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[ITW Deepstack] Julien Sitbon
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m.arnou
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MessagePosté le: 11/01/2022 14:58   Sujet du message: [ITW Deepstack] Julien Sitbon Répondre en citant Signaler un Abus

[ITW Deepstack] Julien Sitbon : 'Le joueur à qui je ressemble ? Davidi Kitai'

Pur produit du poker live, le Parisien aux multiples carrières nous embarque dans un entretien touche-à-tout.


Dans le paysage du poker français, Julien Sitbon détonne. Alors que ses pairs jonglent sans relâche entre les gros circuits live et les séries MTT en ligne, le joueur de 38 ans se consacre presque exclusivement au poker "en dur" depuis maintenant quinze ans, avec un succès grandissant. Poursuivant en filigrane son métier de comédien, ce fils spirituel de Davidi Kitai voudrait maintenant franchir un cap dans sa carrière de joueur... pourquoi pas en affrontant un peu plus souvent les grinders online ? Dans cette nouvelle interview Deepstack garantie sans "actors studio", Julien nous cause mental, skills en live, objectifs, vie à Londres, sponsoring, showbiz ou encore mannequinat. Moteur !

Julien, cela fait maintenant un bon bout de temps que tu écumes le circuit live. Reprenons depuis le début : comment ton histoire avec le poker a-t-elle commencé ?

J’ai démarré en 2010, sur des Sit&Gos à 10 balles entre potes. J’ai tout de suite adoré ça. En plus, je gagnais souvent... Puis j’ai commencé à aller jouer dans les cercles parisiens. Mon premier tournoi, c'était à Wagram. L’un des gérants de l’époque m’avait invité sur un satellite à 100 €, qualificatif pour le tournoi mensuel à 1 000 €. J'ai pris le ticket, puis sur le 1k j'ai fini par dealer à cinq… Sur mon premier gros tournoi, j'ai donc gagné 10 000 € ! Évidemment, je me suis dit que c’était génial le poker… Après, je suis parti sur les 50 € de l’ACF ou le 200 € du dimanche soir au Cercle Cadet. Petit à petit, j’ai commencé à gagner des tickets pour des plus gros tournois et à jouer plus cher, jusqu’à finir cinquième du FPS Paris en 2012. J’avais vraiment kiffé ! À l'époque, ça restait un hobby, mais j’adorais ça, c’était passionnel. Puis en 2016, je pars six mois en Asie, et en rentrant je fais une belle perf sur le WSOP Circuit du cercle Clichy. Je me dit : “Si je perf' à chaque chaque fois que je joue, il y a peut-être quelque chose à faire là-dedans..." Et fin 2017, je choisis de partir à Londres. Depuis, je me considère comme un joueur professionnel. J’ai décidé d’accepter cela, je concentre mon énergie sur le poker. Cela représente maintenant 90% de mon activité, et je suis spécialisé à 98% dans les tournois live. Je prends beaucoup de plaisir dans cette liberté-là, notamment avec les voyages sur le circuit.

Quand tu dis avoir “accepté” d’être joueur pro, cela signifie quoi pour toi ?

Avant d’être pro, je me laissais un peu aller. Je me disais : “Ce n’est pas grave si je perds, tant pis, on va gamble ce spot”. Mais depuis que j’ai pris ma décision, je sais que le poker est mon métier, et j’ai envie de gagner. Je suis là pour faire les choses proprement. J’ai cherché des solutions pour m'améliorer sur l'hygiène de vie, sur le sommeil - qui est très important, même si ce n’est pas toujours facile avec les déplacements -, sur le fait de savoir ce que je veux, pourquoi je suis là. C’est primordial pour bien aborder les tournois. Je pense qu'à l'heure actuelle, l’aspect mental fait 50% d’un tournoi, car techniquement tout le monde a beaucoup progressé, il n’y a plus beaucoup de différences entre les joueurs à ce niveau. Et le mental fait que tu peux éviter de spew ou de prendre des mauvaises décisions.


As-tu succombé à la mode du coaching mental ?

J’ai fait des séances il y a quelques années, oui. Ça m'a vraiment beaucoup aidé à comprendre mes bloquages, notamment sur l'acceptation de ma situation de joueur pro, donc, mais aussi sur des manières de réagir. Pas forcément sur le tilt, mais sur l’approche du tournoi en lui-même, et sa durée. On sait que le poker n’est pas un jeu linéaire, on sait qu’on va swinguer, et il faut accepter ça, ainsi que la variance évidemment. Cela parait basique, mais quand tu es "sur le terrain", tu ne ressens pas forcément tout cela, tu n’as pas forcément le recul. Une fois que tu comprends que c’est un schéma qui va réapparaître tout le temps, tu peux lutter contre ça. 

