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Plaisir et Addiction
"Aujourd’hui ça y’est ! Je me suis enfin avouer avoir un problème de consommation compulsive avec le poker!! Bon du coup pour y remédier il va falloir autant de courage et de motivation que pour grinder les limites!! Et pour ça je pense avoir un solution : Le Saxo! Hein? quoi? comment? let's find out!!!"

(Blog de Coloscopie)


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 Amour, gloire et raté!
Posté le: 13/04/2017 16:49 par Coloscopie
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Amour, gloire et raté!

Dans l'article précédent "Show must go on" je vous décrivais le passage à une nouvelle vie. Mes derniers fonds gagnés en poussant les jetons au milieu m'assuraient encore de quoi payer à manger alors que nous montions notre groupe de musique. A l'image de Deluxe nous nous sentions pousser des ailes, convaincus que notre style, notre envie et notre talent détrônerai, M, Johnny ou encore Jean Pierre François.

Nous répétions comme des porcs trois fois par semaine. Je passe mon temps à me trimballer mon saxo et mon sac de voyage, je suis toujours à droite à gauche, et ce n'est pas ma nouvelle vie de troubadour qui va me permettre de me payer un loyer. Pour moi il s'agissait d'un sacrifice nécessaire pour arriver un jour à percer. J’enchaînais quelques plan concert où des mecs cherchaient un Saxo de dernière minute "Ok on joue quel style ?" demandais-je "- Jazz Fusion" "- Heu... ok, je ferai ce que je pourrais". Je me demandais si je n'avais pas été un poil ambitieux en acceptant cette offre. Au final il y avait dut y avoir où un trolling où un malentendu puisque je me retrouvais à devoir jouer devant des quinquas en manque d'années 80 : Du Sardou, du Bruel, ou autres Patricia Kaas... Je rêvais de devenir Maceo Parker, mais lui aussi avait surement fait de l'alimentaire avant de rentrer dans le band de James Brown.

Côté "Ojala" les concerts commençaient à se débloquer, par contre nous découvrions les méthodes honteuses de rémunération des artistes : Le chapeau (ou la queunelle). En gros, le mecs te proposent de jouer en échange de la bouffe et de la boisson, quant à la tune c'est à toi de la réclamer en mode "A votre bon coeur M'sieur Dames" après avoir terminé ton concert. Non seulement le public que nous ramenions consommait, mais en plus nous n'en voyions pas les retombées. C'était terriblement frustrant. Je passais 4 à 6 h par jour sur mon instru pour ne pas arriver à me payer un paquet de pâtes. Je commençais alors à jouer dans la rue en solo ou en duo avec le guitariste du groupe. N'ayant pas ses papiers, chaque sorties était un risque pour lui d'être renvoyé dans son pays, et pour nous que notre projet s'évanouissent dans un charter affrété pour le Chili. Tout ça générait des questions et de la frustration : "Est-ce que je vais y arriver? et si oui quand?"... je savais que nous nous étions laissé six ans avec le groupe pour percer, mais ça allait être six ans à galérer.

Toute cette instabilité qui me pourrissait de l'intérieur allait trouver sa fin le 17 avril 2014. Ce jour là, un pote qui tient un bar associatif et qui était à bout de nerf me dit "Mec, tu peux me prendre le bar une journée? Moi j'en peux plus faut que je fasse un break". N'ayant rien de plus à faire à ce moment là, et ne m'empêchant pas de pouvoir travailler mon instrument, j'acceptais. Je me retrouvais taulier d'un bar d'artiste ou il n'y avait pas un client la journée. Ma seule animation fut de voir arriver une puis deux voitures de flics, une ambulance, stationnant pendant 4h dans une rue à sens unique, générant un véritable cirque... un mec venait de se faire poignarder un étage au dessus de moi, YOUHOU... Ca ne m'empêche pas d'organiser la soirée prévue, mais l'ambiance est tout de même pesante. Dans le soucis de bien faire, je gère comme il se doit le lieu, mais toujours SDF j'oublie mon fameux appel quotidien aux copains "Yo tu peux m'héberger?", et me retrouve dans la dèche de pieux pour que ma caracasse puisse se reposer. "Bon... ben on va dormir dans le bar", je ferme le bar, et cassé je m’apprête à me pieuter. J'entends frapper à la porte, ça sent le mec bourré qui veut terminer ça soirée, je me lève, ouvre la porte : "Yo Arthur, mais c'est toi qui tient le bar?" Un pote, avec un style genre Elvis indien, débarquait avec quatre pote dont deux jolies filles "T'inquiète on tape pas dans le bar, on a rammené à picoler". Nous jouons de la musique, nous parlons, nous rigolons, et je leur raconte qu'un mec s'est fait planté quelque mètres au dessus de nos têtes. Une des deux filles, une magnifique métisse sympathique avec qui j'avais bien déliré me dit lorsque la soirée est sur le point de se terminer "Ton histoire me rassure pas trop, je peux rester dormir ?". Ce soir là je rencontrais l'amour, ça peut paraître con à dire comme çà, mais la première chose que j'ai dit à mes potes le lendemain quand il a fallut que je squatte leur douche c'était : "Je crois bien que j'ai trouvé la bonne". Psychologue de profession elle venait de tomber sur un cas soc' en bonne et due forme, mais le fait de savoir directement que je voulais quelque chose de sérieux avec cette fille me donnait envie prendre les choses en mains.

Côté poker, ça roulait, bon... ce n'était pas non plus le rush à l'ancienne, mais par contre je faisais quelques perf à l'approche de l'été. Tu m'étonne, j'étais maqué, il faisait beau, bref ... le plein de confiance! Le cocktail parfait pour perfer. D'autant plus que maintenant même si je continuais de vadrouiller chez les copains, je m'étais un soupçon sédentarisé chez ma nouvelle rencontre. Son Ip est excellente : j'embraye une quatrième place sur un Tie Break et la win d'un digestif. Suivant scrupuleusement ma méthode "100% plaisir" je venais de gagner suffisamment pour me payer mon road trip au Boom Festival... Direction le Portugal avec trois autres larrons, nous nous connaissions de soirées mais sans vraiment nous connaître, les tripes similaires et la musique nous avaient rapprocher, mais sur 4000 bornes c'était une autre aventure. Nous décidons de faire ce voyage sur trois semaines, avec comme projet de faire de la musique de rue pour nous aider à payer les faux frais. Je sentais tellement que ça allait être une expérience unique, que mon âme de reporter insatisfait me poussait à faire un docu maison. Je me sentais comme Kerouac... en moins fauché, et plus accompagné.


(Episode 1 du docu maison : Eat the road : A ticket to rde)


Au retour de ce voyage, j'étais plus chaud que jamais pour percer dans la musique. Entre Deluxe, Anoushka Shankar, Highlight tribe, Keziah Jones et tant d'autres, je voulais devenir comme ces groupes qui dans leurs style étaient des références, et passer mes étés en tournées. Pour en arriver là, il fallait bosser, se sortir les doigts du fion et travailler sérieusement. Notre set se développait, nous travaillions notre communication, notre jeu de scène, il fallait tout fracasser et pour ce faire : IL FALLAIT ENVOYER UN SHOW!!! DU LOUUUUUURD!!


(Le groupe modèle : DELUXE)


Les mois passent, et la tune de nouveau a disparu ... en même temps c'est sur que ça fait des petits tout seul. Je passais mon temps entre mon instru et le montage de mon reportage maison qui me prenait un temps fou. Je suis obligé de prendre un taff alimentaire et me spécialise dans la vente de cravate... "J'ai une magnifique Big knot à vous proposer... oh que vous êtes élégant! oh et puis cette petite pince à cravate vous scierai à ravir, oh et puis voulez vous un petit coup de langue derrière vos bouliches?" Je me débectais moi même faire ce métier : vendre des cravates faites en Chine pour un prix exhorbitant, devoir mentir aux clients sous la pression des chiffres et d'une manager névrosée... Il fallait vite que je trouve autre chose. C'est à ce moment que paraît l'annonce dont j'ai toujours rêvé : Winamax cherche un journaliste! Je tombe sur l'annonce fortuitement mais ne mets pas plus de 5 minutes à postuler. Le Dream Job à portée de main... à nous les voyages sur les plus gros tournois du monde, à nous le reporting des mains d'anthologie jouées par Davidi, et surtout à l'intégration d'une boite jeune exigeante mais professionnelle dans laquelle je rêvais de bosser.

Après avoir envoyé tout le nécessaire pour prouver que j'étais qualifié et d'une motivation à parée à toute épreuve, je commençais à en parler autour de moi. D'abord à ma copine qui comprend que c'est le rêve de ma vie et qui l'accepte totalement même si ça impliquais de devoir déménager sur Paris : "Si c'est important pour toi, ça l'est aussi pour moi" me dira-t-elle. Quant au groupe, quand je leur en parlais je ne les sentais pas spécialement emballés par l'idée. Mais la vérité était qu'entre galérer pour un but que nous n'étions pas sur d'atteindre et avoir un salaire fixe et payer pour ce que je savais faire de mieux, il n'y avait pas l'ombre de l'esquisse d'un soupçon de doute. Les semaines passent, et la réponse n'arrive pas... je relance plusieurs fois, mais non, la direction du recrutement n'a pas encore pris sa décision... au bout d'un mois alors que mes espoirs commençait à s'éteindre, mon téléphone sonne en appel inconnu. "Allo M. Heu... Arthur heu..." la voix étant hésitante sur un numéro estempillé "unknown" me fait répondre "C'est une blague?" "- Pas du tout Monsieur, entreprise Winamax, vous avez postulé à un poste de journaliste poker, malheureusement nous avons recruté quelqu'un d'autres qui correspondait mieux au profil, désolé..."

A ces mots, tout s'écroule autour de moi, je garde le sourire pour faire bonne figure auprès des amis qui m'entoure à ce moment précis, en revanche intérieurement, je suis vide. Une larme glisse le long de ma joue, je comprends que tout est fini. Il n'y aura pas d'autres annonce de ce type avant un moment, ma chance est passée, mon rêve aussi... Je ne serai jamais journaliste spécialisé pour la presse poker. [/evideo]
 
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 SHOW MUST GO ON!!!
Posté le: 29/03/2017 14:48 par Coloscopie
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SHOW MUST GO ON!!!

Au cours du précédent article "Dame de coeur et pique d'orgueil" je vous décrivais la fonte de mon fond de roulement comme neige au soleil. Le manque de stabilité dans ma vie avait eu raison de ma carrière de joueur pro. Mon chateau de carte venait de s'écrouler... Cela dit, l'envie de garder ma liberté était beaucoup trop forte, et quoi de mieux pour un esprit libre, instable à moitié timbré que de se lancer dans la musique?

Je me ruais encore tête baissée dans un pari fou, j'en avais bien conscience. Je n'avais aucune connaissance du monde musicale professionnel, de son marché, ni même de la manière d'exister ne serait-ce qu'à l'échelon local. Mais bon avant tout, il fallait commencer par le commencement... monter un groupe. Pour l'instant nous étions trois : Wissem guitariste 33 ans, un géant au crâne dégarni, le mot pour rire et toujours une croquette de shit en poche. Sa bonhomie et son style folk, simple mais efficace m'avaient touché. C'est lui qui m'avait démarché sur les berges en me disant : "On veut monter un truc sérieux". Le larron qui l'accompagnait était notre percussionniste : Moez, 26 ans, tunisien clandestin. Il avait fuit son pays au moment du renversement de Ben Ali. Comme beaucoup de ses compatriotes il avait tenté de rejoindre le rêve européen à bord d'un bateau qui fut rattrapé par les gardes cotes. Après s'être enfuit de son centre d'accueil en Italie, il avait passé la frontière française dans le coffre d'une voiture. Mais si son histoire était déjà originale, son instrument l'était d'autant plus : il avait une guitare qui n'avait plus que trois cordes à son manche. Assis en tailleur il la posait renversée sur ses genoux et l'utilisait comme percussion. La connaissance parfaite du bois de sa gratte alliée à la précision de ses doigts lui permettait de sortir une gamme claire et limpide, c'était complètement barré.

