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PokerStars EPT Monte-Carlo 2022 - Tournois annexes - Super H

Un Rocher retrouvé

EPT Monte Carlo
Pièce par pièce, tel un puzzle, le circuit du poker se reforme. Fin 2021, Las Vegas retrouvait les World Series of Poker, et l'édition 2022 apparaît déjà à l'horizon, retrouvant son spot estival historique - le coup d'envoi sera donné dans un mois tout pile. En mars, PokerStars redémarrait sa machine European Poker Tour en remettant à l'ordre du jour une étape clé de son calendrier, celle de Prague. Les joueurs les plus fortunés ont repris le chemin des tournois highroller, notamment ceux du circuit Triton, où Phil Ivey a fait un retour fracassant sur le devant de la scène à l'occasion de l'étape de Chypre. Il y a quelques semaines, Winamax remettait le couvert en live avec le Winamax Club Trophy, son évènement entièrement dédié au poker amateur. Cette semaine, c'est une pièce maitresse qui vient s'ajouter à un puzzle ayant plus ou moins repris sa forme d'avant le Covid : Monte Carlo.
EPT Monte Carlo
Destination glamour ultime, la principauté de Monaco est depuis 2005, année de naissance du circuit EPT, un point de convergence annuel pour les joueurs de poker du monde entier. Certes, cela fait longtemps que l'évènement a quitté le cadre cossu de l'historique casino de Monte Carlo, en plein centre-ville, pour s'installer dans le plus moderne complexe hôtelier du Bay, à l'extrémité est du Rocher. Certes, le dress code s'est relâché au fil des années, la cravate et la chemise ne sont plus obligatoires, les tenues sportives et décontractées sont désormais la norme. Certes, le programme du tournoi laisse la part belle à des épreuves au tarif abordables, garantissant des affluences allant bien au-delà du cercle fermé des high rollers. Mais les clichés demeurent, et n'ont pas perdu de leur véracité : pour tous les joueurs, Monaco reste associée à l'idée d'un standing infiniment supérieur à celui de Las Vegas la clinquante, et a largement contribué à donner au poker européen l'image d'un sport de noble gentlemen bien habillés et aux poches bien remplies.

Micro-État d'à peine deux kilomètres carrés, Monaco n'en est pas moins capable de donner le tournis à ses visiteurs réguliers. Ainsi, y revenir après deux ou trois années d'absence sera la garantie de se retrouver vite désorienté, voire carrément déboussolé : plus que jamais, la spéculation immobilière y fait rage et il suffira d'une brève marche dans les ruelles étroites et escarpées pour croiser deux douzaines de chantiers et autant de grues striant un horizon laissant de moins en moins de place à la Méditerranée. Si Monaco n'en finit pas de grandir, à mesure que sont érigés de nouvelles résidences toujours plus massives, elle réussit aussi l'exploit de continuer à s'étendre : faute de place, c'est désormais directement sur la mer que l'on construit, afin de continuer à accueillir toujours plus de richesses en provenance du monde entier. Sauf celles des citoyens français, bien sûr, privés d'imposition à taux zéro depuis 1962 et le Général de Gaulle.

Adrian Mateos
Au milieu de ce gigantesque chantier, les joueurs de poker ont enfilé leurs bottes et leur casque de protection. Car eux aussi vont s'attacher à construire des tours tout au long des dix jours du festival : de belles piles de jetons, sur des tournois aux buy-ins couvrant le spectre le plus large possible, depuis le Main Event FPS à 1 100 € (près de 2 000 inscrits : la table finale est prête, elle débutera demain avec au casting un certain Florian Decamps, ancien Top Shark de son état) jusqu'au Super High Roller à 100 000 €, entamé aujourd'hui avec une trentaine de joueurs, dont Joao Vieira et Adrian Mateos.