Quelles autres barrières mentales as-tu franchi ?

Je sais que le poker est un jeu d’argent, et que ça peut être malsain. Alors je me disais : “Je continuerai à jouer jusqu’au jour où je perdrai de l’argent.” Du coup, si je gagnais 8 000 € sur un tournoi, ce n’était pas grave quand je me ratais sur d’autres, car quoi qu’il arrive, je ne repartais pas perdant ! Je n'étais pas assez rigoureux, et ça s'est sûrement ressenti sur mes bénéfices. Je gagnais, mais seulement un peu, alors que je pouvais vraiment gagner plus ! Du coup, à chaque fin de festival, si j’avais un peu perdu, je finissais par gagner quelque chose, car dans ma tête il fallait que je termine dans le vert. Je te parle de ça, on était en 2015, je travaillais à côté, donc j'avais des revenus, et je me disais que le poker n’était pas mon métier. Ça me limitait pour perfer plus. Et puis au niveau de l'imposition des gains, c'était compliqué en France. C'était un équilibre périlleux : il fallait gagner... mais pas trop. Il fallait déclarer ceci ou cela, il y avait un vrai flou à ce niveau. En partant à Londres, je me suis libéré de tout ça.

Et le poker live, ça se passe comment sur les bords de la Tamise ?

À Londres, il n’y a que deux casinos qui proposent une belle offre de tournois. Au Victoria, on retrouve notamment la finale du festival GUKPT, qui comporte huit étapes annuelles partout en Angleterre, à Manchester, Blackpool, Coventry... En décembre, c’est donc la finale à 2 000 £ avec 250 000 à la gagne. Ce sont vraiment de très beaux MTT avec de belles structures et des niveaux d’une heure. Il y a également un 500 £ hebdo : la structure n’est pas folle, mais c’est toujours agréable. Il y a aussi de la demande pour des 100 balles et des 200 balles, du cash game 24/24... Il y a de quoi jouer ! Puis il y a l’Empire, où à l'époque ça jouait en Omaha 4, 5 ou 6. Mais je trouve que l’offre en France est plus importante, régulière et diversifiée. Londres, c'est un peu moins bien que Paris à ce niveau. En Angleterre, les beaux tournois c’est tous les 15 jours, alors qu’en France on a l’impression qu’il y a un 500 tous les week-ends ! Apo a ouvert la porte à tout le monde, son circuit est génialissime. Mais c'est en partie lié à la pandémie car avant, PokerStars organisait des beaux tournois tous les mois à l’Hippodrome Casino. Aujourd'hui c'est reparti, mais à des buy-ins plus faibles, genre 250 €.


Les nouveaux clubs de jeux en France sont censés être basés sur le modèle des clubs anglais. À quoi ça ressemble à Londres ?

Il y a un “Grosvenor Casino” à côté de chez moi. T’as deux tables, et c’est de la 1/2 £. C’est assez marrant, c’est un autre univers, pas le même type de joueurs. Ce n’est pas le même ressenti que les cercles français, les gens viennent vraiment pour s’amuser. Il y a un facteur plaisir et gamble qui est très important, car les Anglais sont très joueurs : entre le poker et les paris sportifs, c’est la folie ! En France, j’ai l’impression qu’il y a surtout des grinders dont c’est le métier, et qui viennent “faire leurs heures”. Mais il y a certainement plus de tables à 1/2 € dans l'hexagone.


Et toi, as-tu cédé aux coutumes locales niveau gambling ?

Je mets parfois un petit billet pour vibrer quand je regarde un match du PSG avec mes potes, mais ce n’est pas un plaisir. Je suis rentré une fois dans un betting shop pour voir comment c’était : ce n’est pas un univers qui m'intéresse… Je peux passer mes journées à jouer à des jeux de société ou au poker, je peux jouer à la belote ou au tarot toute la nuit sans problème, mais je ne touche pas au blackjack ou à la roulette, surtout si je suis sur un festival live. Je vois tellement de joueurs de poker à qui ça n’a pas réussi : certains arrivent à Vegas, commencent par perdre 30K à la roulette, et du coup ils ne peuvent plus jouer de tournois, alors ils rentrent chez eux... Après il y en a certainement qui gagnent parfois, et chacun ses plaisirs, mais j’estime que pour être régulier au poker il faut avoir une réflexion assez stricte là-dessus. Même s'il y a de la variance, le poker n’est pas un jeu de hasard.