J'avais annoncé à mes camarades que je n'étais pas chaud pour être saxophoniste soliste, le son du soufflant était sympa, mais je n'avais pas le niveau pour tenir un set d'une heure et demi sans que mes lignes aient l'air rébarbatives. D'autant plus que d'un point de vu marketing, j'avais bien compris que si nous souhaitions vivre de la musique il fallait nous vendre, et pour se faire il nous fallait avoir une formation un peu plus standard. Nous commencions à écumer les jamm sessions à la recherche d'un chanteur et d'un guitariste. Nous débarquons un soir au 6ème Continent. Le bar associatif est festif, nous prenons une pinte afin d'être sûre de jouer plus ou moins juste, et descendons au sous sol pour voir ce que vaut le bœuf du soir. La musique est plutôt bonne, avec un timbre intéressant et le guitariste n'y est pas pour rien. Après s'être posé pour jouer avec lui, nous entamons la discussion... Le mec venait de débarquer du Chili, il était arrivé la veille en France et ne comprenait rien à langue de Molière... ni la langue de Shaekspear d'ailleurs, c'était Cervantes ou mes couilles... bon! Sebastian avait quitté Santiago pour venir essayer sa chance en Europe dans la musique. Nous lui proposons notre projet, qui le chauffa direct : "Bakan !" ("pète sa mère").


(le début d'une aventure : OJALA)


Quelques jours plus tard nous terminons notre recrutement après la découverte d'une voix suave soul qui nous laissa sous le charme. Anne, 27 ans, franco américaine était flûtiste, elle revenait d'un road trip d'un an au Mexique. Sans réel projet après son retour, elle était justement en recherche d'un groupe de musique pour monter quelque chose de professionnel. Rien que le lancement annonçait une aventure funky qui promettait de se casser la gueulle à tout instant : Nous étions cinq, dont deux sans papiers, tous sans emplois, il fallait tout traduire dans différentes langues pour comprendre nos attentes, et surtout mettre des règles communes... et quand l'interculturel s'en mêle ce n'est pas facile. Je trouvais un nom pour notre formation "OJALA" ce qui veut dire en espagnol "dans l'espoir que" et effectivement il nous en fallait de l'espoir pour que ça marche...

De mon côté je n'étais absolument pas clair avec moi même, je n'arrivais pas à décrocher des cartes. Certes je touchais le RSA pour subsister, mais à côté de ça j'avais toujours espoir que le poker soit un moyen pour vivre, je n'avais pas totalement fait une croix la dessus. Je continuais de jouer essayant de faire rentrer un peu plus de blé. A ce moment là, je suis dans un ascenseur émotionnel qui me fait passé de la joie et du sentiment d'accomplissement au sentiment d'être la dernière des merdes qui n'arrive pas à décrocher. Je suis à fleur de peau et je mets ma stabilité morale toujours plus à l'épreuve, comme si je repoussais mes limites en attendant le moment où l'élastique pétera. Le symbole de cette transition qui n'arrive pas à se faire se symbolise lorsque j'arrive à choper mon ticket pour le WIPT 2014 : Cette fois, pas de liste d'attente, pas de pression financière, on est bien. J'ai beau avoir envie de jouer, la motivation de bien faire n'est que moyenne, et cela se matérialisera par un bust dès le day 1... A ce moment je comprends qu'il faut changer quelque chose dans ma consommation au jeu : "T'as pas de tune et tu joues... alors si t'en gagnes essaie de l'investir dans un truc qui te fera vraiment kiffer." A partir de cet instant je pris le partie sur chaque perf de me faire 100% plaisir... Quelques jours plus tard, je fais une petite performance à 400€, j'avais énormément entendu parler du Boom, un festival de musique trans au Portugal! Ni une, Ni deux, j'investis l'argent dans mon billet, je ne savais pas encore comment j'allais y aller ni ce que c'était réellement, mais au moins je me finançais un kiff en lien avec la musique.

"Ojala" commençait à prendre forme! Les compositions musicales se font naturellement. Le parti pris du groupe est que celui qui a une idée de chanson s'occupe de la composition du début à la fin du morceau. Ca marche parfaitement! Nous écrivons alors en anglais, en français et en espagnol, tout le monde s'implique, nous faisons trois répétitions par semaine chez notre guitariste. Notre direction était simple, devenir pro avec un seul groupe!! Un choix contraire à la majorité des intermittents, qui, pour multiplier les cachets jouent avec 3,4,5 groupes pour que leur volume leur permettent d'avoir une chance de renouveler leur statut d'une année sur l'autre. Chez nous, pas de leader, toutes les décisions se prennent par vote, et une importante ne tarda pas à être prise : Moez, notre percussionniste fou se pointe quand il veut au répèt' avec une ou deux heures de retard quand il souhaite venir... Une parfaite différence interculturelle puisque la notion de temps dans les pays du Maghreb n'est pas la même qu'en Europe. Nous avons beau eu discuter, le motiver, essayer et ré-essayer, cette mauvais habitude était encrée dans ses gènes et nous décidâmes d'arrêter l'aventure avec lui. Nous étions confronter pour la première fois au choix d'un entrepreneur : "Il est super sympa / Ouai mais il bosse pas" ce fameux choix délicat entre l'Humain et le Travail.

C'était parti il fallait embrayer de nouveau avec les casting et notre premier concert approchait à grand pas. Nous trouvons un nouveau percussionniste, mais celui ci nous lâche une semaine avant la date fatidique. En urgence j'appelle un de mes meilleurs amis pour qu'il nous dépanne, le bougre n'est par percussionniste mais saxophoniste lui aussi. Heureusement pour nous il touche un peu les peaux et deux répétitions suffisent pour combler le vide. Cette date que notre gratteux avait trouvé se déroulait dans la cave de l'immeuble ou nous répétions... light, bar, sono, tout y était, une trentaine de personnes pouvaient tenir debout en s'entassant, et pour nous c'était déjà un sacré challenge, nous nous mettions à nu! D'un naturel serein, j'avais l'impression ce jour là de jouer ma vie, mes entrailles se nouaient. Lorsque nous montâmes sur scène, mes jambes flageolaient et je croisais le regard flippé de notre guitariste qui suait à grosse goutte : "Ok on y va". 3,4, le morceau d'ouverture s'ouvre avec la flute la guitare et les congas, mais en l'espace d'un quart de seconde un fiasco sans nom se déclencha, les percussions tombent de leur support et une partie de la flûte d'Anne se casse la gueule au même instant ... le désastre n'est pas loin, mais rien à foutre SHOW MUST GO ON!! Certes il y eut des rires, (en même temps la situations était plutôt cocasse) mais le public qui était constitué à 100% de potes fut vraiment indulgent. L'essentiel était qu'on finisse notre performance... Après tout, ce n'est pas parce qu’on se prend un bad beat que la partie est terminée.




Ce concert lançait véritablement une aventure, une dynamique, un nouveau projet de carrière relayant le poker au second plan. Le modèle soviètique était notre modèle : un plan quinquennal élaboré pour arriver au top! Nous nous voyions déjà au sommet de l'affiche! A nous le Zenith !!! J'avais le même engouement que le premier soir où j'avais gagner au poker, je me voyais déjà jouer le main event des WSOP, sauf que comme pour ce tournoi mythique avant d'arriver au graal il faut en chier et passer par des satellites! L'aventure ne faisait que commencer!
 
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 L'HEURE DU BILAN : 4 MOIS - ON SE SORT LES DOIGTS
Posté le: 24/03/2017 12:15 par Coloscopie
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L'HEURE DU BILAN : 4 MOIS - ON SE SORT LES DOIGTS

Il y a un mois, lorsque j'ai rencontré pour la première fois mon addictologue, j'ai pris conscience de certaines choses. Des trucs évidents, mais j'étais tellement le nez dans mon combat, que je ne voyais pas les solutions de manière si simple. Un peu comme un boxeur qui boxerait la tête baissée, regardant le sol en frappant, convaincu qu'il tape au bon endroit, alors que son adversaire se protège... le résultat ne serait pas spécialement efficace. Là, maintenant j'ai un coach qui est là et qui me dis "lève la tête, regarde comment il se protège, comment il se déplace. Regarde qui il est, apprend à le connaître et dès que tu auras compris tout ça, tu vas le dérouiller."


(Tant qu'on parle de boxe : voici une BD que je vous recommande)


Du coup, pour apprendre à connaître mon adversaire, je me suis acheté un bouquin : La méthode simple pour se libérer de l'addiction au jeu d'Allen Carr. Le mec n'est pas psychologue, ni psychiatre, mais il a développé une méthode pour arrêter de fumer qui est devenue révolutionnaire et qu'il a reporté sur d'autres addictions. Ses résultats à travers le monde font aujourd'hui de lui une référence. Ce livre me permet d'en savoir plus sur mon démon, et surtout de mettre des mots là ou je n'y arrivais pas auparavant. La vulgarisation est une des clefs de ce combat.

J'ai également travaillé sur une équilibrage de mon temps : je joue les mardi et les dimanche soir et parfois les vendredi en matinée quand je ne travaille pas. Les Jeudi soir, je sors en jamm session, et les autres soir j'en profite avec ma copine : ciné, bonne bouffe, soirée cocktail, et... (non vous ne saurez pas tout). Quand j'ai du temps en journée vu que je termine tôt, je passe voir des potes à l'improviste ce qui est toujours l'occaz' de bonnes surprises.

Concernant la finance du poker par la musique, je m'y suis remis à fond, ce qui m'occupe pas mal. Les beaux jours reviennent petit à petit, les températures grimpent, les gens sortent, et du coup moi aussi. Je fête cette année mes 20 ans de saxo, et ce qui est cool c'est que je sens en ce moment que je suis en train de passer un palier, ce qui est ultra satisfaisant. La conséquence est directe, je m'assume maintenant vraiment comme un show de rue : d'abord grâce à une nouvelle enceinte (modèle roumain à roulette) qui fait passer mon autonomie de 45 minutes à 6h, et j'ai également adapté un costume de scène (veste noire, lunette noire... bref jazzman). Le résultat financier est sans appel : 150€ en un mois avec une moyenne de 25€/h.

Cela fait quatre mois maintenant que je me suis fixé ce challenge, et très honnêtement les hauts et les bas avec l'addiction ressemble à s'y méprendre avec les swing vécus lors d'une session de poker. Quand rien ne rentre, que vos flips ne passent pas et que vos 80/20 non plus vous avez l'impression de vous faire own de malade. Mais cette malchance n'est pas constante, elle s'alterne avec des périodes moyennes où les cartes rentrent comme elles le doivent, et des moments de rush insolent où tout passe et ça ne s'arrête pas. Avec l'addiction au jeu, je sens ces même fluctuations, non pas inhérentes à la variance, mais bien à l'humeur du jour : Si un truc m'empoisonne le cigare ou que j'ai des contrariétés, mon cerveau me souffle :"Vas y mon gars, t'as besoin d'un petit calmant. Joue un peu ça te déstressera". A ce moment là, c'est un duel avec moi même qui s'engage, un HU avec ma propre conscience... de quoi devenir complètement schizophrène. Lorsque je succombe il faut ensuite gérer la culpabilité qui s'en suit : "Je ne devais pas jouer, j'ai joué, j'ai bust, je n'ai pas tenu mon engagement, je suis qu'une merde". Et ce qui s'en suit est encore plus dur, puisque forcément vous êtes dans un esprit négatif et du coup encore plus exposé aux tentations de jeu... Bref comme au cartes, quand vous êtes dans ce genre de passe, ça marche rarement mieux, voir l'inverse total!

En revanche quand ça va moyen, l'envie de jouer est moyenne sans plus, du coup il suffit d'un simple coup de motivation pour ne pas jouer : "Vas y tiens toi à ce que tu as dis, le jeu c'est mardi et dimanche, trouves toi autre chose à faire" et hop ça tient. Je me pose devant un docu, mon saxo, counter strike, un bouquin, ou juste sortir faire un tour. Au final, les activités ne manquent pas, mais le poker en ligne a une telle facilité d'accès que c'est la première des choses que je pense faire.

Quand l'humeur est au beau fixe, c'est l'embellie car un cercle vertueux se met en place : "Je suis bien aujourd'hui, pourquoi devrais-je m'enfermer sur le jeu alors que je pourrais profiter de mon temps avec ma copine ou mes potes : parler, rigoler, échanger, partager" A ce moment là, le jeu est la dernière des choses dont j'ai envie. Généralement ce qui ressort de ses instants sont de bons moments, et surtout des instants qui me valorise. En effet :

1 - Je n'ai pas d'attirance pour le jeu donc je suis fier de contrer l’addiction

2 - J'ai passé un bon moment donc j'ai envie que cela se reproduise

3 - Sentir que je contrôle ce qui me semblait incontrôlable il y a quelques mois, c'est à peu prêt l'équivalent de gagner un tournois avec un field massif : un sentiment d'accomplissement ultime. Et ce sentiment est du coup plus accessible à travers cette forme de contrôle qu'en défiant la variance sur énorme MTT.