Les temps forts de l’EPT Monte Carlo
FPS Main Event 1 100 € : table finale lundi
EPT Super High Roller 100 000 € : coup d’envoi ce dimanche, table finale mardi, le Day 1 vient de se terminer, on vous en cause dans le prochain article.
FPT High Roller 2 200 € : plus de 800 joueurs au départ ce dimanche, dont une bonne partie du Team Winamax (Gaëlle Baumann, Leo Margets, Mustapha Kanit, Davidi Kitai, Romain Lewis, Guillaume Diaz…)
EPT Main Event 5 300 € : Day 1A lundi, Day 1B mardi, finale samedi

Neymar Jr
Il ne joue plus rien avec le Paris Saint-Germain cette saison : c’est donc tout naturellement que Neymar Jr est descendu sur la Côte d’Azur pour retrouver ses copains brésiliens, dont Andre Akkari, et jouer quelques tournois en totale décontraction. Comme le FPT High Roller à 2 200 €, où la star a adopté la stratégie « all-in in the dark »

Super High Roller : le Team avance deux pions au Day 2

Le Day 1 se termine avec 21 joueurs restants Joao Vieira et Adrian Mateos seront au Day 2 avec des stacks plutôt confortables

Joao Vieira & Adrian Mateos
Boudé, le tournoi le plus cher de l'EPT Monte Carlo ? Moins populaire que dans le passé, en tout cas. 34 inscriptions ont été enregistrées sur le Day 1 du Super High Roller à 100 000 €. Même si le guichet des inscriptions va rester ouvert jusqu'à lundi, midi et demie (heure du coup d'envoi du Day 2), il paraît improbable que les chiffres des éditions pré-Covid soient battus (voir récapitulatif ci-dessous).
Joao Vieira
Pour Joao Vieira, cette affluence moindre reste somme toute correcte. "Cela correspond à ce que j'avais imaginé. C'est un tournoi à 100 000 euros, on ne s'inscrit pas à ces trucs-là à la légère. Donc 34 inscriptions, ce n'est pas si mal. Et puis il y aura quelques retardataires qui vont arriver demain, peut-être cinq ou six..." Adrian Mateos, lui, met ça sur le compte d'un mauvais choix de programmation : "Commencer le tournoi un dimanche, c'est peut-être ce qui a impacté négativement l'affluence. Les tournois à 10K et 25K organisés les jours précédents ont attiré beaucoup de monde. Je suis sûr que plusieurs joueurs qui auraient voulu jouer ce 100K ont préféré allumer leur ordinateur pour jouer la session online du dimanche."

C’est un fait connu : l’affluence à un tournoi highroller dépend en grande partie de la qualité du field de départ. Nombre de joueurs attendent de voir à quoi ressemblent les tables avant de se décider à sortir ou non les liasses de leur sac à dos. La présence de quelques hommes d’affaires fortunés, par exemple, facilitera grandement leur décision. Aujourd’hui, la rumeur qui annonçait l’arrivée au Bay de mystérieux « businessmen japonais » ne s’est jamais matérialisée. C’est donc à un field extrêment sharky auquel nous avons eu affaire : Sam Grafton, Mikita Badziakouski, Sam Greenwood, Timothy Adams, Mike Watson, Steve O’Dwyer, Stephen Chidwick, Sergi Reixach… Très peu de palmarès à moins de sept chiffres au rendez-vous, donc… mais rien qui n’ait pu empêcher nos deux membres du Team Winamax d’avancer tranquillement jusqu’au Day 2.

Adrian Mateos
"J'ai un stack en dessous de la moyenne", confiait Adrian après avoir "bag" 306 000 unités (un peu plus que les 250 000 initiaux). "Mais je suis plutôt satisfait. J'ai perdu quelques gros pots tout à la fin, j'aurais pu facilement terminer avec 500 ou 600 000." Bilan un poil plus réjouissant pour Joao, qui reviendra demain avec 430 000... mais lui aussi estime être passé à côté d'un capital beaucoup plus important. "Si j'avais terminé avec 800 000, cela n'aurait pas été une surprise. Mais j'ai perdu deux pots à 200 000 tout à la fin. 430 000, ce n'est pas si mal." Si l'on en croit Joao, le portugais a bénéficié d'une forme de variance trop souvent oubliée en tournoi. "J'ai été chanceux au niveau du tirage de table. Je suis resté assis à la même place toute la journée, et c'était à une belle table. Dans ce genre de tournoi, cela fait toute la différence." Moins habitué aux buy-ins à six chiffres que son coéquipier espagnol, Joao avait pourtant coché de longue date le Super High Roller sur son agenda. "Il était définitivement dans mes projets. Ces tournois-là, c'est la raison pour laquelle on bosse dur tous les jours."