Plus généralement, comment se passe la vie en Angleterre ?

Je vis à Nothing Hill, où sont installés quelques joueurs français, comme Sylvain Loosli, Benjamin Souriau ou Antoine Labat. Il y en a un peu partout dans l’ombre. On se voit de temps en temps, même si je suis souvent en déplacement. Mais je trouve que Londres est une ville très peace, beaucoup plus que Paris. Pourtant, j’ai toujours vécu à Paris, j'y suis né et je n'envisageais pas de vivre ailleurs. Mais au final je suis agréablement surpris, j’ai fait beaucoup de grandes villes, et je trouve que Londres est calme. Et il ne fait pas aussi moche qu’on le pense ! J’ai ma petite vie cool, je fais mon foot une fois par semaine, je suis avec ma copine, et on s’y plaît.

Avant cela, tu as donc longtemps roulé ta bosse dans les cercles parisiens. Quels sont tes meilleurs souvenirs de cette époque ?

J’ai deux souvenirs marquants. Le premier, c'est sur un 5 000 € à l'ACF. Je suis sur la dernière table, entouré de gros bonnets. Je sors Benjamin Pollak, avant j'avais gagné un coup contre Davidi Kitai... Je me retrouve shortstack en compagnie d'un Allemand. On n'est pas encore ITM, et il me propose un deal : si l’un de nous deux saute, l’autre lui rembourse le buy-in. Je m'étais qualifié sur un sat à 200 €, j’ai dit OK. J’ai Dame-Valet sur la main suivante, je me dis c’est bon j’y vais, de toute façon je suis sauvé. Je saute contre As-9, je fais la bulle... Et l’Allemand finit deuxième du tournoi ! Il y a aussi ce 2 000 € pour lequel je m’étais qualifié l’après-midi. Je le joue le soir, et je passe au jour 2, qui débutait le lendemain à 14h. Problème, j’avais un gros casting à la même heure… J'avais même demandé à Nicolas Fraioli [le directeur des tournois de l'ACF à la grande époque, NDLR], s’il ne pouvait pas décaler l’heure de début, sans succès. Du coup j’ai couru, et je suis arrivé à 14h45 alors que le tournoi avait déjà commencé. J’avais perdu un peu de jetons. Mais finalement, j’ai gagné le tournoi... et derrière j’ai été pris au casting ! C’est un souvenir assez sympa. Quand j'y pense, il y a aussi les 200 € de Cadet où tu finissais par dealer à trois joueurs à quatre heures du mat’, avec des coups improbables. Je me rappelle aussi de ce 700 €, à Cadet encore. Je me suis qualifié, on arrive à 35 restants. Il y a 27 payés, j’ai pas mal de jetons. Sauf qu’on est dimanche soir à 18h30, et j’ai deux places pour aller voir PSG-Lyon au Parc des Princes. Je me retrouve dans un spot où je me dis : “Je bluffe. Si ça passe tant mieux, si ça ne passe pas je vais au match." Je tente de bluffer... un joueur avec un full. Et je repars comme ça, dégoûté, alors qu’il y avait 50 000 € à la gagne. Je me suis dit : “Mais qu’est ce que tu peux être con !” J'ai fini par aller voir mon match mais j’étais énervé d’avoir sauté. Le genre de truc qui ne pourrait pas m’arriver aujourd’hui !


Quand on évoque tes perfs au poker, on parle presque uniquement de live. Tu n’as jamais essayé de jouer sérieusement sur Internet ?

La seule fois où je m'y suis vraiment mis, c’était par la force des choses : pendant le confinement. Avec les solvers et autres outils, le poker évolue, et je voulais voir ce que faisaient les joueurs. Et clairement, j’ai pas mal avancé en jouant sur le Net, mon axe de progression se trouvait là. Cela m’a permis de voir les tendances actuelles, car tous ces joueurs-là jouent ou finiront par jouer en live, et tu as besoin d’avoir vécu certains spots contre eux. Là où auparavant je me disais qu'on n'avait pas forcément besoin de jouer online, j’admets que vu la façon ou le poker évolue aujourd'hui, il faut un minimum avoir travaillé ton jeu quand tu veux aller jouer des 5k en live. C’est plutôt comme ça que j’ai bossé, en tout cas l’année dernière. J'ai joué un peu sur Winamax, sous le pseudo David-Ginola [2e d’un Highroller Pokus pour 26k, victoire dans le Highroller, finaliste Purple et Wina Series notamment, NDLR]. J’ai changé de pseudo depuis.