On ne va pas se mentir, on ne peut pas toujours être de bon humeur, mais on peut y travailler. Ce mois-ci j'ai eu une période de trois jours très difficile à gérer, ce qui m'a fait replonger frénétiquement dans la passion des cartes. Au bout de trois jours (ce qui est une période relativement courte) je me suis rendu compte que je faisais de la merde et me suis foutu un coup de pied au cul monstrueux pour ressortir de cette phase.

Je sens que cette aide extérieure que les gens appellent psychologue, j'ai plus tendance à la voir comme un coach et de fait écouter les conseils qu'il me prodigue. Je n'ai pas l'impression de suivre une thérapie, mais celui de livrer un combat avec quelqu'un qui essaie de me transmettre le clefs nécessaires pour terrasser mon challenger, et si ce mois-ci j'ai pris un large avantage en point je sens et je sais que je ne dois pas baisser ma garde, car mon démon est là, endurant, avec de nombreuses ressources, prêt à reprendre le dessus à tout instant!

 
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 Dame de Coeur et Pique d'orgueil
Posté le: 16/03/2017 13:51 par Coloscopie
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Dame de Coeur, et Pique d'orgueil !

Dans l'article précédent "Good Vibrations", je vous retraçais mon périple au WIPT. Une épopée qui m'amena à la 49ème place, et qui dopait un peu plus ma confiance quant à mes qualités de joueurs. J'étais professionnel, mais le plus dur... ce n'était pas de le devenir, c'est de le rester.

Le retour sur Lyon avait marqué un tournant, j'étais maintenant boosté par la confiance de savoir que j'avais ma place dans le micro pourcentage de joueurs qui arrivent à vivre des cartes. Mais maintenant hors de question de continuer le grind dans des conditions précaires. Voici maintenant 6 ans que je navigue à droite à gauche sans avoir d'appartement avec mon nom sur la porte. Je squatte, chez les potes armé de mon sac de voyage lustré par le temps. Dedans se trouve deux ou trois affaires de change, un nécessaire de toilette et mon laptop. Mais voilà, voguer au grès des coups de téléphone en mode : "Yo mon poulet, dis moi y'aurait moyen que tu m'héberges" ne pouvait plus durer. Les copines de mes amis commençaient à grincer des dents, et mes potes qui se cassaient le cul dans leurs boulots respectifs ne comprenaient pas qu'avec les sommes d'argent que je gagnais je ne puisse pas me payer un appart', une coloc, ou juste un pieu. Ils avaient raison, il fallait que ça change.

Je me mis en quête d'un logement. D'un naturel sociable et étant bien conscient que le rythme du grind pro serait décalé par rapport à une vie lambda, il me semblait préférable de rechercher une colocation. J'hésitais alors à refaire le choix de l'étranger, Malte semblait une destination ultra attractive pour le poker, la mer, le soleil, les filles... ça semblait vraiment cool. L’inconvénient c'est qu'en se lançant dans un nouveau choix de vie il est essentiel d'avoir du soutient, et celui de mes amis était primordial... Ok, on reste à Lyon. Maintenant que cette décision était prise, il me fallait trouver une sous-location... je ne vous apprends rien en vous disant que si vous n'êtes ni étudiant, ni en CDI, un bon nombre de porte se ferme avant même que vous puissiez visiter le lieu en question. Bien entendu en période de crise, vous trouvez une montagne de prétendants, qui, comme vous ne rentrent pas dans les cases des agences de locations. Vous vous retrouver alors à faire des visites groupées, à essayer de défendre votre bifteck en expliquant comme lors d'un entretien pour un taff que vous serez un meilleur coloc' que votre voisin de gauche. "Ah ouai, t'as fait pas mal de coloc'? Ah ouai t'as pas mal voyager? Et en fait tu fais quoi dans la vie? Hein? Joueur de.. Ca existe ça?... Cool, bon ben je te tiens au jus." Frileux à l'idée que je puisse ne pas payer le loyer d'un mois sur l'autre, je me prenais refus sur refus.

En attendant, je continuais ma vie de bohème en poursuivant le squatte chez les copains. Les perfs se sont calmées, mais je continue à sortir l'équivalent d'un smic, ce qui me permet de garder ma roll à flot. Mais à coté des cartes et de l'appart' un autre truc commençait sérieusement à me travailler. Tout roule, plus ou moins dans ma vie, mais je me réveille tous les matins seul dans mon plumard et là, ça ne pouvait plus durer. Je n'arrivais pas à me poser avec une meuf, et quand j'en trouvais une après des mois de disette, je me barrais au moindre problème et l'histoire était terminée, il fallait que ça aussi change. Bref ma vie était dans une phase de mutation importante, je tentais de tout mener de front, et commençait petit à petit ne plus rien maîtriser...

Tout d'abord les performances ont commencé à chuter. Je fus d'abord victime d'un retour de variance inversement proportionnel au run like Jesus qui m'avait vu monté ma roll, mais je me retrouvais également à ne plus jouer aussi bien qu'avant... la chute qui s'amortissait avec le matelas financier mis de côté commence à sérieusement entamer ce dernier. Je perds 1000€ par mois, et comme vous l'avez compris ma BR et mes fonds pour vivre sont très intimement liés. Je ne trouve toujours pas d'appart', ma vie se décalle, je joue pour essayer de rattraper mes pertes. Chaque soirée passée avec les potes à boire des coups ne se fait jamais sans mon ordi à côté : "'Tain Tutur sérieux, tu veux pas lâcher ton pc un peu? On avait dit qu'on faisait un jeu?". Je n'arrive pas à parler à mes amis de mes pertes, je deviens irritable, je fume de plus en plus (jusqu'a dix joints par jours)... Je perds pied, je le sens mais je ne peux rien faire.

Heureusement les beaux jours arrivent, il est temps de sortir. Je viens de récupérer mon saxo que j'ai laissé trop longtemps traîner chez un pote. Je décide de me balader le long des berges du Rhône, je rejoins un ami, on se pose, on boit un coup en savourant les premiers rayons chauds du soleil. Deux mecs jouent un peu plus loin, un de la guitare l'autre de la trompette. Je leur propose de me poser pour jouer avec eux et un boeuf d'anthologie se lance. Les passant s'arrêtent, les gens s'assoient, ouvrent des bières, du vin... Bref l'apéro se lance. Je me sens bien... bien mieux qu'assis devant mon écran en fait. Un déclic intérieur me fait comprendre que ce genre de plan peut être super bon pour renouer avec les gens, avec ces contacts spontanés où se mêlent franches rigolades et discussions où l'on refait le monde... tout ça le poker ne me l'apportait pas et avait tendance à de plus en plus m'en séparer. Alors que mes doigts s'affairent sur les clefs de mon instru, que mon souffle se passionne pour vibrer en harmonie avec mes compagnons de jeu, j’aperçois à cinquante mètres, une jeune fille à la silhouette divine. "Elle, il faut qu'elle s'arrête" me dis je en essayant d'enchaîner les passages techniques pour qu'elle me remarque. Arrivée à notre niveau elle s'arrête, et nous écoute avec un sourire enchanteur. Elle est juste magnifique... Je joue de manière mécanique, et ne peut m'empêcher de l'admirer. Blonde, cheveux ondulés jusqu'à mis dos, yeux bleus, un style simple mais élégant... Vous l'avez compris, c'est le coup de coeur. "Je peux m'assoir avec vous?" J A C K P O T!!!!!!!!!! Maintenant qu'elle était là, il s'agissait de faire le taff correctement, sans être relou, sans être gauche et sans être trop timide non plus... La soirée se terminera de la meilleur des manières. Je sentais que l'équilibre sortie/meuf/saxo associé au poker pouvait me faire reprendre une dynamique qui pouvait faire de moi l'homme le plus heureux du monde.


(Une Jamm apéro : hippi mais sacrément convivial)


Malheureusement, il n'y eut pas de suite avec cette ange d'un jour. Diablesse d'une nuit, je n'eus plus jamais de nouvelle... Moi comme un con, je ne comprenais pas pourquoi je n'avais pas de réponse, et je n'arrivais pas à passer à autre choses. Les sessions de jeux suivantes s'en ressentent: je n'ai plus la motivation de jouer, mais je joue quand même. Chaque coup à tapis perdu entraîne une machinale réinscription... J'essaye de ressortir avec ma "Corne du Diable"pour retrouver cette inconnue, en vain... Elle s'est volatilisée comme mon fric sur mon compte bancaire. Des 12k€ que j'avais monté, il ne m'en reste alors plus que 6, et je commence à me remettre en question : "Est-ce que je suis vraiment fait pour cette vie? Est-ce que je peux arriver à assumer mentalement les swings inhérant à cette profession? Ca attaque sacrément le moral quand même. Ouai mais si je lâche ça je fais quoi?" Et effectivement qu'est-ce que j'allais faire? Sans diplôme, avec un trou d'un an sur mon cv, je sentais bien que j'allais avoir du mal à trouver du boulot, et puis surtout : dans quelle branche?? Cela faisait huit mois que j'étais mon propre patron et que je n'avais de compte à rendre à personne. Retourner à la réalité, c'était finalement troquer toute cette liberté contre une assurance financière : 35h d'un service pas forcément folichon en échange de 1100€ net... le choix était vraiment difficile. Finalement, choix fut pris de poursuivre cartes mains : je n'allais pas baisser les bras aussi vite!


Pour trouver un semblant d'équilibre, je sortais tous les soirs sur les quais et organisais un boeuf musical au même endroit. C'était vraiment sympathique, je retrouvais souvent les mêmes têtes et de nombreux nouveaux nous rejoignais. J'avais bien compris le pouvoir de séduction du saxo et je comptais bien m'en servir. Je venais de récupérer un appart' en sous locations et pouvait enfin me mettre bien. Les beau jours sont là, et les festivals commencent. Je commence à découvrir un autre monde s'opposant diamétralement au poker, celui de la musique, et celui ci m'attire grandement, tout d'abord en tant que spectateur. J’enchaîne alors les festival electro et les free party. J'avais besoin de rattraper le temps perdu et le manque de lien concret après des mois passé derrière un écran. Je m'évade dans les basses, et dans la MDMA qui commence à couler de plus en plus souvent dans mes veines. Je choppe à droite, je choppe à gauche, bref je me lâche, les pupilles s'écarquilles frolant l'explosion, le corps se syncope comme jamais il ne l'avait fait, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, "JE VOUS AIME!!!" ai-je envie de hurler à tout instant. Les cartes me demandaient un sérieux auquel j'avais de plus en plus de mal à m'astreindre réduisant de plus en plus mon capital... Il fallait que je me fasse à l'évidence, je devais arrêter au risque de perdre l'intégralité de ce que j'avais monté. Certes il ne s'agissait que de 200€ d'investissement à la base, mais là il me restait 4k, et je voulais en faire un usage plus intéressant que d'en faire don au premier requin que je croiserais sur les tables.



Comme à chaque fin d'été suit la rentrée, sans réel projet, mais avec la seul idée que je n'avais pas envie de re bosser pour quelqu'un et malgré tout d'arrêter le poker. Je me vois proposer par des gens rencontrés sur les berges de monter un groupe de musique... "Pas de patron, on fait de la musique, on compose, on crée... Ca pourrait le faire." pensais-je. Les mecs m'assure vouloir monter un truc pro, "On fait 3 répètes par semaines, et on est chaud" ils ajoutèrent... Le soir où ils me firent cette proposition, nous jouions sous le pont de l'Université sous une voûte en pierre donnant une acoustique d'église, ça pue la pisse de clodo, mais le son est bon. Alors que mes compagnons de zik font un break, un couple s'approche de moi : "Hey, you play very nice man" "-thanks" "- Could you play Amazing Grace for my wife please" "Heu... why not, I can try". Je ferme les yeux pour me concentrer, je ne connais le morceau que d'oreille, mais dès que la première note sors de mon pavillon, les autres suivent sans hésitation. Quand je termine, j'ouvre les yeux et voit le couple de cinquantenaire ému au larmes, me remerciant chaleureusement. L'homme s'approche de moi et me tend un billet vert, ce n'était pas un vieux dollar mais bien billet de 100€. Je suis surpris et gêné, j'ai du mal à l'accepter, d'ailleurs malgré l'insistance répétée de cet homme, je ne le prendrais pas... surement par pudeur de ne pas l'avoir mérité. Par contre cette action me confirma qu'avec mon instrument, j'avais la capacité de transmettre de l'émotion et que les gens étaient prêt à payer pour ça... "Ok cette fois je me lance dans la musique"!

