce que pour climatiser un stade de 69 000 places… Et il faisait vraiment 20 degrés ! On était bien au frais, raconte Adrien Guyon, qui a profité d’un spectaculaire Brésil - Paraguay à l’Allegiant Stadium, la fameuse arène des Raiders de Las Vegas (football américain). Le stade est absolument énorme, hyper bien fait, t’as de la place, des portes gobelets, un espace-bar de 60 mètres avec une terrasse ou des milliers de supporters peuvent regarder le match en prenant un verre. Evidemment, tout est calculé pour que tu restes trois-quatre heures, que tu consommes, tu dépenses tes sous au bar, dans les boutiques… C’est à l’Américaine » raconte Adrien Guyon, qui nous partage l’addition de la soirée. « 50 balles la course Uber aller, 175 balles la place standard, 19 balles pour deux Coca ».

Allegiant Stadium

Des prix “végassiens”, complètement dans la lignée des tarifs (exorbitants) des autres spectacles, concerts et autres évènements sportifs qu'on peut trouver en ville. Mais ici, c’est le prix à payer pour vivre un match dans une véritable ambiance de football.

« Les gens qui viennent au stade, tu sens qu’ils aiment bien ce sport. Un grosse passion même ! C’était un match du Brésil donc 90% du stade était jaune. C’était très festif. Les Brésiliens sont super excités, ils se lèvent à chaque dribble, à chaque corner. Il y avait aussi des Paraguayens, des supporters qui dansaient… Ils perdaient 4-0 mais ils étaient à fond quand même ».

La Copa America offre ainsi la possibilité aux visiteurs de vivre un vrai match de football en se mêlant à une ambiance locale. Les fans de “soccer” sont loin d’être majoritaires dans ce pays, mais ils existent. Il faut seulement aller au Sportstbook ou directement au stade pour les trouver.

Quant à la Coupe d’Europe, elle se déroule dans une indifférence aussi troublante que compréhensible. Les plus fervents supporters redoublent d’effort pour préserver ce moment sacré. Se lever aux aurores pour regarder un match à 9h du matin, tourner à la bière dès le réveil et enchainer en allant buy-in le tournoi du jour. C’est la vie qu’ont choisi les supporters grinders en période de WSOP.