Quels skills particuliers as-tu développé en tant que joueur live ?

Déjà, le fait d’être comédien m’aide à analyser le comportement des gens, un peu comme de la PNL [Programmation Neuro-Luinguistique]. Moi-même, j’arrive à modifier mon comportement de par ma formation de base. Je ne vais pas dire que je vais bluffer plus facilement, mais je vais pouvoir avoir l’air plus détendu par exemple. L’important à ce jeu, qui est un peu trop mis de côté, c’est l’image perçue, et d'avoir confiance en cette image perçue. Quand je suis assis à une table, je suis quasi certain de ce que les gens pensent de moi, de l’image que je renvoie. Cela me permet de décider quand je peux bluffer ou non. En fait, c’est juste de l’expérience : à force de jouer, tu identifies des profils similaires. Je pense être assez facilement capable de savoir si un joueur peut faire certaines choses ou non. Après, je peux me tromper aussi. On découvre des choses en voyant des showdowns : tu te dis “ouah, il m'a fait un hero call improbable. Il m’a sorti de ma zone de confort, merci." Je peux ensuite rajouter l'info à ma base de données. Et j’ai aussi une très bonne mémoire. Chaque info est primordiale, chaque petit détail. Je connais également plusieurs tells... Non, je ne peux pas t'en donner un (rires). Mais cela s'inscrit dans un comportement global, ce ne sont pas des vérités générales, il faut réussir à coller cette partie "tells" à ce qui se passe techniquement : s'il y a un tell énorme mais que l’action sur les trois streets ne veut rien dire, est-ce que le tell est plus important que le reste ? Est-ce que le cœur bat très vite chez un joueur parce qu’il bluffe ou parce qu’il a une belle main ? Il y a aussi l’humeur du joueur : après avoir perdu un énorme coup, certains vont bluffer et d’autres resserrer leur jeu… Si tu joues sur un tell sans être sûr du profil en face, tu vas droit dans le mur.


Tu t’identifies à un joueur comme Davidi Kitai ?

S’il y a un joueur à qui je ressemble, c’est bien lui. Je me rapproche clairement de son jeu, qui est exploitant, avec beaucoup d’observation, d’analyse de tells. J’en ai déjà parlé avec lui, je le voyais faire certaines choses dans certaines situations où je me disais que j’aurai fait pareil à l’instant T. Mais je pense n’avoir rien pris chez personne pour façonner mon propre jeu : ton analyse de tells, c’est ton ressenti personnel. Davidi essaie de dévier de ce que tout le monde fait, et je pense que c’est l’une des clés à l’heure actuelle. Tout le monde veut jouer de manière la plus équilibrée possible, mais je pense que par rapport au field il n’y a pas forcément besoin de l'être tout le temps. Il y a plein d'autres joueurs qui sont très bons, et c’est très enrichissant. Je trouve Stephen Chidwick très, très fort, tu ne peux rien lire chez lui, c’est rare. Au niveau régularité, je pense à Alexandre Reard : quand on jouait les 500 de l’ACF ensemble, il avait déjà un edge sur le field. Depuis, il a beaucoup travaillé. J’aime aussi des joueurs comme Romain Lewis et Ivan Deyra, dont le talent s'accompagne d'un grain de folie.

Toi, tu l’as, ce talent, ce brin de folie ?

Quand je jouais avec mes potes, je me disais : qu’est-ce qui fait que je gagne 8 fois sur 10, qu’est-ce que je fais de différent ? Pourtant on a tous démarré ensemble, on joue avec les mêmes règles... Je continue à me dire ça aujourd’hui : pourquoi je paye dans des spots où d'autres foldent, et inversement ? Je veux réussir à comprendre pourquoi je vais jouer différemment à cet instant T. Il y a une base technique, mais je suis un joueur plus instinctif, évidemment.


Pourquoi ne pas être allé à Vegas pour les WSOP cet automne, alors que tous tes collègues se sont jetés sur le Main Event dès l'ouverture des frontières états-uniennes ?