Je me lançais encore dans un pari fou, aussi stable que le poker et aussi sur qu'un coin flip. Je décidais de garder le fond de mon grisbi pour acheter un nouveau saxo qui remplacerait ma vieille guimbarde ainsi que pour assurer quelques semaines de survie. Je passais dans la tête des gens d'un statut de gambler fou au statut de saltimbanque... Bref la stabilité n'était pas pour demain!!
 
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 GOOD VIBRATIONS
Posté le: 06/03/2017 21:49 par Coloscopie
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GOOD VIBRATIONS

Dans l'article précédent : "From couvreur to player", je vous décrivais à la fois l'ascension de ma bankroll, et la stagnation au point mort de contrats dans le domaine du journalisme poker. Le choix était fait : j'allais devenir joueur de poker pro! Je me considérais déjà prétentieusement comme un grinder online, mais maintenant il fallait convertir l'essai. A nous le live, à nous le WIPT, à nous la gloire, la lumière et les 100 000 boules!

Mais étais-je vraiment prêt? N'étais-je pas sur-confiant? En effet n'ayant pas réussi à gagner de ticket pour la finale, j'allais jouer ce tournoi en payant directement les 550€ de droits d'entrée. Le buy in le plus cher que j'avais raqué jusqu'ici était un 80€ du Dimanche lors de la grande époque du Vic' à Londres. Certes j'étais serein, je n'étais pas non plus en mode gamboul à investir l'argent que je n'avais pas, mais 500 balle, ça représentait une sacrée somme. J'avais prévu de revendre 50% des parts, mes potes sont intéressés, pas spécialement parce qu’ils croient en moi et parce qu’ils pensent qu'ils vont tiré un benef', mais plutôt pour me donner un coup de pouce craignant pour ma BR. Après mûre réflexion, je retirais ma proposition, ne voulant pas pour mon premier tournoi avoir à subir la pression des potos et me faire vraiment plaisir. Si je faisais de la merde ça ne concernait plus que moi.

Quelque jours avant le départ, je me rends compte qu'en fait je ne suis pas si confiant que ça... Le signe? Un crise d’hémorroïde aiguë m'empêchant de m’asseoir, pas ouf pour un jeu qui se joue assis pendant des heures. En plus avec ma vieille visa electron je galère à payer mon entrée sur internet... "Qu'à cela ne tienne je jouerai le dernier satellite la veille du Day 1A directement au cercle". Histoire d'éviter les galères d'argent, je m'assure de retirer 750€, je ne suis pas super tranquille à l'idée de me balader avec autant de cash sur moi, ce qui n'arrange pas l'extra dilatation de ma veine anale. Après deux heures de train, me voici arriver sur la capitale. Je pose mes affaires chez un pote, passe rapidement faire un tour à Gallieni histoire de faire le plein de calmant, et file direction le cercle. Je m'installe sur le sat' à 100€... c'est la merde, rien ne se passe comme il faut, je ne comprends pas les plays et les showdowns, bref... l'adaptation au live sur une structure rapide était loin d'être évidente. Résultat : je gagne le droit de m'inscrire sur liste d'attente "Ah et je peux m'inscrire maintenant?" "- Non monsieur, il faudra que vous soyez présent demain assez tôt" "- genre?" "-8h... voir 7h30"... A 23h30 je rentre en vitesse me coucher, m'enfile une cigarette de calmant naturel et m'endort.

A 6h quand le réveil sonne je saute du lit, file sous la douche, claque la porte du 14m² de mon ami et trace direction Clichy. Il est 7h15, je suis deuxième mais les portes du cercle ne sont pas ouvertes. Ca caille, je grelotte comme un porc, j'enchaîne les clopes et tchatche avec les autres types qui font la queue comme moi, celle-ci se rallonge rapidement. Au bout d'une heure et demi, alors que mes doigts de pieds commencent à me lâcher on nous fait enfin rentrer pour nous inscrire. "On vous appelle dès qu'une place se libère", je prends mon mal en patience, et me pose au Starbucks histoire d'engloutir un laxatif suffisament puissant pour me vider de mon stress. La structure est belle et je savais que les joueurs n'allaient pas s'emballer directement. Je commençais à craindre d'être monté pour rien, mais 1h30 plus tard je reçois un texto du cercle, me disant que je pouvais venir récupérer mes jetons. Ca y'est, j'y étais!!! Je vois mes 500€ se convertir en une petite pile de jeton et reçois à ce moment là un texto de mon pote Chybron : "J'ai investi 10% sur ta gueule, le virement vient de partir" ... il fallait faire fructifier tout ça!!


(Le Cercle Clichy : un cadre idéal)


Je m'installe à ma table, je crève encore de froid et suis installé directement à côté de la porte des chiottes. Dès que celle-ci s'ouvre mon odorat me fait comprendre que je ne suis pas le seul à être tendu. Je repère directement Damien Lhommeau assis en face de moi. tandis que les autres me semblent inconnus. "Ok mon gars joue la tranquille, ten handed, les blinds durent 45 minutes, t'es pas pressé." je me dicte un plan de jeu stricte et simple, SOLIDE, SOLIDE, SOLIDE! Je rentre dans deux trois coups, et me maintient. Ca relance beaucoup, large et cher par rapport au montant dont j'ai l'habitude sur le net. J'ai ramené le combo "fish spotted" avec les lunettes de soleil, le sweat à capuche et les écouteurs, non pas pour jouer avec mon image, mais juste parceque je savais que si jamais je bluffais, j'aurais beaucoup de mal à l'assumer physiquement. Lors-qu’arrive le premier showdown dans lequel je suis impliqué je montre les AA sur un board assez safe, j'ai les mains moites pour un pot à 3000 jetons. Puis arrive un coup assez ouf après la pause : sur des blinds 150/300, UTG ouvre 700, payé trois fois, la parole me revient en big blind et j'ouvre KK, je place un 3bet assez cher genre 2400, la parole revient au joueurs UTG, qui, armé de son patch WIP envoie 6000... j'ai les deuxième nuts préflop et commence déjà à imaginer le pire, mais je ne peux pas folder, je ne vais pas me débiner comme ça. Je sers mon sphincter et pousse 11k, le mec tank un moment et décide de call, il me reste 14k derrière. Le joueur est assez actif, mais ne fait pas n'importe quoi, et ici j'espère qu'il n'est pas en train de m'attraper avec les AA. Le flop vient T K 9 tout à trèfle, malgré mon brelan je suis en sueur intérieurement, le but était de ne pas passer pour un guignol : "ALL in"... mon adversaire est embêté, il retire ses lunettes de soleil et me scrute... je me dis que si je ne suis pas snap c'est que c'est bon, le temps passe... une minute, puis deux, mes mains ruissellent, ils regardent ses cartes, et les pousse en direction du muck, ca y'est le tournoi était lancé!!! Mon image solide ainsi que de bonnes rencontres me permettent d'engranger des jetons. La table ne casse pas de la journée, et je grimpe à 60k, à la fin du day. La satisfaction de passer le premier jour est phénoménal ; la fatigue aussi, je suis lessivé et j'ai mal au crâne, le réveil à 6h30 se fait sentir. Mais bon maintenant j'ai un jour de repos avant de reprendre, je peux enfin savourer le moment en buvant des coups avec Chawips et Def dont je fais enfin la connaissance.

Je profite de ma journée de repos pour visiter le Louvre avec mon ami qui a la gentillesse de m'héberger, et nous nous baladons dans cette ville que je ne connais que trop peu. Le soir, en revanche, pas de sortie car le lendemain 10h il fallait faire fructifier notre capital. Je suis âprement soutenu par mon équipe King 5 les "Jacks own 5" à qui je ferais ce compte rendu du jour 2 :

" J'ai bien galéré toute la journée, je perds 2 coups et retombe a 8bb après 2h... pas top pour la confiance. Du coup 8bb au bouton, le shove avec A2piques est automatique quand un mec ouvre en milieu de parole pour 2bb, le mec se tate et me paye avec 109piques, ca tient et on regrimpe. Puis j'ouvre juste après AK, je reshove et reviens a 24bb, (ouf sa respire mieux). La table casse, et je me retrouve à une table bien stackée. Je m’aperçois que le mec a ma gauche est un ouf malade de maniaque. Je fold tout pendant 30min, et trouve JJ en bb. Le bouton pas mal agro sur le peu que j ai pu voir relance à 2.5bb quand j ai 20bb (et oui les blinds et ante 1200/2400/200 commençaient à picoter) Je shove, le mec se tank, réfléchit, se touche la nouille, les oreilles, l'anus et les yeux et se décide à call, avec A10o. Respectés, Les Jacks Own!! Je continue a ne jouer que très peu de coup et évite au maximum le mec hyper agressif toujours assis a ma gauche. j'oscille gentillement autour de 80k au break en ayant pris deux 3 petit pots pour subsister. Un bon Quick avec Def histoire de prendre bien des calories, et prendre 2-3 conseils du phénomène. Au retour, je tope une petite paire d'As (celle qui fait bien plaisir) en bb. Le bouton relance a 8.4k sur des blinds 2/4k, je slow play et just call, flop Q95 il continuation bet classique, je lui reviens dessus pour 21.6k, et vazy que ça tank, et vazy que çà parle, et vazy que ça questionne, avant de fold sa main. Ce petit pot me fait passer le cap des 100k. Arrive alors un énorme coup, le genre de coup compliqué en fin de journée qu'on a pas envie de jouer. Les blinds sont à 2/4k, il reste 10 joueurs a sortir avant la fin de la journée, j'ai un peu plus de 30bb; tout le monde fold et je suis de petite blind. Le mec que j ai attendu toute la journée est là à ma gauche, très agressif il relance un pot sur trois. J'ouvre KQo et relance 8k en bataille de blind, bien entendu notre ami call. Flop A95 rainbow un flop qu'il n'a jamais touché selon moi, je check en pensant lui revenir dessus s'il bouge une oreille (ne l ayant pas joué et ayant vraiment joué tight je peux facilement représenter un A). Contrairement à mon plan il check. Bon... une carte gratuite, la croupière (plutôt mimi) retourne un 10, ok bon j'ai un tirage et surement 2 cartes vivantes. Mon plan devient de check et de call pour pouvoir représenter l'As river en misant, sachant que je tire toujours KQ pour être devant. Le mec mise alors 16k, je call. River Q, du coup je me dis qu'il faut je reste fidèle a mon plan. Le mec s’exécute alors et me fait une petite surprise bet ...: ALL in!! WHAT THE FUCK??? le mec me couvre et il reste peu de personne a sortir, si je lâche le coup je retombe a 75k, ce qui est encore jouable bien entendu mais bon... Je prends alors un très long temps de réflexion... c'est mon tournoi, mes deux jours de labeur et mes 500 boules qui en dépendent... mais cette fois je saisis me cojones et décide de suivre mon read : Gros bluff... "Ok je call" et le mec insta muck... "Désolé mec, mais j'ai payé pour voir..." lui dis-je : dégoûté, il retourne k4 pour un énorme spew. Je monte alors 220k. La main suivante m'apporta 44 tout le monde couche je ouvre au bouton, le mec en plein tilt push je call 40k, il a J10o et trouve une flush... bon du coup on s en fout, on est laaaaaaaaaaaaaa!!"

Cette fois le tournoi est sacrément embarqué! Passé le day 1 c'était déjà satisfaisant pour mon premier live, mais le day 2 dans ces conditions c'était jouissif. A ce moment là je comprends les pros qui parlent d'un marathon, lorsque je sors du cercle à 17h, je suis vide... tel un zombie je marche machinalement vers le métro, mon cerveau est en stand by à la fois perdu dans le souvenir des mains jouées à la fois dénué de toutes pensées. La reprise se faisant le lendemain à 15h, j'avais tout le loisir de célébrer le fait d'être là au troisième jour, avec un stack de 171k me classant 46/203 joueurs restant.