Vainqueur en février d'une grosse épreuve online, le Super MILLIONS, l'Autrichien Marius Gierse est le chip-leader officiel au terme du Day 1 du Super High Roller, et le seul joueur ayant réussi à se construire un stack à sept chiffres. Le Day 2 débutera lundi à 12 h 30 aux blindes 3 000 / 6 000, BB ante 6 000. Avis aux retardataires : cela représente encore 40 blindes avec le stack de départ !

Super High Roller de l'EPT Monte Carlo : un historique

2012 : 45 entrants, prize-pool 4,43 M €. Vainqueur : Justin Bonomo (USA) 1 640 000 € 2013 : 49 entrants, prize-pool 4,85 M €. Vainqueur : Max Altergoot (Allemagne) 1 746 400 € 2014 : 62 entrants, prize-pool 6,02 M €. Vainqueur : Dan Colman (USA) 1 539 300 € 2015 : 71 entrants, prize-pool 6,88 M €. Vainqueur : Erik Seidel (USA) 2 015 000 € 2016 : 61 entrants, prize-pool 5,91 M €. Vainqueur : Ole Schemion (Allemagne) 1 597 800 € 2017 : 61 entrants, prize-pool 5,94 M €. Vainqueur : Bryn Kenney (USA) 1 784 500 € 2018 : 46 entrants, prize-pool 4,46 M €. Vainqueur : Sam Greenwood (Canada) 1 520 000 € 2019 : 52 entrants, prize-pool 5,05 M €. Vainqueur : Sergio Aido (Espagne) 1 589 190 €

Mateos ? Tout en haut !

Super High Roller 100 000 € (Day 2)

Adrian Mateos
Les choses se précisent à toute vitesse dans le tournoi le plus cher de l'EPT Monte Carlo : il ne reste plus que 13 joueurs (sur un score final de 42 inscrits, re-entries inclus) et le chip-leader, alors que seules deux tables sont encore actives, se nomme... Adrian Mateos. Comme un air de déjà vu.

Arrivé au Day 2 avec un stack en dessous de la moyenne (mais tout de même correct), la maquina n’a depuis cessé d’enchaîner les éliminations. Rembobinons en vitesse : Byron Kaverman d’abord, dans une bataille de blindes où les Rois n’ont eu aucun mal à cueillir une pocket paire de 8. Jean-Noël Thorel ensuite, qui tente un check/raise all-in de l’extrême avec Roi-Dame sur As-10-X : un move funeste lorsqu’un dangeureux Espagnol vous attend en face avec As-Dame. (Au passage, on félicite l’amateur le plus highroller de France : il y a deux jours, Jean-Noël Thorel a remporté son troisième trophée live sur le Mystery Bounty à 10 000 €). Enfin, Sergi Reixach : Adrian s’est débarrassé de son compatriote et ami avec un AK trouvé au cut-off, qui a fait parfaitement l’affaire face au A5 que Sergi avait soulevé de petite blinde. Cette jolie collection de scalps permet à Adrian de s’installer tout en haut du classement, avec un stack de 1,3 million, soit plus de cent blindes.

Joao Vieira & Sam Grafton
Du côté de Joao Vieira, nous n'avons pas encore de bonnes nouvelles à vous rapporter, si ce n'est que le portugais est passé entre les gouttes au cours des quatre premiers niveaux de la journée. C'est déjà beaucoup. Aux côtés du jovial Britannique Sam Grafton, Joao se débat avec un stack d'environ 500 000 : un peu plus que ce qu'il avait en fin de Day 1, mais à ce stade cela ne représente plus qu'une quarantaine de blindes.

Pour les deux membres du Team Winamax, l'objectif de ce Day 2 est simple : s'inviter en table finale, et franchir l'étape de la bulle. Six joueurs seulement seront payés, selon l'échelle financière ci-dessous :

Vainqueur : 1 385 430 €
Runner-up : 957 590 €
3e : 611 230 €
4e : 468 610 €
5e : 366 740 €
6e : 285 240 €

Remettre une pièce dans la máquina

Adrian Mateos entamera mardi la finale du tournoi le plus cher du festival dans sa position préférée : au sommet Son coéquipier Joao Vieira est sorti aux portes des places payées Super High Roller 100 000 € (Fin du Day 2)

Adrian Mateos
Tel un magicien qui répéterait inlassablement le même tour, parvenant à l'améliorer encore et encore, sans jamais être démasqué par un public toujours ébahi, Adrian Mateos continue de bluffer son monde sur le circuit. À la fois ses adversaires sur les highrollers, forcés d'admettre que la maquina n'a rien perdu de son talent durant l'intermède Covid, et le public, qui n'en finit pas de se poser la question : mais comment fait-il ? Comment fait-il pour continuer d'agrandir un palmarès dont la longueur tend de plus en plus, pour citer Buzz l'Eclair, vers l'infini (et l'au-delà) ?