C’est un choix personnel, et difficile. Je devais y aller aussi, mais pour arriver tôt il y avait une quatorzaine obligatoire, et j’avais des trucs à gérer. L'autre option était d'arriver très tard, mais ça faisait arriver jetlagué pour démarrer le Main Event. J’ai préféré faire l’impasse pour bien me préparer pour les WSOPE à Rozvadov et à la prochaine édition de Vegas. C’est déjà booké, j’y serai du premier au dernier jour (rires). S’ils ne nous font pas le coup de fermer à nouveau les frontières, j’aurai un gros programme. 

En revanche, tu as pas mal perfé en Europe l'an passé (21 lignes Hendon Mob sur le Vieux continent en 2021). On a quand même l'impression que tu as essayé de jouer tout ce qui était possible...

En fait, je ne me suis pas déplacé tant que ça ! Il n’y avait pas grand-chose, donc je n’ai fait que des allers-retours pour des tournois en France, à Londres, et une quinzaine à Rozvadov. Mais 2021 n’est pas une année spécialement folle en terme de résultats, mon nombre d'ITM peut être trompeur. Par exemple à Rozvadov, j’ai fait 9e, 11e, 11e, 22e, 22e et 24e, ce qui fait 6 places payées sur 9 tournois joués. Ce sont de vrais ITM, mais au final je n’ai pas fait de Top 3, et c’est ça qui rapporte. Ça peut paraître bien, c’est hyper régulier, je suis solide, bien dans mon jeu, mais il y a eu la variance et quelques petites erreurs en TF qui font que je suis pas allé au bout de certains tournois. Donc voilà, en 2021, il n'y a pas eu de grosses perfs, mais ça reste une année gagnante. Bon, je ne suis jamais content de mes tournois si je n’ai pas gagné. Même si avec le temps, on relativise.


Tes meilleurs résultats live ont été enregistrés sur des buy-ins compris entre 500 et 3 000 €. Tu te vois viser plus haut ?

Clairement, ce sont les tournois que j’affectionne le plus car c’est là où je me sens le mieux et où je connais vraiment bien le field. Maintenant je joue aussi les Main Events EPT, des tournois à 10 000 €, le Main Event des WSOP, le 10k 6-max à Vegas... Mais je n'ai pas prévu de m’attaquer à des tournois à 25k par exemple : je joue toujours quasiment 100% de mon action, et je n’aime pas vendre de parts. Je réfléchirai à jouer ce genre de tournois si j’arrive à trouver un staking qui me correspond, par exemple sur un an, où si je claque une grosse perf. Disons qu'à moyen terme, c'est envisageable.

Tu as beaucoup de cashs sur ton palmarès live (161 ITM au 11 janvier 2022, pour 1,6 millions de dollars de gains), mais aucun gain supérieur à 80 000 €... La perf à six chiffres est-elle un objectif ?

Je suis content d’avoir autant de gains sans avoir fait une perf' énorme, ça prouve ma régularité. Mais j’ai beaucoup d’objectifs, et il est évident qu'une perf' à six chiffres en fait partie. Et même une perf' à sept chiffres ! L’objectif cette année, c’est aussi de faire un gros programme aux WSOP, de partir un mois et demi et de jouer tout ce que je peux pour aller chercher un bracelet, même si la variance peut être du mauvais côté. J’ai aussi posé des objectifs financiers, des objectifs de performance, et des objectifs de compétitivité.  

En parlant d’objectifs, ambitionnes-tu également de signer un jour un contrat de sponsoring ?

Tout d’abord, il faut déterminer ce qu’est un objectif. Pour moi, en avoir un signifie tout faire pour le réaliser. En tant que joueur de poker, je mets tout pour gagner un bracelet, réaliser une belle année, mais je ne fais pas tout pour être sponsorisé. Maintenant, si j’avais une possibilité d’être sponsorisé, je la prendrai, ce serait une forme de reconnaissance de ma régularité sur le circuit après toutes ces années, pour le fait que j’ai fait une belle carrière tout seul, sans staking, que je suis gagnant en tournois live depuis 6-7 ans, ce qui n’est pas forcément facile à priori. Ça reste dans un coin de la tête. Si on vient à moi, ce sera avec grand plaisir… Avant 2017, le poker était un plaisir “secondaire". Puis j’ai réussi une très bonne année 2018, ma première en tant que pro, et à la fin de l’année Apo m’avait contacté en m’expliquant que pour lui j’étais LE joueur à sponsoriser, de par mon profil live, le fait que j’étais toujours souriant, agréable à table, assez régulier… Il m’avait dit qu’il voulait en discuter avec des rooms à l’époque, en me demandant si ça m’intéressait. Mais après cette année 2018 où j’ai joué comme un fou, je suis parti un an en Australie, en me disant que je reviendrais encore plus fort. On en a pas reparlé depuis, je ne sais pas si ça n’a pas fonctionné où s’il s’est dit que ça n’avait pas grand intérêt parce que je partais. En tout cas, je n’ai été contacté par aucune room pour être sponso.