Lorsque sonne le coup d'envoi du day 3, je suis confortable, 160 joueurs seront payés. En temps normal, un reg jouerait agressif pour profiter de la bulle, surtout contre ce genre de field semi amateur, moi en revanche j'étais trop proche de l'argent et je pensais être trop exploitable pour rentrer dans des coups. La bulle durera une éternité, 40 minutes de main par main, quand enfin elle explosa, ce fût un énorme soulagement, j'étais assuré de 900€, mais j'avais le stack pour faire bien plus. Déjà que j'étais serré comme une thailandaise de 3 ans, je me retrouvais à ne plus rien jouer du tout : les tapis partaient à tout va. Les joueurs sautent et mon stack fond, petit à petit. Je suis déplacé à la table de Vanessa Hellbuyck et de Nicolas Levi ! Je me retrouve avec des mecs qui ont fait des tables finale WSOP, des types que je suivais à travers les coverage, et là ils étaient à ma gauche... le kiff et l'horreur... une fois le flop tombé, je ne comprends absolument plus ce qu'ils font. Je tombe petit à petit à 11bb avant de réussir à remonter à 20 belles blinds et je finis la journée dans une sueur sans nom, mais toujours là. J'ai l'impression d'être Highlander, je me prends même à y croire même si les espoirs sont minces, en effet je suis à ce moment là 40/51 joueurs. Le soir j'ai beau comme tous les autres soir ne plus avoir de force, je ne parviens pas à trouver le sommeil. L'adrénaline que cette odyssée générait était d'une puissance difficilement égalable.

Quand on me passât au quatrième jour le bracelet bleu autour du poignet, je me sentis privilégié d'être au moins arriver jusque là. En effet la chance de ne pas déchatter dans les moments critiques n'était pas donner à tout le monde, et moi j'avais surfé sur la vague de variance positive qui m'avait mené jusqu'ici. Lorsque je regarde le seat draw je vois la mention "Table TV", j'appelle directement mon groupe d'amis qui me suivent via Facebook et leur dit d'allumer leur ordi et de se connecter au stream, j'étais fière de pouvoir leur montrer qu'au poker il y avait peut être une place pour moi. Je me retrouve avec CroqueMonsieur et la détentrice du bracelet WSOP du ladies event 2010... "Ok mec, joue la serré comme tu sais faire"... je m'installe à la table, les caméras sont braquées sur nous, je ne sens pas franchement de stress : j'ai déjà fait bien mieux que ce que j'espérais à la base, je n'ai juste pas envie de faire de la merde, des yeux me regarde maintenant. Guillaume Glaize annonce le "Shuffle up and Deal", je couche la première main, et touche dès la deuxième distribution QQ en BB, UTG relance deux fois la blinds, tout le monde couche et ça revient jusqu'à moi. J'ai zéro info sur ce joueur, mais je me dis que relancer dès la deuxième main dans cette position indique beaucoup de force, je décide 3bet, le mec tank un peu et décide de shove. J'hésite : "Putain ça ferait chier de sortir dès la deuxième main", "En plus y a les potes qui regardent... Putain!!! Qu'est que je fais, il me reste 10bb, si je fold j'ai encore de la fold equity, si je call c'est peut être un flip, sinon je suis rarement devant..." "En même temps, t'as pas QQ tous les jours..." C'est sur cette décision finale que je décide d'investir mes derniers jetons. Sans surprise mon adversaire montre KK et s'en suit un board anodin... C'est la fin. Je terminerais 49/1222 joueurs, empocherais 1600€ en cash (entraînant le retour des hémorroïdes) et inscrirais ma première ligne Hendon Mob (Spoiler : Y en aura pas d'autres).


(En compagnie du futur vainqueur Sowclet)


Ce tournoi fut extraordinaire, je voulais me mesurer aux pros, aux regs et aux amateurs, et j'avais réussi mon paris : celui de ne pas être ridicule. J'avais affronté des joueurs de renommée mondiale, bu des coups et découvert les membres de ma team online, et surtout j'avais tenu l'endurance de la variance. J'en étais maintenant persuadé, ma carrière de joueur pro, n'en était qu'à ses débuts... Comme je me trompais!
 
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 FROM COUVREUR TO PLAYER
Posté le: 22/02/2017 12:34 par Coloscopie
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FROM COUVREUR TO PLAYER

Dans l'article précédent "Tintin au pays des ibères", je vous racontais comment je m'étais lancé dans l'aventure des coverages. Barcelone m'avait ouvert les portes de son EPT, et mes articles postés sur wam-poker avait un peu plus de visibilité que sur facebook. Maintenant il fallait décrocher du contrat et convertir l'essai.

De retour de Barcelone j'ai beau atterrir sur le tarmac de l'aéroport de Saint-Exupery, je suis toujours sur mon nuage. J'avais réalisé un rêve, celui de relater un tournoi international de poker. Je me remémorais mes journées, mes rencontres, et relisais mes articles afin de voir ou ils étaient perfectibles. Alan, un journaliste norvégien, m'avait filé des contacts qui potentiellement cherchaient des couvreurs. Je commençais à postuler, à prendre contact avec toutes les revues spécialisées, mais les réponses tardent à tomber... en vérité elles n'arriveront jamais.

Je suis à ce moment là un parfait vagabond, je n'ai pas de chez moi, je vogue d'appart' en appart' chez qui voudra bien m'héberger chaque soir. La tune que j'avais mis de côté en saison, et les deux trois perfs qui me maintenaient à flot, se sont volatilisées. Il ne me reste plus qu'un mois de chômage... Le spectre de laisser tomber cette opportunité de carrière commence à se profiler, et il était hors de question de retourner faire de la vente ou de la restauration, j'avais assez donné de ce côté là... Il fallait que je continue à alimenter ma maquette, que je cherche d'autres coverage, ça allait bien payer à un moment... de toute façon il fallait que ça paye! Le WIPT et son énorme démarrage à la Vilette se profilait pour Novembre. Sentant la bise de l'hiver financier venir, je ne pouvais pas imaginer aller couvrir l'EPT Prague ou San Remo (dommage parceque couvrir l'exceptionnel run de mon idole Ludo Lacay eut été énorme). Par contre dans mon esprit couvrir ce lancement du WIPT était une nouvelle preuve de motivation auprès de l'entreprise au W rouge pour leur montré que s'ils avaient besoin, j'étais là et que j'en voulais ma race!!!




(WIPT la Vilette une épreuve impressionnante, surtout pour mes jambes)


En attendant je joue. A ce moment là sur Wina, le top shark Mikedou entreprend un challenge, celui de monter la plus grosse bankroll en partant de 200€. Il écrit un blog dans lequel il détaille son volume, sa stratégie et sa gestion de BR. "Après tout c'est vrai que la discipline semble être la clé, j'ai encore 200€ à investir, je tente la même expérience en parallèle". Je me lance à corps perdu dans ce challenge, je fais énormément de satellites mais rien ne rentre... rapidement les 200 balles de base se réduise comme peau de chagrin, ça commençait à sentir la merde à plein nez, et je me revoyais déjà repartir derrière une plonge à gratter de la graisse. Alors que je monte à Paris avec un pote pour assurer le coverage de l'étape parisienne du WIPT, je me retrouve la veille du tournois à jouer un 6 max club 10€ sur Pokerstars et termine 3ème pour un gain de 700€. Une couverture plus une petite perf, ça ne pouvait présager que du bon.

Quand j'arrive dans les Halles de la Vilette, je prends conscience de l'ampleur de l'événement... 2000 personnes, des tables à pertes de vu, des pom pom girl en roller qui trémoussent leurs bowl devant mes yeux, les joueurs du team, et l'inévitable Patrick. Armé de mon calepin, j’enchaîne les bornes et je me fais alpaguer dans tous les sens : "Hey Benjo, viens voir y a un coup à raconter ici"... "Heu... ouai balance, par contre désolé mon pote mais moi c'est Arthuroo". L'ambiance est bonne, Rémi Gaillard fait le con, y a des bières gratos pour ceux qui sont dans l'espace VIP, bref une expérience au top. Je partageais de grosses discussions avec Paco et Junior (qui réalisent dans la tête d'un pro) et je mesure à quel point les types sont cool, mais également d'un professionnalisme de fou. Je n'avais qu'une envie, rejoindre cette équipe de ouf, mais visiblement il n'y avait plus de place...

Je rentre chez moi, enfin chez moi.... chez mes parents qui m'hébergent gracieusement à la cambrousse en attendant que je trouve quelque chose. Le soir je fais ma session habituelle et décroche un nouveau billet de 600€... ça y'est je commence à croire de nouveau en moi, en mon étoile, et dans mon talent. J'ai alors 1100€ de BR, et voyant que côté journalisme les choses ne se débloquent pas trop et que je ne pourrais pas attendre ad vitam eternam, je me dis : "Mon gars, c'est le moment, lance toi!". J'entreprend alors de faire les choses correctement et la première des choses était d'en parler directement à mes parents. J'étais frileux à l'idée de me prendre une leçon de morale, mais bon le leur cacher eut été totalement contre productif. A l'heure du repas je me lance : "Bon, je voulais vous dire, que j'ai monté un pécule de base et qu'en attendant que le journalisme décolle, j'ai vraiment envie de tenter ma chance professionnellement carte en main..." ... Silence... mon père avec son habituel poker face, commence au bout de 30 secondes à remuer l'épaule droite façon Sarko, j'en déduis un signe de nervosité. Je poursuis en expliquant que cette fois il ne s'agit pas d'addiction, que j'ai compris comment géré mon argent avec une gestion de BR sérieuse. Après tout cela faisait maintenant un moment qu'ils voyaient que je continuais à jouer de l'argent au poker sans en perdre me permettant même de me financer des voyages à Londres et Barcelone. Après avoir tirer une gueulle de six pieds de longs j'eus finalement leurs bénédiction : Maintenant il ne fallait pas les décevoir, j'avais toutes les cartes en mains pour prouver à ma famille et mes potes que j'étais capable de vivre du jeu.


(Mes parents quand je leur parle de mon nouveau projet)


Je commençais à enregistrer mes sessions, à faire des reviews, je regardais toujours plus de vidéo, et surtout je jouais un volume conséquent comme tout joueur qui se dit pro. Levé 12h, je déjeune correctement, hop je me pose sur les softs et embraye des satellites tout l'après-midi qui me permettront de jouer les tournois du soir à moindre coup pour des dotations plus alléchantes, et me couchais entre 1h et 5h du mat'. Arrive alors le moment de l'euphorie, je gagne le big 20 et fait trois belles performances dans le même mois en faisant 2ème du 6 max club 50 et en gagnant deux fois ce même tournois. La BR s'envole : 12k€!! Je n'en reviens pas moi même, mes potes sont sous le chocs, je commence même à entendre : "Arthur, Tu veux pas me coacher stp? J'aimerai bien gagner des sommes comme ça". Je comprends alors que la plus part de mes potes ne se rendent pas compte que j'ai joué cinq ans à perte avant d'être gagnant, l'équivalent en année d'un Master.

De mon côté je savais que j'étais dans un rush indécent, mais j'étais certains que j'avais compris quelque chose de plus à ce jeu. Il fallait que j'en fasse profiter les autres, me vient alors l'idée de faire des vidéos que je prévois de mettre sur Youtube, je me prends déjà pour un Cuts ou autre Nicolas Levi. Et me voici à enregistrer toutes mes sessions en les commentant, ce qui me force à me concentrer et c'est plutôt efficace pour perfer malgré des réflexions assez simplistes quand on regarde après coup. Mes parents eux sont à la fois médusés, amusés et rassurés. Ils ne savent pas spécialement quoi penser, d'autant plus que leurs amis me voyant réussir ainsi commencent eux aussi à me pousser dans cette voie. Je tente même d'expliquer à ma mère le poker et la notion de calcul de prise de risque. Je fais ça à 6 left d'un 6 max à 50€, c'est à ce moment là que je comprends toute l'aversion de ma génitrice pour le jeu. En effet alors que je suis assuré d'un gains de 400€ je vois son visage se transformer dans un mélange de peur et de dégoût sur chaque mains dans lesquelles je rentre.