Plusieurs épisodes mémorables de Dans la Tête d’un Pro nous ont offert quelques éléments de réponse, et d’autres suivront dans quelques semaines, dans le cadre de la saison tournée sur les WSOP 2021. En attendant, les curieux se brancheront sur la chaîne Twitch de PokerStars mardi à partir de 13 heures : nos amis Benny et Yu commenteront en direct la finale du Super High Roller en mode « cards up ». Cette finale, Adrian l’entamera en position de grand favori, avec 150 blindes et une (très) large avance numérique sur ses cinq derniers adversaires.

Ne demandez pas à l'Espagnol combien de finales il cumule sur des tournois à 25 000 $ l'entrée ou plus : cela fait longtemps qu'il a arrêté de compter. Nous, on a essayé : on en a dénombré plus de cinquante depuis avril 2014, date de sa première performance enregistrée sur un Highroller. Inutile de dire, donc, que seule la victoire comptera pour Adrian Mateos, la victoire et le premier prix d'1,4 million d'euros. Potentiellement le deuxième plus gros de sa carrière - les 3,26 millions gagnés en novembre sur le Super High Roller des WSOP sont hors de portée. Mais n'allons pas trop vite en besogne, et écoutons plutôt notre champion.

Adrian Mateos et Sam Grafton
Parmi les nombreuses victimes d’Adrian aujourd’hui : le Britannique Sam Grafton

« La journée a été géniale. Quand on reprend une partie avec un petit stack, mais qu’on arrive finalement à prendre le lead et jouer pour 1,4 million, on ne peut définir la journée autrement que par ‹ parfaite ›. » Rembobinons : ce midi, Adrian reprenait la partie avec un stack certes correct (une cinquantaine de blindes) mais très inférieur à celui de la plupart de ses adversaires, encore au nombre de 27 à ce moment-là. Ils ne le savaient pas encore, mais beaucoup d’entre eux allaient passer sous un rouleau compresseur nommé Mateos. « Tout s’est passé comme je l’espérais. J’ai gagné les gros coups à tapis. J’ai trouvé de bons spots. J’ai éliminé des gros joueurs. Et mon stack n’a jamais cessé de croître. Évidemment, j’en suis très heureux. »

Théâtre de son inoubliable victoire sur le Main Event de l’EPT en 2015, Monaco occupe une place forcément particulière dans le cœur d’Adrian. « Cet endroit m’a toujours bien traité. Me retrouver une nouvelle fois en position pour gagner une somme à sept chiffres ici, sept ans après l’EPT, ça me rend très impatient de revenir jouer demain. » Cette finale va mélanger des joueurs récréatifs et des gros pros. "Je suis confiant en mes chances, évidemment, mais si je devais me faire du souci à propos d’un joueur, ça serait Marius Gierse. Il a le deuxième tapis et il joue très, très bien. La bonne chose, c’est que j’aurai la position sur lui, ça va aider. En tout cas, j’ai hâte. C’est une nouvelle grosse journée dans ma carrière. A por ellos !"

La table finale du Super High Roller

Adrian Mateos
Siège 1 : Adrian Mateos (Espagne, Team Winamax) 4 485 000 (150 BB)
Siège 2 : Kent Staahle (Norvège) 1 235 000 (41 BB)
Siège 3 : Laszlo Bujtas (Hongrie) 1 105 000 (37 BB)
Siège 4 : Mikalai Vaskaboinikau (Biélorussie) 1 010 000 (34 BB)
Siège 5 : Mikita Badziakouski (Biélorussie) 660 000 (22 BB)
Siège 6 : Marius Gierse (Austriche) 2 005 000 (67 BB)