Ton profil de joueur presque 100% live constitue t-il un avantage ou un inconvénient pour un éventuel sponsoring ?

De base, je dirai que c’est un inconvénient, dans le sens où j'estime que les rooms ont envie de gens qui ramènent des joueurs online. Même si je joue un peu plus en ligne maintenant, ce n’est effectivement pas mon coeur de métier. Mais j’adore être assis à une table et je pense que ça devient un avantage dans le sens ou j’estime avoir une image correcte. Les joueurs viennent me parler, rigolent avec moi, demandent des photos, et je ne suis pas le mec avec un casque sur les oreilles. Au contraire, je vais essayer de faire rire, de faire parler, de sortir les gens de leur zone de confort, mais surtout de créer une bonne ambiance à table, une dynamique sympa. De plus, je joue tous les buys-ins, aussi bien les 5k et les 10k que les 500 € dans les clubs parisiens. Ça ramène beaucoup de joueurs, qui se disent qu’ils jouent quand même avec des sponsos qui font des tournois au même niveau qu'eux. Je pense être quelqu'un d’accessible, c’est l’image que j’imagine avoir.


Quel impact pourraient avoir tes autres carrières, pour un sponsor ?

Mon passé de comédien fait que je suis plutôt à l’aise dans toutes les situations. Ça ne me dérange pas d’être interviewé, je peux faire face aux caméras sans problème, discuter avec tout le monde, ne pas avoir de problèmes en représentation. Je pense qu’au niveau image et communication, je connais le truc, c’est un véritable avantage. Après, je ne sais pas exactement ce que les rooms recherchent mais maintenant le poker est ma priorité.

Tu es aussi un grand fan de foot. Cet amour pour le ballon rond a t-il une incidence sur ta passion pour le poker ?

J'ai joué de 14 à 30 ans, jusqu'en Division Honneur, mais je me suis souvent blessé dans les moments cruciaux. Être pro était un rêve d’enfant. Je pense que je n'étais pas mauvais techniquement, mais je n'ai jamais donné ce qu’il fallait pour y arriver, il faut beaucoup de travail et d’abnégation. Et je n’ai jamais pu intégrer un centre de formation… Mais le foot restera une passion toute ma vie, encore plus que le poker. J'étais abonné au Parc des Princes durant 7/8 ans. Le foot, c‘est ma vie. Et je pense que le poker me plait autant parce que ça englobe aussi une partie de ce que je trouvais dans le foot : ça reste physique, c'est une compétition, c’est un jeu mental où tu dois beaucoup réfléchir et analyser, il y a le bluff, la comédie, une petite part de variance que tu dois essayer de réduire au maximum, mais qui fait la part de hasard et qui fait que tout le monde peut gagner. Il n’y a pas mieux pour moi, le poker englobe tout ce que j’aime. 


Quel est ton programme live à venir ?

Le FPO Paris [actuellement en cours, NDLR], puis sans doute l’EPT Prague en mars et l'EPT Monaco, avant les WSOP de Vegas. Ça va être assez chargé. Je vais essayer d'alterner : 15 jours chez moi, 15 jours de tournois.

Avant le poker, tu as commencé par une école de création audiovisuelle et entamé une carrière de comédien [le pedigree de Julien est référencé sur son site internet].

J’ai fait un Bac S, afin d'avoir le choix. Je suis ensuite allé à la fac, mais ça ne m’a pas plu. J'ai fait une école de théâtre, qui était aussi une école de réalisateurs. Cela faisait qu’on se retrouvait plus rapidement sur le terrain qu’au Cours Florent par exemple, que j’ai aussi fait, tout comme le Cours Simon, sans oublier des stages avec des coachs américains pour progresser. Puis j’ai commencé à bosser, assez rapidement. J’ai décroché un petit rôle dans la série Madame le Proviseur. J’ai adoré ça, alors je me suis dit : “Pourquoi ne pas prendre un an pour essayer ça ?" Le théâtre m’a changé la vie. J'étais un peu timide, introverti : le théâtre t’ouvre aux gens, tu es en représentation, tu es mis à nu devant les gens, et il y a un côté émulation. C’était une belle période de ma vie, j’ai pu tourner plein de choses qui m’ont plu, et voyager.