La tune grimpe mais en revanche côté journalisme ça ne décolle pas. Je passe un entretien avec Micheal Michelin de Pokerstrategy, mais cela n'aboutira pas. Je me dis que ce n'est pas grave au final puisque d'ici peu c'est moi qui jouerai un EPT. Avec la tune, je ne fais pas le con, je comprends que la roue de la fortune peut rapidement se retourner et malgré quelques plaisirs comme un petit voyage je ne touche rien. Socialement, le fait d'annoncer à un où une inconnue que je joue au Poker professionnellement lorsqu'il ou elle me pose la question "Que fais-tu dans la vie" m’amène des regards d'admirations, d'intrigues, et d'excitations. J'avais toujours rêvé de ce style de vie, mais je n'y croyais plus, ça me semblait impossible, et là... je le vivais, c'était magique.

Avec une telle confiance, une telle réussite et une telle envie, il me fallait maintenant me tester au live. Le WIPT approchait à grand pas, avec ses qualifiés, ses regs et ses pros. Il me tardait de voir l'ambiance et de me mesurer à tout ce beau monde.
 
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 L'HEURE DU BILAN : 3 Mois - La volonté ne fait pas le poids
Posté le: 14/02/2017 17:34 par Coloscopie
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L'HEURE DU BILAN : 3 Mois - La volonté ne fait pas le poids

3 mois, des hauts, des bas, un challenge que je me suis lancé, et si j'ai mis longtemps avant d'écrire ce compte rendu, c'est qu'en ce mois de janvier j'ai complètement sombré.

Je rappelle le challenge de base : financer mes parties de poker en allant jouer du saxo dans la rue pour éviter que le jeu impacte mon compte en banque.

Du coup très simple, au mois de janvier je ne suis pas du tout sorti. Bon on ne va pas se mentir il faisait très froid, surtout par nos contrées rhodanienne. Les doigts et les balls faisaient communément grève pour animer la calle de quelques notes de musique. Evidemment au vu de ma personnalité vous avez compris le dilemme : "mmmm j'ai bien envie de jouer... qu'à cela ne tienne je repousse le challenge aux beaux jours, en attendant je crédite..." Hé oui le bon vieux choix de facilité, même quand je sais à quel point celui-ci peut rapidement me ré-entrainer vers le fond.

Je me rassure début janvier en me disant : "Boaf, après les fêtes de Noël, tu peux faire trainer un peu la dynamique de jeu, kiffer, en plus il y a les wina series". C'est vrai que l'offre proposée par le Wina est vraiment alléchante et qu'il faut une volonté d'enfer pour qu'un mec comme moi y résiste. J'ai conscience de la part de mon compte en banque que je peux raisonnablement investir sans que celà ne m'impacte trop, alors je modifie mes limites de jeu sur le site. Mes 15€ hebdomadaire qui sont déjà hors limites de challenge sont effacées et remplacées par un montant bien plus important, j'augmente le dépôt à 50€ ! Certes la somme peut encore paraître dérisoire, mais déjà pour moi elle ne l'est pas tant que ça, et surtout c'est le début d'un phénomène de marchandage avec moi même qu'il va falloir gérer.

Bon les séries ne se passent pas top. Ca ne perf pas trop, mais au moins je prends vraiment plaisir, je ne suis pas non plus stresser par la perte de mon argent, ce qui me permet de jouer mon jeu, et d'éviter de serrer les fesses dès que je rentre dans un coup.

Un après midi alors que je bosse de la maison et que l'activité n'est pas spécialement follichonne côté boulot, je m'accorde une pause : "Bon et si je me lançais un Digestif"... C'est pas comme si je ne savais pas que ce tournoi durait 6-7h et que mon après midi de boulot était pourrie dès que j'avais succombé à l'idée de jouer. Dans un premier temps je gère le marchandage avec moi même en me disant que je rattraperai le lendemain le boulot que je n'avais pas fait le jour même : JEAN MICHEL PROCRASTINATION BONJOUR!!!!! Je m'applique, je passe les 3/4 du tournois entre 8 et 20bb avant de connaître ZE rush! J'atteins la table finale, et suis même chipleader à 4 joueurs left avant de perdre 3 flips à tapis préflop... je termine quatrième et empoche un billet de 1000 balle.

Le soir les potos à qui j'apprends les bases du poker sont là, ils me félicitent, n'en reviennent pas qu'on peut gagner autant d'argent... mais ils ne voient pas l'envers du décor avec les heures passées et la journée de boulot gâchée avec ce que ça implique : mon employeur me paye, se saigne et me fais confiance pour que je bosse en télétravaille, et moi.. je joue. Ma copine saisit tout de suite le risque de ce gain, elle tire déjà la moue quand je lui dit que j'ai laissé 60€ sur le compte.

La suite n'est qu'une escalade dans la compulsion. Déjà il y a le classique spew d'après perf, dans lequel je fais n'importe quoi à n'importe quel buy in, faisant partir 150€ en deux jours. En plus la finale du WIPT approche, et j'ai vraiment envie de la jouer, c'est LE tournoi live que je veux jouer. Il y a des sats à 50€, je me lance alors le challenge de m'y qualifier en faisant des steps à 2€... ça marche, pour un investissement de 50€ je choppe 3 tickets, mais je commence en revanche à vraiment repasser du temps sur le jeu. Tout est pour moi prétexte à jouer, et j'ai conscience que ma copine qui ne dit mot sinquiète, mais je continue... Je n’accrocherai pas ce ticket pour la finale. Tout devient noir, mes idées, mon estime, ma vision des choses au poker comme ailleurs.

Cette fois j'ai compris : "J'ai beau avoir la motivation, et avoir une volonté de fer à un instant T, je suis trop vulnérable tout seul pour me sortir de ce fléau : JE DOIS ME FAIRE AIDER". J'appelle un centre d'addictologie et prend enfin rendez vous (le challenge a commencé en octobre). Le rendez vous aura lieu un mois plus tard le 13 février, la veille de mon anniversaire. J'ai en parallèle appelé le numéro SOS JEU EN LIGNE, car même si ça semble cas soc' je préfère admettre et affirmer véritablement être addict et me donner les moyens de me faire aider convenablement.

Deux jours avant mon entretien, je commets un terrible acte manqué : "Ou est passé le papier sur lequel j'ai noté le lieu et l'adresse du rendez vous?" Je n'arrive pas à refoutre la main dessus, je me dis que ce geste n'est pas annodin, d'autant plus que le centre ma prévenu "On ne prend normalement plus de premier rendez vous, donc si vous ne vous présentez pas à votre entretien nous ne pourrons pas vous en garantir un suivant." Je me liquéfie. J'appelle tous les centres que je trouve sur le net... Personne ne me trouve dans ses agendas, je pleure, je m'en veux. Finalement mon dernier appel, ma dernière chance est la bonne, ce sera le CSAPA de Villeurbanne.

Mon rendez vous se fera avec un addictologue avec lequel l'écart d'age n'est pas énorme et dont la conversation simple me mettra en confiance. Il m'explique les phénomènes qui se passent dans mon cerveau, et les mécanismes qui permettent au démon de rester accrocher. Il m'explique que le poker est une partie de ma personnalité, autant que la musique, l'intérêt pour la politique, l'économie, et mes autres centres d'intérêt. Il compare cela à un panel de couleur et m'explique qu'il s'agit "juste" d'arriver à équilibrer ces teintes, car la "couleur" poker coule pour l'instant sur les autres en les surpassant effaçant les nuances nécessaire à mon équilibre. Il me faut organiser mon temps autrement, ne pas tomber dans les même panneaux que dans lesquels je ne cesse de tomber.

Bien entendu c'est un combat sur le long terme que je m'apprète à mener, il y aura d'autres rendez vous. Je suis content d'avoir fait cette démarche, car ce n'est pas à mes proches ni à mes amis de m'aider, ceux-ci n'auront pas toutes les clés. En revanche avoir un professionnel, un mec dont c'est le métier d'aider les addict aux jeux à s'en sortir autour de moi me fera le plus grand bien. J'ai bien conscience qu'il n'y a pas de potion magique et qu'il va falloir que je me batte... Alors c'est parti, on lève la tête, on bloque les poings au niveau du visage...


READY? FIGHT!!!



(PLUS JAMAIS CA!!!)
 
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 Tintin au pays des Ibères
Posté le: 31/01/2017 00:54 par Coloscopie
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TINTIN AU PAYS DES IBERES

Dans l’épisode précédent « Amateurisme et opportunisme » je vous expliquais comment, au gré de rencontres insolites, je me lançais dans une nouvelle carrière. Je quittais Londres une dernière fois avec une avancée dans mon projet. Enfin je tenais un article pour commencer le journalisme poker : une interview de Tristan Clémançon, à Barcelone, à la reprise de la saison EPT.

Le retour en France en été, alors qu’il fait beau et chaud, avec les potes bouillants de sorties fut parfait. J’avais sous loué l'appart' d’amis partis en saison pour l’été, ce qui me permettait de continuer de grinder gentillement, et surtout d’être seul, au calme… Une situation jamais vécu jusqu’à présent. Je book rapidement mes billets pour la capitale catalane. Je me disais que je pouvais également profiter d’être sur place pour faire un coverage du main event. Je venais de m’engager dans une Team du nom des Winariens, avec quelques phénomènes type : xdef93000, Sowclet, Francisco83, Woody All in… Appuyé par la team je fis une demande d’accréditation presse auprès de pokerstars, qui m’y répondit favorablement. PETE SA MEEEEEERE !!!! HIT COMBO : l’interview d’une star montante plus un reportage sur l’un des tournois les plus attendus et des plus appréciés c’était la gaule du siècle !!!


(le précieux sésame)


Histoire de passer le mois de juillet à ne pas glander, j’avais un rejoint un bon ami à moi qui était mono dans une colo au bas des gorges du Verdon. Deux semaines, à bronzer, gueuler, draguer, boire, draguer, animer, courrir après les gosses, boire, draguer, gérer les problèmes de couples des colons, boire. Un séjour mode "Nos jours heureux", qui me permis de faire un break et de prendre du recul avec les cartes, afin de profiter simplement.

Un mois plus tard j’étais paré et motivé comme jamais. Je demande à mon pote Chybron de m’emmener à l’aéroport. Trois jours avant de partir il me demande : « Ok !! C’est à quelle heure déjà ? » Je regarde sur internet… impossible de trouver mon billet aller. WHAAAT ??!! Je regarde mes commandes précédentes et constate avec effroi que m’a réservation avait été faite pour le 18 juillet au lieu du 18 août. Putain mais quel boulet, même pas foutu de réserver correctement pour une chose aussi importante. J’étais rentré pour éviter des frais à la con, et me voilà à devoir raquer double mon billet. De toute façon la question d’annuler mon voyage était proprement hors de question ! Le voyage commençait bien…

Trois jours plus tard je me retrouve dans l’avion, et je n’y crois pas : « Je suis vraiment en train de le faire … » J’allais enfin les côtoyer, toutes ces joueurs que je suivais derrière mon écran. Je pourrais leurs poser des questions, voir leurs coups, les suivre, vibrer en live. Je m’étais réserver un pieu en auberge de jeunesse à côté de la Rambla. Le temps de poser les affaires, et d’écrire mon article de présentation me voici pris dans un mouvement de foule : « Yo mec ! C’est les fêtes de Sans, c’est vraiment à pas loupé… » Je comprenais déjà comment ce style de vie pouvait convenir à des Benjo ou d’autres couvreurs. Alors que j’avais prévu de me la jouer soft, je terminais à 4h rond comme un ballon la galette au bord des lèvres.

Lorsque le réveille sonna à 10h le lendemain, j’avais beau avoir la barre au crâne, j’étais chaud, ready à marcher et gratter toute la journée. En guise d’échauffement, je fis un petit parcours touristiques, avant de filer au Casino : Grave erreur ! Car sous le soleil de plomb catalan, la balade me fit arriver dans un état de transpiration intense. Pas spécialement top surtout si je dois approcher quelqu’un pour lui poser des questions. Je récupère mon badge et me rend en salle de presse, je croise Illari Sahamies qui va jouer la finale du 50k High Roller dans 5 minutes. Assis en train de tapoter sur son clavier, je découvre Harper, reporter émérite que je suis depuis mes débuts au poker. Je ne sais pas ou m’installer, visiblement les places sont attitrés mais parmis les Winamax, Pokerstrategy, Pmu et autres couvreurs, je ne vois pas « Winarien ». Harper me conseille d’aller voir la grande patronne des relations presse de pokerstars : la fameuse Mad Harper. « - Vous couvrez pour qui ? les Win nothing ? » «- heu… oui » « - Ok on va vous installer dans l’autre salle, mais il est possible qu’au troisième jour vous n’ayez plus de place et que vous couvriez du couloir » Je m’en foutais j’étais chaud les marrons. Je débarquais dans la salle que les reporter de PS avait investi. L’espace était rempli de caméras de ouf, Objectif de photographes high tech, des macs derniers cris… alors que moi je déballais gentillement mon appareil de touriste, mon bloc note de barman et mon netbook qui s’allumait sous 30 minutes.