Si les joueurs que l’on a le plus l’habitude de croiser sur les plus gros highrollers se sont tous éclipsés avant les places payées (les Christoph Vogelsang, les Sam Greenwood, les Timothy Adams et autres Steve O’Dwyer), ne vous y trompez pas : excepté Kent Staahle, à propos duquel le mystère demeure (pas de palmarès notable trouvé en fouillant sur Google - on a affaire à un profil de businessman), les adversaires d’Adrian seront tous des clients coriaces. Laszlo Bujtas cumule près de quatre millions de dollars de gains en live, Mikalai Vaskaboinikau en totalise deux, et Mikita Badziakouski possède de facto un palmarès encore plus imposant que celui de l’Espagnol, avec 32 millions (!) accumulés depuis 2010, et huit perfs lui ayant rapporté des gains à sept chiffres. Mais il n’en reste pas moins qu’avec ses 150 BB, le joueur du Team Winamax fait figure d’incontestable favori : son poursuivant le plus proche, l’autrichien Marius Gierse (gagnant d’un gros tournoi sur PartyPoker en début d’année pour 1,2 million de dollars, il était le chip-leader officiel à la fin du Day 1) en possède 67 « seulement ».

Les prix

Vainqueur : 1 385 430 €
Runner-up : 957 590 €
3e : 611 230 €
4e : 468 610 €
5e : 366 740 €
6e : 285 240 €

Joao Vieira : essai presque transformé

Joao Vieira
Il faisait figure de petit nouveau dans l’univers des tournois à six chiffres l’entrée, mais définitivement pas de nouveau venu dans la sphère highroller, tant il était prêt depuis longtemps à passer au niveau de buy-ins supérieur. Pour l’un de ses premiers (son premier ?) Super High Rollers, Joao Vieira a dû se contenter d’une frustrante huitième place, synonyme de quasi-bulle. À la traîne au classement plus ou moins toute la journée, le champion WSOP Portugais s’est démène pour obtenir sa place en finale. Il y parviendra avec une dizaine de blindes, et jouera son va-tout avec K5. La main fétiche des fans du freeroll par équipes de Winamax ne lui portera pas bonheur : Joao était attendu par Orpen Kisacikoglu et son As-Roi.

High Roller
Cette table de ping-pong qui traînait dans un coin de la salle réservée aux tournois highroller nous avait initialement semblé fort incongrue. Qu'est-ce qu'elle foutait là ? En fin de compte, l'équipement a rencontré un fort succès auprès des joueurs du Super High Roller, qui l'ont monopolisé durant les pauses, comme ici les coéquipiers Joao Vieira et Adrian Mateos. On en connaît même qui sont partis se changer après la fin du Day 2, et sont encore en train d'échanger les balles à l'heure où l'on publie ces lignes...

Rendez-vous mardi à 13 h pour le streaming de la finale

Limpide !

Adrian Mateos remporte le Super High Roller de l'EPT Monte Carlo (1 385 430 €) Une victoire nette et sans bavures qui lui permet de franchir les 27 millions de dollars de gains de carrière à seulement 27 ans, et cimente un peu plus sa place au Panthéon du poker mondial

Adrian Mateos victoire Monte Carlo Super High Roller
Il était favori. Il n'a pas failli. Auteur d'une prestation immaculée, conforme en tous points à son talent, Adrian Mateos n'a eu besoin que de quatre petites heures pour terminer le travail sur le tournoi le plus cher de l'European Poker Tour Monte Carlo, venant à bout de la table finale du Super High Roller à 100 000 € qu'il avait entamée en position largement dominante. Malgré le grand talent cumulé de ses cinq derniers adversaires, son avance ne fut jamais remise en question, et c'est sous un soleil encore brûlant que la maquina a pu savourer sa victoire en compagnie de ses amis et coéquipiers du Team Winamax : il n'était même pas 17 heures lorsque le trophée lui fut remis au bord de la Méditerranée, avec pour décor la skyline de la Principauté, éternellement constellée de grues et de chantiers de construction. Bâtisseur, Adrian Mateos l'est aussi : mois après mois, voyage après voyage, l'infatigable Espagnol continue de construire l'un des plus beaux palmarès de l'histoire du poker.