D’ailleurs, tu apprécies particulièrement les voyages on dirait ?

Je n’aime pas rester à ne rien faire. J’aime beaucoup me déplacer, et j’aime aussi découvrir des endroits, des cultures, aller dans des pays où personne ne penserait à aller. C’est vraiment un plaisir, c’est la chance qu’on a dans ce métier de joueur de poker pro : on définit le planning qu’on veut, un peu comme pour le métier de comédien.

On te sollicite volontiers pour jouer des types de personnages bien particuliers ?

Au début, c'était surtout pour des jeunes premiers, le mec de 25/30 ans beau gosse. Après, c’est bizarre, mais j’ai basculé sur des rôles de flics. Mais paradoxalement, j’avais aussi des castings pour des rôles de braqueurs. J’ai un projet qui j’espère verra le jour, où je suis censé être un flic et qui sera sympa, mais ce n’est pas pour tout de suite à priori.


Quel rôle t’as le plus marqué ?

C’est drôle, parce que ce n’est pas une grosse prod’ : c’est une pub pour Décathlon, pour un de leurs produits qui s'appelle The Kage, un petit but de football [ci-dessus]. Mais ce projet regroupait tout ce que j’aimais : pour tourner, on est parti au Maroc et en Thaïlande, et ça retraçait le parcours d’un mec qui promenait son but dans le monde entier pour jouer avec plein de gens. C’est moi, quoi ! J’adore le football, je suis comédien, j’adore voyager, et en plus je me retrouvais au contact de la population. D'autant qu'on a improvisé sur pas mal de scènes : ils passaient en caméra cachée, ils ouvraient le but et je me retrouvais à jouer avec des gens sur une île en Thaïlande ! C’est ça qui m’a marqué, cette expérience où tout était réuni. Je pense aussi à ma présence dans le casting des Talents Cannes 2010 : en gros, chaque année, ils sélectionnent dix comédiens en devenir sur des courts métrages. Dans la promotion précédente, il y avait Léa Seydoux. Les comédiens qui étaient avec moi tournent maintenant dans de grosses productions. Du coup tu montes les marches, tu fais des interviews… C’était agréable de goûter à toute cette atmosphère du festival de Cannes.

Qui sont tes acteurs favoris ?

J’ai tourné avec Hugo Becker, un très bon comédien [lui aussi féru de poker, NDLR], et j’aime aussi Jared Leto. En même temps, de nos jours, tout se ressemble avec Netflix et tout, c’est un peu compliqué de décider. On se retrouve à bouffer de la vidéo sans même se rappeler ce que l’on regarde. Par exemple, récemment je me suis fait la réflexion : je ne me souvenais plus que je n’avais pas vu la fin d’une série…On ne sait même plus ce que l'on regarde, ça nous abrutit, c’est très chronophage.

Ta transition vers le statut de joueur pro a-t-elle mis en sourdine ton activité de comédien ?

Au début de la période Covid, il y avait très très peu de tournages. Les productions n’avaient plus de budget, seulement 10% des films qui devaient être produits l’ont été. En plus, avec les masques, les quatorzaines à respecter, les castings étaient galères. Me concernant, j’avais notamment un long-métrage de prévu qui a été reporté à 2022, et un second rôle avec six jours de tournages en mai dernier, reporté aussi. Et ce projet où je dois jouer un flic. En tout cas, si on m’appelle, je passe les castings, si on me présente des beaux projets, je suis toujours partant. Je ne renie pas le boulot, mais je suis moins proactif, je laisse les projets venir. Je n’ai pas besoin de travailler tous les jours car le poker me rapporte de quoi manger, et justement avant je faisais beaucoup de pubs principalement pour l’aspect financier. Les rôles ne sont pas ce qu’il y a de plus enrichissant… Bref, je mets un peu tout ça en stand-by. Si on me proposait un tournage durant les WSOP ? Je ne suis pas sponsorisé, alors je n'ai de comptes à rendre à personne, mais sinon j’y réfléchirai à deux fois (rires). Si on m’appelle pour un long métrage avec trois mois de tournage pour un gros film, les WSOP ce sera l’année suivante ! Si c’est pour tourner une pub pendant deux jours, c’est sûr que je ne quitte pas mon siège au Rio.


Tu as aussi travaillé comme mannequin. Comment cela a-t-il commencé ?