Après m’être installé, c’est parti, je me lance dans la Miro Room. La salle énorme et remplie de table me fait sentir ce qui ne transparaît pas derrière un écran : le bruit des jetons, les chuchotements, la concentration qui transpire, et la transpiration en elle-même également. HOP !! Première table devant moi Arnaud Mattern, Martin Adeniya et Lex Veldhuis. Je dégaine l’appareil et saisi le moment. Un gros panneau annonce qu’il ne faut pas utiliser de flash, mais une faute de réglage de débutant envoie la lumière de l'appareil en plein dans leurs poires alors qu’ils sont au milieu d’un coup. Un peu honteux, je sors règler le truc rapidos, et me remet à mitrailler. Un day 1 c’est long, un day 1 c’est chiant, et mon but est de rendre tout ça dynamique. Du coup il faut que j’aille interroger du monde, mais j’avoue qu’ils m’impressionnaient tous. La déférence que j’avais pour eux, à force d’avoir suivi les runs des un des autres lors de WSOP, EPT ou WPT me rendait timide… « Bon ok, choisit un mec, mais pas un Random, après tout ils chient comme tout le monde ces gens là » … je scrute la salle, mes yeux se posent sur Lex Veldhuis avec 3 starting stack «Salut Lex, ça va ? » « - Ouai et toi ? » « Ca va, ça se déroule bien, il s’est passé quoi ? » Le mec me raconte le coup, je suis étonné de sa simplicité, très cool, je lui souhaite bonne chance. Cette première micro interview m’avait débloqué, elle m’avait fait comprendre que moi aussi j’avais le droit d’être ici et que les joueurs respectaient le travail des journalistes. Je découvre également les coulisses, avec l’ambiance en salle de presse ultra friendly, la rencontre avec Tapis Volant et Harper qui pour moi n’était que des signatures d’article ou des voix à la radio. Très rapidement je comprends que le monde du jeu est ainsi fait : Peu importe les sommes en jeu, ces types sont des joueurs, pas des super stars, et ils sont là pour jouer, à entendre « passer un bon moment ».

Le jour 1A fut une prise de marque, peu de français, mais je croisais quand même Jean Jacques Mars Isabelle Balthazar et Fabrice Maltez à la même table. J’interroge le trio français sur leurs progressions respectives, et comme tout le monde pendant deux jours ils me posèrent la question « Tu es qui ? Tu couvres pour qui ? » ils prennent le temps de discuter et d’échanger et Isabelle me dévoila le valet de cœur qu’elle garde contre son sein, avant de se recentrer sur le jeu. La journée se termine et je rentre à l’auberge. J’étais en plein kiff !!!

Au deuxième jour l’invincible armada débarqua ! Les Français avaient choisi cette session en nombre, et surtout, flanqué de leurs W rouge, le team Winamax faisait sa grande rentrée. Tous sont là sauf un… Tristan Clémançon… j’étais censé le rencontré sur l’étape, s’il n’était pas là ça allait être compliqué. Mais en fait, il avait arrêté le poker pour se lancer sur un nouveau projet : le food truck! En revanche un membre du team Winarien était présent : Francisco83. Il revenait d’un Vegas victorieux avec un Day 5 sur le Main, qui le mettait en pleine confiance. Le mec est super étonné de voir que la team à un couvreur mais est au top de se sentir soutenu. Je rencontre également Miguel Ventidos (mik22), qui après m’avoir demandé pour qui je couvrais, me proposa d’unir mes forces à celle d’Harper et d’écrire sur wam-poker. Et me voilà lancé sur le forum.

Les coups commencent à se lâcher, il y a de quoi écrire et faire réagir. Les échanges avec les autres journalistes se font spontanément sans concurrence… « Hey mec, t’as pu voir ce coup ? j’ai pas vu le board » ou « T as vu ce coup avec Liv Boeree ?» « - Non » « Attends, faut que tu le notes il est fou ! ». Plus ça allait plus j’aimais cette univers. Francisco de son côté sauta lors du dernier niveau du day, ce qui nous permis de manger ensemble. Je découvris un personnage simple, posé, un type vraiment cool.

Je découvre en parallèle le tournoi média : Open Bar et on joue un freeroll sur des tables EPT, dos à dos avec Scott Seiver qui joue un tournoi de PLO. Je rencontre alors Allan un reporter norvégien, super cool, je lui explique mon projet et il me propose de me mettre en contact avec des mecs qui pourrait rechercher un journaliste. Le mec m’explique son parcours quand il interpelle deux joueurs allant en break : « Hey les gars je vous présente Arthur », j’ai alors devant moi Marc André Ladouceur et son compatriote Jonathan Duhamel. J’ai tellement bu de bière et suis tellement impressionné que j’ai du mal à parler… Bref bonne ambiance.

Le tournoi avançant les joueurs commençaient à me reconnaître : à l’image de Gaëlle Baumann qui arrive déconfite pour son day 3 : « Yo Gaêlle ça va ? » « - Non, je suis deg, je viens de me faire voler mon sac sur la plage avec mon Ipad et 10k$ » J’ai de l’empathie pour elle, même si je me dis qu’on a pas les même problèmes. « Hey Arthur, ça roule ? » me hèle JJ Mars, on parle il me raconte sa stratégie du jour… bref tout ça me donne encore plus d’allant pour écrire, car au final je les supporte tous. Français ou étranger, je suis aux premières loges et je commence à assister à des coups mutannesques. Il y a des fois ou je me relis et je me dis : "mais qu’est-ce qu’il peut avoir en main", et les showdowns me font comprendre que ces mecs là et moi ne jouons pas au même jeu.

Lucille Cailly, Alain Roy, Ilan Boujenah me font y croire, ils sont au day 4 … en face d’eux, du beau nom : Ziigmund, Juanda, et un petit jeune qui commencera sa révélation aux yeux du grand public sur cet event : Ole Schemion.


(JJ Mars et Alain Roy)


Au final ce tournoi sera remporté par Miklai Pobal le random de cette TF. Mais ce que je retiens par-dessus tout de cette fin de festival, c’est cette dernière soirée passé avec François Tosques, où je l’emmenais dans mon univers : une soirée improvisée trouvée sur les docs où quelques musiciens jamm et où les gens qui les entourent tchatche avec différents accents européen, bière à la main en faisant tourner les joints.

Tintin était mon héro d’enfance, et reporter était mon premier choix de travail quand on me disait « qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? ». Je venais enfin de signer mon premier reportage et j’en étais fier. Mais si je voulais continuer, il fallait que je me mette en quête de contrat !

(En fouillant la dedans vous trouverez bien quelques articles : http://www.wam-poker.com/forums/ept-barcelone-presente-par-pokerstars.fr-jour-2-85708?t=85708&postdays=0&postorder=asc&start=30)
 
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 AMATEURISME ET OPPORTUNISME
Posté le: 18/01/2017 12:16 par Coloscopie
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AMATEURISME ET OPPORTUNISME

Dans l'article précédent : " Back to Black" je vous racontais comment l'aventure londonienne tourna court pour deux de mes trois collègues de voyage. Alors que de mon côté les choses prenaient une tournure classique (pour une fois) avec un boulot et un appartement, je décidais finalement de me lancer dans le challenge, le vrai : devenir reporter spécialisé pour la presse poker.

Au lendemain de cette finale au Vic sur un petit tournoi à £60, je me réveillais et commençais à réfléchir à comment gérer ma future interview des employés du casino. Je rédige mes questions, les prends, les reprends... en vérité je stressais grave. Je voulais vraiment bien faire, mais j'y allais totalement à l'instinct. Le floor manager m'avait donner le mail de la chargée de communication auprès de qui j'obtiendrai l'autorisation de faire mon reportage. Déterminé, je rédige un mail expliquant : le but de ce reportage, et l'importance que cela représente pour moi. Je reçois une réponse rapidement : "Vous écrivez pour quel magasine?"... Naïvement, je lui raconte que je n'ai pas de journal, que je suis en freelance et que je vendrais ma pige à qui en voudra. " Désolé mais il nous est impossible de donner suite à votre requête. Ne sachant pas si votre article sera publié un jour, nous ne souhaitons pas que nos employés perdent du temps pour ce projet..." FUCK!!!!!! Ca commençait bien... Il fallait réfléchir à un plan B, car le serpent commençait à se mordre la queue bien comme il fallait : Pas de journal = Pas d'article et Pas d'article = pas de maquette = pas de journal.

En même temps que je réfléchissais, j'avais pris un bon rythme de chômeur : Levé 11h, 12h Ballade sur Hyde Park, 13h session grind, 17h (si j'avais bust de mes tournois) foot sur Regents Park, 19h saxo, 20h apéro, 3h dodo. La coloc' se passait super bien, car même si on avait peu d'espace, les gonz' avec qui je vivais étaient super cool. Nous partagions de grandes discussions philosophiques pendant mes séances de grind, et des bons canons le soir venu ... Par contre le brésilien bi-polaire avec qui nous vivions commençait doucement à me casser les couilles. Ses musiques religieuses envoyées à un volume de 9/10 dès 8h30, n'arrangeaient pas mes gueules de bois. D'autant plus que le mec me voyant débarqué avec mon saxo, avait décidé de s'acheter et s'exercer au pipo (l'instrument le plus horrible au monde) et commençait son échauffement dès 10h... Les sifflements stridents qui en sortaient ne me mettaient absolument pas de bonne humeur... Bien entendu, quand on débarque fraîchement dans une coloc' on se dit qu'on a pas notre mot à dire, on laisse couler... bref on privilégie la diplomatie. Du coup je discute avec lui... trop chelou le mec me dit qu'il fait ce qu'il veut, qu'il est ici chez lui! Oui, mais à te faire sursauter de ton pieu avec du "Hallelhuia" en guise de réveil, il était temps d'organiser la résistance. En effet me réorienter et grinder nécessitaient un minimum de confort, et celui de bien dormir était primordial. Je fis donc adopter le décret "Aqua dans l'appart' ". Tout le monde fumait sauf lui. Hors de lui le gars commence à rager tout seul, il me dit que c'est un manque de respect, que Dieu me punira et que je rôtirai dans les abîmes de l'enfer. Ce à quoi je lui rétorquais qu'il fallait qu'il relise le livre Saint car Dieu avant de créer l'homme, crée d'abord la nature, et parmi la diversité de la nature il avait crée le cannabis. Si Dieu privilégiait la Ganja à l'Homme, c'est qu'il y avait une raison et qu'au lieu de blasphémer il ferait mieux de la respecter! Le mec devint hystérique, et ne mis pas longtemps à lever le camps. On allait enfin pouvoir réfléchir à la suite un brin plus sereinement.

Un de mes autres coloc' jouait au poker de manière pro. Il m'expliquait les différences et les points sur lesquels je devais m'adapter si je jouais en cash game. Je l'accompagnais régulièrement au Vic. Lui, jouait en 1/2 alors que de mon côté je jouais 0.5/1. Un soir où la session est excellente, j’aperçois furtivement naviguant autour des tables une silhouette que je connais : petit, rondouillard, crane dégarni, des lunettes. Le temps que je regarde mes cartes pour jouer mon coup, l'homme avait disparu. Je joue deux ou trois orbites de plus et me lève pour aller récupérer mes gains. Quand je me retrouve dehors, je retrouve l'homme que je cherchais du regard : "-Excusez moi? Vous êtes Freddy Deeb?" "- Oui". Putain, le mec qui jouait des sommes pharaoniques dans les premiers High Stakes poker, le vainqueur du HORSE 50k devant Bruno Fitoussi, l'un des live tard les plus connu du circuit était là, devant moi! "Mais qu'est-ce que tu fais là? Les séries commencent demain!" Il m'explique qu'il passait voir son frère avant de mettre les bouts direction Vegas. Ne voulant pas faire ma groupie, et me la jouer relou genre : "On fait un selfi ?" je lui souhaite une bonne soirée, un bon vegas, et rentre à la maison. Je n'avais pas passé la porte de chez moi que je me dis : "Mais t'es trop con mon gars!!!!" En effet moi qui cherchais par tout les moyens à écrire mon premier article poker, j'aurais pu lui sortir un truc du genre : "Ecoute, je sais que ça peut te paraître culotté, mais je veux devenir journaliste poker, je cherche une première pige à écrire et ça serait super cool si tu avais vingt minutes à me consacrer"... Mais non... je venais de laisser passer l'occasion de lui demander une interview... Certes il aurait pu refuser, mais après tout je m'en foutais de me prendre un vent, je n'avais rien à perdre. Je m'en mordais déjà d'avoir laisser passer cette occasion.