Ce vingtième titre en live vient accompagné d’un chèque de presque 1,4 million d’euros, même pas six mois après un quatrième titre de Champion du Monde remporté à Las Vegas à seulement 27 ans (entre temps, Adrian était revenu de l’EPT Prague sans trophée, mais avec deux finales Highroller de plus à son palmarès). Malgré la répétition des succès, malgré l’enchaînement des victoires, impossible de rester blasé devant une telle régularité au plus haut niveau. Entretenue à grands renforts de travail face aux meilleurs joueurs du monde, cette domination appelle à des comparaisons avec d’autres légendes brillant dans d’autres sphères, les Roger Federer, les Tiger Woods, les Lionel Messi de ce monde. Et de fait, Adrian ne nous fait pas le coup de la fausse modestie lorsqu’on lui a demandé de nous confirmer qu’il était bel et bien au-dessus du lot. « Oui, je suis bon à ce jeu. Je suis gagnant depuis neuf ans, j’y consacre ma vie. Si je ne pensais pas être au-dessus, je ne m’inscrirais pas à des tournois à 100 000 euros l’entrée. C’est là qu’on rencontre les meilleurs, et cela fait partie de mes objectifs : être parmi les meilleurs. Je pense l’être. Et je veux le rester pour de nombreuses années à venir ! »

Adrian Mateos
Lorsqu'on se qualifie pour une finale de prestige avec une large avance numérique (150 blindes), on se livre forcément à des calculs de probabilités. Hier soir, Adrian estimait ses chances de gagner à 50 % ou 55 %. Grosso modo une chance sur deux. Pourquoi ? "J'avais déjà 40 % des jetons, et les sauts dans l'échelle des prix jouaient en ma faveur, ils me permettaient d'être plus agressif." Pour que la prédiction se matérialise, Adrian a déroulé le poker limpide et millimétré qu'on lui connaît, prenant des décisions qui semblent si faciles lorsque ses cartes apparaissent sur l'écran, mais qui cachent des années de travail et de profiling de ses adversaires. "La finale s'est déroulée sans encombres. J'ai commencé à gagner des jetons dès la première minute. À un moment, j'ai un peu reculé, j'ai perdu un million de jetons, mais derrière j'ai fait quelques bons calls, mes c-bets sont passés, et voilà. Je suis satisfait de mon jeu, et de la façon dont j'ai joué le tournoi en général."

Traditionnellement l’un des tournois les plus chers de la saison en Europe, le Super High Roller à 100 000 € a totalisé 42 inscrits, parmi lesquels quelques-uns des meilleurs joueurs du monde. Dans le monde du poker pro, il est parfois difficile de voir à l’œil nu la différence entre un bon joueur et un grand joueur. Mais pour Adrian, un delta existe bel et bien. « Entre être dans le Top 10 mondial et gagner sur des tournois à 5 000 euros, il y a une grande différence. Ce n’est pas si évident, mais avec le temps on la voit, et à la fin les résultats parlent d’eux-mêmes. »

Super High Roller 100K Monte Carlo
En novembre 2019, en remportant coup sur coup deux gros tournois aux Bahamas, Adrian Mateos sortait de l'une des rares périodes de disette de sa fulgurante carrière : 15 mois entiers sans un trophée. Une éternité pour un compétiteur comme lui ! Une période qui semble aujourd'hui loin derrière à l'horizon. "Toutes les expériences construisent une personne. Cette période m'a permis de devenir celui que je suis aujourd'hui. Pendant les confinements, j'ai beaucoup joué en ligne, plus que je n'avais jamais joué. J'avais le temps d'étudier, et je l'ai fait. J'ai amélioré la qualité de mon jeu. Puis quand les voyages ont repris, je les ai mieux sélectionnés. C'est important aussi." Aujourd'hui à Monaco, nous avons donc affaire à un Adrian Matos bien différent de celui qui avait soulevé l'un de ses premiers gros titres dans la Salle des Etoiles. C'était en 2015, après sa victoire sur le Main Event EPT. "Beaucoup de choses ont changé. On évolue beaucoup, en sept ans. Je me considère comme plus mature, je suis une meilleure personne, un meilleur joueur."