Tout est lié. Quand tu es comédien et que tu bosses un peu, tu t’inscris dans des agences de pubs. Tu seras embauché en tant que comédien, mais si tu corresponds au profil, tu peux être envoyé sur des séances photos, des défilés. Après je mesure 1,83m, et c’est vraiment pile la limite au niveau de la taille, généralement c’est plus 1,84 ou 1,85 pour faire des défilés. Je faisais aussi du doublage de voix, des vidéos de formation, tous les métiers liés un peu à l’image, des animations de soirée. Tous ces métiers se corrèlent entre eux. C’est tellement délicat de gagner ta vie en tant que comédien que du coup t’es un peu comme un intermittent du spectacle. On essaie de toucher à tout, parce qu’on aime ça, et qu’on a envie d'être proactif. Tu gravites dans plein d’univers, tu rencontres plein de gens... C’est un peu pour ça que je suis revenu au poker : t’es à table en face d'un avocat, un médecin, un comédien, un chirurgien, un dentiste, un éboueur… Tout le monde joue au poker, et tu apprends beaucoup de ça, tu parles de tout. Mais l’univers de la comédie est tout de même assez particulier. 

À quel niveau ?

Tu dois toujours te vendre, être en représentation. Mais à un moment, tu as envie d’enlever la carapace, d’être toi-même. C’est compliqué, car il faut aller aux soirées, il faut sortir. Quand tu te retrouves face à un gros réalisateur, il faut toujours avoir une actualité, car sinon ça veut dire que tu ne bosses pas, et donc si tu bosses pas… Ce sont vraiment des cercles vicieux. Et à un moment je n'avais plus envie d’aller aux soirées, je voulais juste bosser. Tu peux passer à côté de gros projets, et vice-versa, tu décroches un rôle parce que tu connais le mec qui s’en occupait avant. C’est beaucoup de copinage. Tu peux être le meilleur comédien et ne jamais travailler, tout comme tu peux être un comédien moyen et beaucoup bosser. Un rôle peut changer une carrière. J’ai un pote qui vient de tourner dans la Saison 5 de Vikings, et il a eu plein de boulot derrière. Autre exemple avec Hugo Becker : on a fait un festival, j’avais un casting pour une pub, et je dis à la directrice que j’ai ce pote qui pourrait correspondre au profil recherché. Il a passé des essais, il n'a pas été pris, mais elle lui a dit : “Tu collerais bien pour Gossip Girl.” Résultat, il est parti à New York pour un an de tournage. Il n’aurait jamais dû être là ce jour-là, et au final, il a suffit d’une petite rencontre pour lancer sa carrière. Ça tient à rien, comme un mec qui va gagner le Main Event de Vegas ! Un one time peut déterminer une carrière.

Toi, tu ne l’as pas eu, ton one time ?

Évidemment, ma carrière de comédien aurait pu être différente. Et c’est pour ça aussi que j’ai basculé dans le milieu du poker. Je travaillais moins à un moment, je commençais à bien gagner ma vie aux cartes, donc je n’avais plus trop l’envie de m’investir à fond en tant que comédien. Mais ça aurait pu changer quand je me suis retrouvé dans la short-list pour des gros rôles principaux sur des longs-métrages… J’ai fait un casting pour James Bond, je suis aussi parti quatre mois à Los Angeles pour tourner un clip d’un rappeur américain [ci-dessus]. J’avais alors passé des essais pour un film de Steven Soderbergh, un gros truc, quatre jours de tournage. Le directeur de casting me dit : “C’est bon, par contre c’est la semaine prochaine. Vous avez votre visa ?” Non, et ce n’était pas possible de le faire. Donc ils ont pris Timothée Chalamet, qui était Franco-américain. Résultat, je suis rentré en France deux mois après (rires). En tout cas, ce jour-là, Steven Soderbergh a vu mes essais, il a dit OK, et dans ma tête, c’était gratifiant. Mais plus jamais il ne se rappellera de Julien Sitbon. Encore une fois, je ne suis pas fermé à des propositions : on m’a toujours dit que je bosserai plus à 40 ans, et j’en ai 38 (rires). Il se passera ce qu’il se passera. Mais j’aime tout ce que je fais.

Merci Julien, et bonne chance pour cette nouvelle année !

Crédit dernière photo : Fabien Mancel

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Dernière édition par m.arnou le 12/01/2022 13:36; édité 1 fois
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MessagePosté le: 11/01/2022 19:44   Sujet du message: Répondre en citant Signaler un Abus

l 'interview mystère ! Smile
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tant qu'il te reste des jetons t 'es pas au bar !
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