(Petit bedonnant, avec des lunettes, et chauve... Aucun doute c'est lui)


Une ou deux semaine plus tard, alors que je poursuivais la montée de bankroll tranquille sur le site au pique rouge, je parviens à ship un tournoi avec plus de 1200€ à la gagne, il faut fêter çà! Les bières sont prêtes, les potes sont appelés, bref tout est paré. En attendant, je me pose avec mon saxo sur notre terrasse, un roof top trop classe donnant sur une cours intérieur exiguë. Les notes raisonnent et quand je termine mon impro, j'entends des applaudissement venant d'une fenêtre voisine. Une jeune fille plutôt mimi avait passé la tête par la fenêtre : "Thank you!" Sûrement spotté à cause de mon accent : "Ah mais t'es français" me fit-elle... Et en plus d'être jolie elle était française. Je lui proposais de passer boire l'apéro. Ni une, ni deux la voilà en train de discuter et de siroter des binch' avec nous. Claire-Ma était en stage de fin d'étude sur Londres et habitait l'immeuble en face de chez moi. Arrive fatalement le moment où elle te pose la question : "- Et toi tu fais quoi dans la vie?" Je lui explique mon projet, "Ah ouai? J'ai mon meilleur ami qui joue au poker, il fait pas mal d'argent, visiblement il est connu dans le milieu" Je m'attendais à entendre un nom type Jean-Michel Random, mais elle me sort "Tristan Clemançon" OH PUTAIN!!! Le mec est un star montante du poker, 22 ans tout juste, sponso winamax, des perfs à Deauville, Malte, Barcelone et j'en passe! "Si tu veux je te mets en contact".... TU M ETONNES QUE JE VEUX!!!!


(22 ans et déjà plus d'un million de gains)



Quelques jours plus tard nous reprenons l'apéro avec Claire-Ma, elle l'avait contacté par facebook et lui avait expliqué mon projet. "Il est à Vegas pour jouer les séries, du coup il te propose de se voir à la reprise de la saison à Barcelone en Août." Enfin une véritable entrée, enfin les choses semblaient se concrétiser, en plus "Le PDG" semblait vraiment être un mec à la cool. En revanche concernant le "contact" direct avec cette jolie demoiselle, elle me fit comprendre que ça n'allait pas être possible... On ne peut pas gagner à tous les coups.

Nous approchions de début juillet et les JO allaient démarrer. Mais pour tout vous dire, Londres étant une ville particulièrement cher, je décidais de rentrer en France histoire de garder mon avance financière pour payer mon déplacement à Barcelone et prévoir également d'autres frais de voyage si j'étais amené à faire d'autres ITW. Avant de plier les gaules de la coloc', je passais une dernière soirée d'anthologie : Mon dealer qui était un excellent rapper m'invita à enregistrer un son en studio. Le studio en question était dans un Community center, ou si vous préférez un centre de réinsertion pour jeunes en difficultés. Nous enregistrons une track puis me propose de participer à un concert avec lui le soir même. Cette journée, fut une expérience humaine parfaite. Le changement d'expression dans les yeux de ces jeunes passait de "Qu'es que tu regardes toi?" à "Putain mec, mais t'es un magicien! Comment tu joues de ce truc bizarre?" Cela n'avait pas de prix! Histoire clore ce voyage correctement, nous décidâmes avec toute la coloc' d'aller fêter le départ en faisant le tour de Regent's Park by Night : Priceless! Je laissais derrière moi Hugo, le quatrième saisonnier qui avait entrepris ce voyage outre manche avec moi. Il avait trouvé un taff dans un pub, et un appart' et semblait bien kiffer la ville et sa vie... Finalement cette partie du challenge n'était pas totalement perdue.

En montant dans l'avion, je me rendis compte que c'était la première fois que je quittais le sol anglais sans fuir, avec encore de l'argent en poche, et un vrai projet en ligne de mire! Et çà, c'était déjà une sacrée victoire!



(Un rapper qui mérite plus de percer que Booba)
 
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Posté le: 11/01/2017 22:34 par Coloscopie
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BACK TO BLACK

Dans le précédent article, Raclette, crime et Britannique, je vous parlais de ma période de saisonnier qui m’amena à rencontrer quelques lurons, dont trois inconscients chauds pour tenter l’aventure de l’étranger : Tonton, El Greco, et Hugo.Avec ces trois-là, nous partions pour Londres qui organisait les JO cette année-là.

J’étais comme un dingue de repartir en terre d'Albion ! Personnellement j’avais un double challenge à mener. Le premier était de prendre ma revanche sur la fin désastreuse de ma dernière visite. Le deuxième était de faire en sorte que les mecs avec qui je suis parti s’en sortent sur place. Le pari s’annonçait tendu. Vu le niveau des copains en anglais, un Book maker m’aurait donné une côte de 15/1 pour sa réussite : Un exemple ? OK : « Oh man, dou you no ze frencheu cassoulet ? » ou alors, « Mmmm You areu bioutifoul, iz it possibeul frenchkiss ? » Pas gagné hein ?... Moi, de mon côté, j’étais confiant. J’avais mis des ronds de côté et deux perfs successives me permirent de partir avec un pactole de 6000€. Mais bon je savais que dans l’une des villes les plus chères d’Europe, ça pouvait également partir vite. « C’est bon, cette fois je pars suffisamment large, je connais les conneries à ne plus faire, là, on va se la jouer sérieux

Histoire d’illustrer aux collègues les mêmes aventures que je vous narre aujourd’hui, je nous avais réservé deux semaines d’auberge de jeunesse. Et nous voici de retour au clink Hostel, l’auberge dans laquelle j’avais fraudé pendant deux mois lors de mon dernier séjour. L’aventure commençait bien, jusqu'au au moment de notre enregistrement où la réceptionniste me dit : « Mmmmm, c’est étrange, il semble que vous soyez black listé… ». J’avoue qu’au vu du turnover général sur Londres et plus particulièrement dans ce boulot, je pensais qu’au bout de quatre ans l’intégralité du staff avait changé, et que les fichiers ne se souviendrai plus de moi… grossière erreur!! Je tente alors un petit bluff des familles : «Ah bon ? c’est étrange… Vous êtes sur ? Je ne comprends pas comment je pourrais être black listé alors que je viens ici pour la première fois. » Ne cherchant pas plus loin, la jeune fille s’excuse et nous donne nos cartes d’accès.

Je suis surexcité de montré cette ville de fous aux potos… Et puis bon faut bien fêter ce voyage : « Vas-y là ! Si on se trouvait un peu d'herbe à chat ». Au hasard d’une balade, je croise mon ancien dealer, celui-là même qui me proposait un petit remontant quatre ans plus tôt, le soir où toute ma tune était partie au casino. Le gars me sert grassement, content de retrouver un potentiel client régulier. Nous rentrons à l’auberge et traçons direction les chiottes pour rouler un spliff. Je propose au Greco de prendre de l’avance et d’en rouler un deuxième. En lui tendant une tête, sort de nulle part un mec qui nous aboie : « WHAT THE FUCK ARE YOU DOING ??!! » Pas le temps de planqué le matos, le mec me choppe en flag et me dis de venir avec lui « NOW !! ». J’essaie de m’expliquer, mais le gars en a vu d’autres des petits cons à pétards qui ne respectent pas le règlement… Je me prends un coup de pression de ouf malade. Tonton et le Greco ont disparu dans les couloirs et je me retrouve seul. Le discours du mec qui s’avère être le manager général pouvait difficilement être plus claire : « Tu dégages maintenant ! » « -Mec t’es sérieux, il est minuit, je sais que j’ai déconné mais bon… laisse-moi au moins dormir cette nuit et je me casse demain. » « - J’AI DIT MAINTENANT !!».


(ce que je me dis quand je me retrouve "Kicked out")


Et me voici en mode clodo, valise dans la main gauche, saxo dans l’autre. Tout ça dès mon deuxième jour alors que je m’étais promis d’être sérieux. Tonton et Le greco refont leur apparition et nous partons en quête d’une nouvelle auberge… Je suis dégouté, non seulement je me retrouve lourdé, mais en plus j’allais me retrouvé seul : « Back to black » comme chantait Amy Winehouse. Les hostels du coin dans lesquels je ne suis pas black listé sont tous complets. Nous tournons jusqu’à quatre heure du matin avant d’en trouver un qui ait un lit de dispo : "Bienvenu au Journeys".

Le point positif c’est que j’en avais ma claque des auberges. Il me fallait mon appart’. Je me retrouve une semaine plus tard à emménager sur Edgware road dans un appartement de 50m² que nous partagions à cinq. Pour £110 j’avais le droit de partager ma piaule, avec Francesco, un étudiant italien sympathique. Les autres colocs étaient également de sacrés personnages : Mido : Egyptien, ne bosse pas, dépense la tune de ses parents, philosophe sur les points de comparaison entre chrétiens et musulmans. Olivier, Français, joueur de poker cash game, et créateur de jeu de plateau. Henri, Français, étudiant en journalisme, philosophe avec Mido sur les points de comparaison entre chrétiens et musulmans. Et enfin Bruno, Brésilien, homo, fervent protestant et bipolaire. L’appart’ est à cinq minute du casino qui m’avait vu perdre tout mon fric quatre ans plus tot : Le Vic. Je ne pouvais pas mieux jouer avec le feu...


(La team de winner ... ou de casoç' à vous de voir)

Maintenant que j’étais installé, on allait enfin pouvoir toucher des cartes. J’embarque Tonton et El Greco qui découvrent cette ambiance particulière. Nous faisons un tournoi, et prenons un kiff d’enfer avec Tonton. Je les embringue dans un deuxième les jours suivant, mais les fonds de mes partenaires de jeu commencent à sombrer dans le rouge... Depuis que je les avais quittés, il n’avait pas vraiment cherché de taff. Ils passaient plutôt leurs journées à se balader et à s’enfumer. D’autant plus que les gonz’ sortent… et ça chiffre assez vite… rapidement se pose pour eux la question : Prendre un billet d’avion tant qu’il y a suffisament de caillasse ou attendre de sombrer un peu plus et rentrer à la rame… Sentant venir le calvaire, ils prirent leurs billets direction la France. Une partie de mon challenge était perdu.

De mon côté je me motivais pour chercher du taff. Je trouvais une annonce et me retrouvais dans un entretien collectif avec dix-huit personnes pour travailler dans la vente de fringue de luxe. J'y allais en diléttante totale mais je fini par être recruté direct. Je commence immédiatement, Sonia Rykiel, puis Fendi… C’est dans cette boutique de Sloan street que tout changea. Les prix des articles que je vendais était exorbitant, et quand une cliente Kazakh acheta devant mes yeux un manteau à £53 000, je compris que j’avais sûrement trop d’éthique pour faire ce métier. Je m’adresse alors à ma directrice : « Madame, je voulais juste vous dire que demain je ne reviendrai pas. » « - Pardon ? Mais pourquoi ? En plus vous ne pouvez pas vous êtes sous contrat » Bof... je n'étais plus à un abandon de poste près !

En rentrant par Hyde Park, je commence à réfléchir et à me dire « Putain mon gars, maintenant pose toi et réfléchis, qu’est-ce que tu veux faire de ta vie ? Un truc qui te motive tous les jours… » … « Allez merde ! J’ai un peu d’avance financière. C’est parti je me lance, je vais être journaliste poker ». Le soir, histoire de fêter mon nouveau départ, je file au Vic’ histoire de jouer un petit tournoi. Je fais table finale et commence à tchatcher un peu les floors et les croupier et je me dis qu’écrire un article pour présenter les différentes facettes d’un casino serait l’occaz’ d’exercer ma plume.

En plus d’accrocher ma première TF en live je venais de trouver un sujet et une voie : le rush ne faisait que commencer !
 
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