Une finale en accéléré

Kent Staahle
Pas si mal en point à l'entame de la finale avec ses 41 BB, Kent Staahle n'aura pourtant tenu qu'une petite heure sur le podium télévisé. Estimant ce flop 762 correct pour sa paire de 9, le businessman norvégien pousse plus de 30 blindes au milieu malgré le check/raise de Marius Gierse. Muni des As, ce dernier ne se fera pas prier pour payer le all-in...
Laszlo Bujtas
Même pas dix minutes après la sortie de Staahle, voilà Laszlo Bujtas qui open shove pour 7 blindes depuis la SB. Il faut dire que le Hongrois avait reçu, en guise de comité d'accueil en finale, une paire de Rois qui se fera promptement craquer par un Kent Staahle floppant la quinte avec 4 et 5 dépareillés (un coup de bol qui ne lui aura d'ailleurs pas servi à grand-chose). Sur sa dernière main, Bujtas ne sera pas plus verni, son As-5 ne restant pas devant face au Valet-10 de Mikalai Vaskaboinikau.
Live Stream
C'est au cours de la (longue) phase de jeu à quatre que l'on a assisté au fold le plus impressionnant de la finale, celui qui restera dans les mémoires des spectateurs du stream "cards up". Une décision hallucinante de maîtrise et de retenue de la part de Mikita Badziakouski, qui a trouvé le moyen de ne perdre que deux blindes et demie avec As-Roi après avoir relancé au bouton et s'être fait 3-bet puis 4-bet par ses deux voisins de gauche. Il aura tout de même fallu pas moins de dix "time banks" (des jokers autorisant les joueurs à réfléchir trente secondes supplémentaires) à l'un des meilleurs joueurs du monde pour arriver à la conclusion qu'il devait jeter préflop sa premium. Moralité : on n'atteint pas 32 millions de gains en live seulement en gagnant des pots. Il faut aussi éviter d'en perdre...
Mikalai Vaskaboinikau
Si c'est en spectateur qu'Adrian Mateos a vu passer les premières éliminations, il n'en est pas resté pour autant les bras croisés, parvenant à augmenter progressivement son tapis et faisant en sorte de ne jamais se faire rattraper par ses poursuivants. Son premier scalp sera celui de Mikalai Vaskaboinikau qui, réduit à moins de dix blindes, jouera son va-tout avec Roi-7 depuis la grosse blinde, après un push d'Adrian en SB. Avec Valet-10, notre Espagnol trouvera le bon côté de la variance en floppant un Valet.
Mikita Badziakouski
A trois joueurs restants, le combattif Mikita Badziakouski n'était plus qu'à un double-up de rafler le fauteuil de leader à Adrian Mateos. Mais de double-up, il n'y aura pas, le Biélorusse ratant un 3-barrel bluff face au pro du Team Winamax qui en profitera pour creuser un peu plus l'écart les séparant. Quelques mains plus tard, ses six dernières blindes seront engagées avec A2 : de grosse blinde, Adrian n'aura qu'à se baisser pour les ramasser avec son As-10.
Marius Gierse
De duel final, il n'y en a pas vraiment eu entre Adrian Mateos et celui qu'il considérait comme son adversaire le plus dangereux en finale, Marius Gierse, récent vainqueur d'un gros tournoi sur Party Poker pour 1,2 million de dollars. Même si l'Autrichien parviendra à doubler d'entrée de jeu, il ne parviendra jamais à combler vraiment un écart de jetons beaucoup trop grand - 26 contre 1 ! Jouée pour neuf blindes, la dernière main - Valet-4 chez le challenger, Roi-3 chez le chip-leader - fera figure de formalité.

Résultats - Super High Roller 100 000 € - EPT Monte Carlo 42 inscriptions - Dotation 4 074 840 €

Adrian Mateos victoire Monte Carlo Super High Roller

Vainqueur : Adrian Mateos (Espagne, Team Winamax) 1 385 430 €

Runner-up : Marius Gierse (Autriche) 957 590 € 3e : Mikita Badziakouski (Biélorussie) 611 230 € 4e : Mikalai Vaskaboinikau (Biélorussie) 468 610 € 5e : Laszlo Bujtas (Hongrie) 366 740 € 6e : Kent Staahle (Norvège) 285 240 €

Adrian Mateos en statistiques

Adrian Mateos victoire Monte Carlo Super High Roller
27 millions de dollars cumulés en live à seulement 27 ans, au cours d'une carrière entamée il y a moins de 10 ans 20 trophées en live, dont 4 bracelets WSOP Plus de 50 finales disputées sur des tournois à 25 000 $ l'entrée ou plus Une place gagnée sur la All Time Money List d'Hendon Mob : Adrian trône désormais en 20e place, juste derrière un certain Phil Hellmuth Jr...